AU FIL DES HOMELIES

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A TRAVERS L'EAU

Jn 1, 29-34

Vigiles du deuxième dimanche de l'Épiphanie – B

(13 janvier 1985)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Saint Denis : Baptême du Christ

C

 

ette fête du baptême de Jésus dans le Jourdain évoque pour nous, à travers la liturgie, deux évènements majeurs de l'Ancien Testament, celui dont nous avons lu le récit au début de ces vigiles, le passage du Jourdain par Josué et l'Arche d'Alliance à la tête du peuple, et puis un autre évènement, symétrique en quelque sorte de celui-ci, par rapport aux quarante ans d'exode, le passage de la mer Rouge à la sortie d'Égypte. Ces deux évènements sont comme les deux pôles de signification de ce passage à travers la mer, à travers les eaux.

D'une part, à la sortie d'Égypte, la mer se dresse devant le peuple comme une barrière infranchissable, elle se dresse comme la mort à laquelle le peuple est affronté. Et c'est en traversant la mort, en entrant dans le lit de ses eaux redoutables que le peuple pourra être libéré de la servitude, libéré de ce poids du péché et de l'esclavage qu'il subissait en Égypte. Ici les eaux sont comme la force négative qui s'oppose au peuple qui veut échapper à son destin. Et Dieu ouvre un chemin à travers les eaux de la mort, Dieu fait descendre son peuple dans le lit de la mer, comme Jésus descendra dans le tombeau. Dieu fait descendre son peuple dans le lit de la mer comme le catéchumène est enseveli dans les eaux baptismales pour que son péché y soit noyé dans ses flots.

De l'autre côté, au terme de quarante années d'exode dans le désert, voici que le peuple se trouve à nouveau confronté au mystère des eaux, non plus celles de la mer Rouge, mais les eaux du Jourdain. Et cette fois c'est comme en procession solennelle que l'Arche d'Alliance, suivie par les tribus, entre dans ce Jourdain qui déborde à pleins bords, comme au temps de la moisson. C'est comme une entrée triomphale dans la terre promise et cette fois-ci la traversée des eaux c'est la porte du Paradis, car cette terre promise est l'image anticipée mais déjà en quelque sorte inaugurée de ce paradis promis, de cette terre spirituelle dans laquelle le Seigneur appelle son peuple et tous ses enfants, les hommes.

Eaux de la mort, eaux de la vie, eaux qui semblent fermer la porte de l'Égypte, eaux qui sont la porte du paradis, c'est la double signification des eaux baptismales. Et en même temps il ne faudrait pas trop simplifier ce symbolisme comme si la mer Rouge était seulement le lieu de la mort et le Jourdain seulement celui de la vie, car vous l'avez entendu, nous l'avons chanté tout à l'heure, "dans les eaux du Jourdain le Christ est venu pour briser la tête du dragon", pour écraser l'ennemi. Quand Il descend dans le Jourdain, le Christ s'affronte aussi à la puissance du mal. Et réciproquement, quand les hébreux sont entrés dans les eaux de la mer Rouge, ce n'est pas seulement en face de la mort qu'ils se trouvaient, mais c'était aussi le lieu d'où naissait le peuple. Jusqu'à la mer Rouge, les tribus n'étaient qu'un ramassis plus ou moins épars et c'est dans la baptême de la mer Rouge que, en quelque sorte, a été forgé le peuple d'Israël. Donc aussi bien la mer Rouge que le Jourdain ont cette double signification des eaux de la mort et des eaux de la vie. Ceci pour bien comprendre qu'il n'y a pas deux catégories d'eaux, mais que les eaux sont en même temps symbole de la mort et symbole de la vie, et que c'est de la mort même que jaillit la vie C'est de l'affrontement avec les puissances de la mort, c'est de la lutte contre les puissances de la mort que va naître le don de la vie. Ces événements de la mer Rouge comme de la traversée du Jourdain vont trouver leur accomplissement non seulement dans le baptême du Christ au Jourdain, mais dans ce que signifie ce baptême, ce qu'il prépare, ce qu'il inaugure, c'est-à-dire dans la Pâque du Christ. Car si le Christ a été baptisé dans le Jourdain c'est pour prendre sur Lui le péché des hommes et son baptême définitif (Il le dit Lui-même), c'est le baptême de sa mort. Le Christ sera plongé dans la mort comme Il a été plongé dans les eaux du Jourdain. Et comme Il est remonté des eaux du Jourdain, entraînant avec Lui le monde, de la même manière Il remontera du tombeau, Il remontera des enfers vainqueur de la mort, vivant, ouvrant les portes du paradis. C'est donc dans la Pâque du Christ que s'accomplit et la signification du baptême et aussi la signification de la mer Rouge et du Jourdain, car dans la Pâque du Christ, c'est du sacrifice de sa mort que naît la vie. C'est de ce don total, sans réserve et sans limite qu'Il a fait de Lui-même que jaillit le pardon, que jaillit la Rédemption, que jaillit la Réconciliation.

Et si nous sommes baptisés, c'est dans la mort du Christ que nous sommes baptisés pour être ensevelis avec Lui dans sa mort afin de ressusciter avec Lui à une vie nouvelle, afin d'être comme Lui, affrontés aux puissances de la mort comme l'ont été les hébreux à la mer Rouge, et comme Lui, d'entrer dans le paradis à la suite du Christ, d'entrer par la porte du paradis du monde nouveau.

Ce mystère du baptême du Christ qui est le mystère de notre baptême est donc le mystère de cette vie de Jésus qui nous est donnée à partir du sacrifice de sa mort pour que nous aussi nous sachions faire jaillir la vie à partir de la mort, c'est-à-dire à partir de tout ce qu'il y a de souffrance, tout ce qu'il y a d'usure, tout ce qu'il y a de décrépitude dans notre vie terrestre. Qu'à partir de cela même jaillisse la vie par un plus grand amour, celui que le Christ nous communique à partir de sa croix et de sa Résurrection.

 

AMEN

 
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