AU FIL DES HOMELIES

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MOI, JE NE LE CONNAISSAIS PAS

Jos 3, 14-4,18; Jn 1, 29-34

Vigiles de la fête du Baptême du Christ – A

(15 janvier 1984)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

A

 

la différence des synoptiques qui nous racontent le baptême de Jésus, la manifestation de l'Esprit et la voix du Père, tels que ces événements sont apparus à Jésus et à la foule qui l'entourait, l'évangile de saint Jean nous raconte cet événement à travers le témoignage de Jean-Baptiste. Et c'est comme la face plus secrète, la face intérieure de cet événement qui nous est ainsi manifestée. Jean-Baptiste, témoignant de ce qu'il a vu, nous introduit de plusieurs manières dans le cœur du mystère.

Tout d'abord cette phrase qui revient deux fois dans ce bref paragraphe, à propos de Jésus : "Moi, je ne le connaissais pas !" Et peu auparavant, invité par les envoyés des pharisiens et des grands prêtres à témoigner de son identité : "Es-tu le Christ, le Messie, es-tu le Prophète ? Que dis-tu de toi-même?" Jean avait déjà dit : "Il y a au milieu de vous Quelqu'un que vous ne connaissez pas !" Le Christ apparaît ainsi tant pour la foule que pour Jean-Baptiste lui-même comme celui qui n'est pas connu, Celui que nous ne connaissons pas. C'est toute l'ampleur obscure, immense du mystère de cet homme, de cet élu de Dieu qui vient là, au milieu des hommes, au milieu de ce peuple qui doit être sauvé, tout le mystère, toute la profondeur secrète de ce Jésus qui vient vers Jean, que Jean voit venir vers lui. Et il perçoit tout à coup, comme dans un éclair prophétique que cet homme qu'il croit connaître, car c'est son cousin, déjà ils se sont souvent rencontrés, Il vient à lui avec l'apparence d'un homme comme les autres. Il vient au milieu des pécheurs, Il vient se soumettre à ce rite de pénitence et de conversion que Jean prêche dans le désert. Jean perçoit dans cet éclair prophétique que cet homme il ne le connaît pas, qu'il y a dans cet homme un mystère, une densité, une réalité d'un autre ordre, quelque chose qui dépasse les catégories de l'expérience humaine, de cette relation interpersonnelle que nous pouvons établir entre nous. Il est l'Elu de Dieu, le Bien-Aimé du Père.

Jésus est toujours parmi nous comme Celui que nous ne connaissons pas et le baptême du Christ est pour nous l'occasion de nous rappeler cette vérité fondamentale que même en lisant l'évangile, même en fréquentant le Seigneur dans la prière, c'est toujours devant ce mystère, devant cette nuit obscure, devant cette profondeur qui nous échappe que nous nous trouvons placés.

De Jésus, Jean-Baptiste dit encore : "Il est l'Agneau, l'Agneau de Dieu, l'Agneau qui porte le péché du monde", qui porte pour l'enlever, pour l'ôter le péché du monde. Cet homme c'est l'Agneau, l'Agneau pascal, l'Agneau du sacrifice, l'Agneau pris dans le troupeau, le Premier-né qui est offert pour les autres, pour protéger de son sang les autres, pour purifier de son sang le péché des autres, ces mains pleines de sang de ces hommes de violence et de haine. Il est l'Agneau, l'Agneau que l'on "conduit à l'abattoir" et "qui n'ouvre pas la bouche", cet Agneau muet, mystérieux que nous ne connaissons pas.

Jésus est toujours l'Agneau, et dans notre vie, Il se manifeste toujours aussi comme l'Agneau, comme la victime offerte en sacrifice, comme Celui qui, dans une immense douceur accepte d'être conduit à l'holocauste, comme Celui qui toujours, à l'intérieur de sa relation avec nous, sera l'Agneau, l'Agneau, la victime, Celui qui prendra sur Lui notre péché, Celui sur qui nous ferons peser notre péché, Celui que nous accablerons de notre péché, que nous accablerons de notre violence, de notre indifférence, de notre haine, de notre égoïsme, de tout ce poids de nuit qui est en nous. Et Lui, il se laisse engloutir dans cette nuit, Il se laisse accabler par ce fardeau. Il porte le péché du monde, mais Il le porte pour le purifier, pour l'ôter. Il le porte comme un trophée que l'on porte en triomphe car cet Agneau immolé, cet Agneau de douceur, cet Agneau victime du sacrifice, Il est Celui qui, mystérieusement, nous sauve parce que sur Lui repose l'Esprit de Dieu.

C'est là le troisième mystère que nous révèlent ces paroles de Jean-Baptiste. L'Esprit repose, demeure, s'établit comme un oiseau qui plane et qui vole au-dessus du Christ, qu'il enveloppe de sa présence. Et à partir de cette descente de l'Esprit qui vient demeurer sur le Christ, cet Esprit qui "a été donné sans mesure", à partir de cette venue de l'Esprit sur le Christ, l'Esprit vient demeurer aussi sur nous, en nous. L'Esprit, c'est-à-dire le souffle de Dieu, la vie inextinguible de Dieu, la lumière victorieuse de toutes ces ténèbres que nous accumulons par notre péché. L'Agneau qui porte le péché du monde donne au monde l'Esprit, pour que cet Esprit enveloppe le monde, pour que cet Esprit demeure sur le monde et dans le monde, pour que cet Esprit envahisse l'univers, le pénètre, le transforme, le modèle à nouveau, refaçonne le visage de ce monde et le visage de chacun de nous. Parce que l'Agneau accepte d'être écrasé par nos péchés, parce que l'Agneau accepte d'être immolé à cause de notre ignorance, parce qu'Il est Celui que nous ne connaissons pas et que nous ne savons pas connaître, Il ôte ce péché et nous donne l'Esprit, Il nous rend la vie, Il nous rend la vie de Dieu, Il nous enveloppe de son Esprit pour que cet Esprit demeure, pour que cet Esprit s'établisse en nous, fasse en nous sa demeure et une demeure éternelle.

Frères et sœurs, en cette veille du baptême du Christ, laissons-nous guider par Jean-Baptiste, par l'expérience intérieure, profonde que Jean-Baptiste a eue du mystère du Christ au moment du baptême, quand il s'est approché de cette flamme ardente et qu'il en a été ébloui et que ses mains en ont été comme brûlées, quand il s'est approché du Seigneur et que, dans l'adoration, il a versé sur Lui l'eau du baptême et qu'il a compris, à ce moment-là, que le paradis était donné de nouveau, que le ciel s'ouvrait, que l'Esprit Saint, l'Esprit de Dieu pénétrait dans l'univers et dans l'humanité. Laissons-nous conduire par Jean-Baptiste dans cette expérience qui est l'expérience de notre péché et de notre pardon, l'expérience de l'immolation du Christ pour nos péchés et pour notre salut, l'expérience de l'Esprit à l'œuvre dans le monde pour le renouveler et lui redonner la vie.

 

AMEN

 
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