AU FIL DES HOMELIES

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RENAÎTRE

Jr 31, 31-34 ; Jn 3,1-8

(20 mars 2009)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

Liège : Fonts baptismaux - Le baptême de deux néophytes 

C

hère Catherine, frères et sœurs, tenir comme Suzanne jusqu'à cent et un an, dans une vie toujours débordante de vitalité, de courage, du bonheur de la société, de la vie qu'on partage, des bons moments, du sens de ce que la vie peut apporter, être toujours ouverte et accueillante à ce qui peut se présenter, c'est évidemment un souhait que l'on peut faire à chacun d'entre nous. Cela montre que si l'on tient comme cela pratiquement jusqu'à sa mort avec un tel allant, un tel bonheur, et une telle joie de vivre, c'est un sort tout à fait enviable. Je crois que l'on voit suffisamment de drames autour de nous pour que la mort de Suzanne nous dise que, comme le dit la Bible, on peut mourir rassasié de jours, c'est-à-dire avoir connu et bénéficié de toute la beauté, de toute la grandeur  de la vie. C'est un fait !  

       Mais en réalité, même quand il y a cela, et qu'on a l'impression que Suzanne est partie dans la paix, en fait, il y a quand même toujours pour chacun d'entre nous, cette blessure de l'arrachement et de la séparation. Il y a toujours cette interrogation parce que par la mort de ceux qu'on aime, chacun d'entre nous est interrogé sur sa propre destinée. D'où venons-nous ? Où allons-nous ? Comment cela se passe-t-il de l'autre côté ? j'aimerais y répondre par deux petites remarques à propos des textes que nous avons entendus. Le premier, c'est un texte d'un prophète juif du sixième siècle avant Jésus-Christ, Jérémie qui voit son peuple qui, à certains moments, n'en fait qu'à sa tête. Il dit de la part de Dieu : maintenant, je vais inscrire ma Loi, mais par Loi ne comprenez pas tout de suite les notions de permis et de défendu, comprenez : je vais inscrire ma parole et ma présence au fond de leur cœur. La vie chrétienne, comme d'ailleurs déjà dans la tradition juive, c'est la même chose. Nous avons un cœur dans lequel peut s'écrire l'amour des autres et l'amour de Dieu. Dans le cœur de Suzanne, étaient écrites, l'amitié, la fidélité, la présence de Catherine, jour après jour, et dans le cœur de Suzanne, étaient écrits, et peut-être que parfois elle avait plus de mal à le lire, l'amour de Dieu, la tendresse de Dieu, la présence de Dieu.  

       Je crois que lorsque dans notre vie nous avons ce cœur, écrit comme un beau livre qui raconte tout ce qu'on a aimé, tout ce qu'on a partagé avec Dieu et avec les autres, effectivement il y a un moment où l'on veut retrouver la source, où l'on veut retrouver ce point où tout se rencontre, où tout prend sens. Même si la mort est un passage terrible, nous croyons nous, chrétiens que la mort est un passage qui conduit du centre du monde à ce centre de notre vie, à ce centre de tous nos désirs, le cœur de Dieu.  

       C'est aussi la même chose que Jésus explique à Nicodème, ce vieux savant pharisien qui avait lu, qui avait passé sa vie à étudier les Écritures, et qui avait commencé à reconnaître en Jésus Quelqu'un qui avait une autorité qui était capable d'expliquer la Loi, d'expliquer la Parole de Dieu. Jésus lui dit à ce vieil homme : tu sais, dans la vie, il faut renaître. C'est sûr que vous l'avez compris, Nicodème n'y croit pas trop. Il dit à Jésus : comment veux-tu qu'on rentre dans le sein de sa mère pour renaître une nouvelle fois ? Jésus lui dit : non, c'est une nouvelle naissance, renaître de l'eau et de l'Esprit Saint. Pour nous, c'est le sens du baptême. Le sens du baptême, c'est le fait que jour après jour, nous soyons appelés à renaître à quelque chose de plus grand que nous, de plus fort que nous, qui nous attire, qui nous agrandit le cœur, qui même à certains moments peut nous faire mal, peut s'imposer à nous avec une certaine violence, mais c'est quelqu'un qui est là et qui nous dit sans cesse : je veux te faire renaître au monde de ma présence et de mon amour.  

       Cet accouchement spirituel c'est ce que Suzanne vient de vivre dans sa mort. Comme tout enfant, quand il naît du sein de sa mère, il est arraché au milieu dans lequel il se trouvait très bien, pour être projeté dans un monde qu'il ne connaît pas. Pour Suzanne c'est la même chose. Elle vient d'être arrachée à notre monde, ce monde qu'elle connaissait, qu'elle aimait, qu'elle partageait avec nous, et maintenant, par la mystère de sa mort elle est projetée à la rencontre de ce Dieu qu'elle cherchait comme à tâtons.  

       Frères et sœurs, puisque en ce temps de carême nous essayons de retrouver le sens profond de notre vie, de notre itinéraire humain vers Dieu, que la parole de Jérémie et la parole de l'amour de Dieu et de l'amour des autres soient gravées dans notre cœur. Que la parole de Jésus à Nicodème, la parole de la nouvelle naissance, cet arrachement à la condition dans laquelle on s'encroûte un peu, pour essayer de trouver ce point juste où l'on peut rencontrer en vérité Dieu et les autres, cette nouvelle naissance comme l'a dit Jésus, que tout cela nous aide, chacun d'entre nous à tracer notre chemin, à avancer sur cette route mystérieuse qui nous conduit au cœur même de notre existence, le cœur de notre désir : le cœur de Dieu.  

 

       AMEN


 

 

 
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