GUÉRIN Henri. 1984.

"Une vocation de maître verrier : diacre de la lumière", rédigé pour les paroissiens de l'église Saint-Jean-de-Malte et publié dans France Catholique, juin 1984.

 

 

Henri GUÉRIN le maître-verrier qui a réalisé le vitrail du transept sud de l'église Saint Jean de Malte à Aix-en-Provence médite sur son travail de création.

"Un voile de lumière dorée". Voilà ce que je désirais secrètement réaliser pour la fenêtre du transept sud de Saint Jean de Malte. C'est, je crois, ce qui demeure maintenant lorsque le soleil luit, s'empare de ce vitrail et le fait disparaître, le consumer presque, dans la lumière du milieu du jour.

Tout le travail d'atelier de ces six mois d'hiver a été d'essayer de demeurer fidèle à cette intention tremblante, inscrite sur la maquette. Mais la maquette n'est justement qu'une intention, une partition qu'il faut faire vivre et que je dois incarner par le verre, dans le verre, matière à la fois rude et angulaire, autant que fragile et que j'assemblais semaine après semaine avec tous les soins de l'artisan.

Avec cette mémoire nécessaire pour qu'en chaque panneau, pourtant réalisé pour lui-même, une suite, un relais se fasse, passe de l'un à l'autre en mouvements continus, comme une respiration, aux rythmes complémentaires d'inspiration-expiration qui venaient se charpenter sur l'axe du meneau de la fenêtre.

 

 Pour que cette colonne de pierre, d'ombre aussi, vienne en lente levée, comme une tige s'épanouir en fleur dans l'arcature, dans le remplage ouvragé de l'ogive gothique et qu'ainsi en son final, cette floraison lente s'achève en majeur, tons et rythmes accordés pour une gloire dont il n'est que le serviteur en ce lieu consacré.

L'inspiration que je n'ai cessé de demander et poursuivi, tout au long de ce travail (malgré le peu de lumière certains jours) était de suggérer avec mes moyens "la lumière au matin de Pâques". Cette aube rosée de la chair du Christ transfigurée au retour de la mort, se levant avec lui, éclatante de lumière, lui le Soleil Levant, doré de gloire, qu'en son Père il offre avec toute l'humanité sauvée par sa Passion.

J'ai découvert assez tardivement au travail, à l'atelier, que les petits signes noirs qui ponctuaient ma maquette, étaient devenus dans les vitraux comme des étoiles à l'envers, les fragments dispersés de la mort, de la souffrance et du mal, volatilisés par la victoire du Christ, mais dont les traces subsistent et perdureront jusqu'à ce jour éternel où toute larme sera essuyée, où toute larme sera changée en rosée de Pâques.

Les mots pour un artiste sont en retrait sur ses actes. Je ne voudrais pas non plus vous livrer une clef pour déchiffrer ce vitrail, un mode d'emploi avec sous-titre de sa langue originale, le silence. L'art est comme la musique, son signe est dans son sens, enfoui dedans.

C'est avec les yeux du coeur qu'il faut le lire, pas le coeur affectif, mais le coeur selon la Bible, qui est au centre de l'être. Ce regard vous dira mieux, vous fera sentir que ce vitrail n'est qu'un chemin, un serviteur, un écran voilé, le signe visible et maladroit dans cette église d'une lumière promise qui vient déjà nous visiter, par la Parole et la liturgie si attachantes, célébrées dans votre église.

Voilà mon intention et de plus en plus je veux me vouer à cela. Un ami me disait récemment : "Tu dois devenir le Diacre de la lumière". Cette parole m'a peut-être désigné ma vocation profonde et je vais essayer d'y demeurer fidèle. Priez pour moi pauvre aveugle. Pour ce vitrail comme à chaque fois le meilleur m'a été donné, et si j'ai été inspiré dans ce travail si long, c'est que ma main a été guidée, j'en suis certain."

 
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