AU FIL DES HOMELIES

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LE MYSTÈRE DE L'EAU

Jos 3, 14-4,18

(12 janvier 1986???)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

Aix-La-Chapelle : L'Eden et les quatre fleuves 

A

u commencement, quand Dieu créa le ciel et la terre, les ténèbres recouvraient l'abîme des eaux et l'Esprit de Dieu tournoyait comme un vent violent, comme un vent de Dieu sur l'abîme, l'abîme des eaux qui dans la cosmologie sémitique est le lieu des monstres marins, le lieu des démons, le lieu des puissances de l'enfer. Et voici que cet Esprit de Dieu qui tournoyait sur cet abîme des eaux s'est mis à planer sur les eaux, comme un oiseau qui plane au-dessus de ses petits, au-dessus de sa nichée, comme un oiseau qui couve. Et du sein des eaux s'est mis à foisonner un grouillement d'êtres vivants et l'Esprit de Dieu a transformé les eaux en un sein maternel d'où jaillit la vie.

      Et quand Il eut façonné l'homme pour le mettre dans le jardin du paradis cette eau a jailli comme un fleuve qui se divisait en quatre bras pour arroser les quatre dimensions de la terre. Et ce fleuve portait la vie partout où il passait. Cependant l'homme n'a pas su se désaltérer à ce fleuve de la vie, à ce fleuve de Dieu qui jaillissait dans le paradis. Et par son péché l'homme a transformé le monde en un abîme. Et voilà que le péché, comme une destruction, s'est répandu sur le monde et il est venu comme un déluge destructeur qui, partout, a anéanti la vie. Et les eaux du déluge ont monté pendant quarante jours et quarante nuits, et toute vie a disparu sur la terre, et toute vie a été engloutie dans l'abîme des eaux, et toute vie a été ramenée dans l'abîme des monstres marins et des puissances de l'enfer. Et pourtant Dieu a voulu que ces mêmes eaux portent l'arche, dans laquelle Noé et les siens, prémices d'une humanité nouvelle, étaient ainsi sauvés par le moyen des eaux.

       Et plus tard, quand les enfants d'Israël réduits en esclavage en Egypte, crièrent vers Dieu du fond de leur malheur et du fond de leur souffrance, Dieu les exauça et il les fit sortir d'Egypte. Mais voilà que, poursuivis par les puissances du mal Pharaon et son armée, ils furent affrontés de nouveau aux eaux terrifiantes de la mer Rouge, aux eaux terribles, les eaux de la mort. Ils étaient enserrés entre les puissances de la mort cosmique et les puissances de la mort humaine qui s'acharnaient et se coalisaient contre eux, mais Dieu, par le bras de Moïse, a ouvert un chemin de vie au milieu des eaux de la mort, et les enfants d'Israël sont passés à pied sec à travers la mer Rouge qui les a entourés comme de deux murailles de protection et qui a anéanti derrière eux les puissances de la mort Pharaon et toute son armée. Et ainsi les eaux qui étaient ce danger mortel pour le peuple d'Israël sont devenues pour lui le chemin de la libération, le chemin du désert, le chemin de la rencontre avec Dieu.

       Et, au sein du désert un fleuve a jailli du rocher, pour désaltérer le peuple assoiffé et pour lui apporter l'eau vive, l'eau de la grâce de Dieu, l'eau de la présence de Dieu qui désaltère. Et au terme de quarante années d'errance dans le désert, où le peuple vivait dans le compagnonnage de son Dieu qui marchait pas à pas avec lui, c'est encore par le moyen des eaux qui s'ouvrent devant l'arche d'Alliance, comme nous l'entendions tout à l'heure dans le livre de Josué, c'est encore par le moyen des eaux que le peuple est entré dans la terre promise, dans la terre "où coulent le lait et le miel", dans la terre que Dieu avait désignée comme ce paradis nouveau où il devait retrouver la présence de Dieu.

       Et même dans cette Terre Promise le peuple s'est encore éloigné de son Dieu et il n'a pas su le rechercher avec amour, il n'a pas su se laisser aimer par Dieu. Et de nouveau le peuple est devenu pécheur, et il a fallu que se lèvent des prophètes, et ces prophètes ont promis qu'un fleuve viendrait irriguer et réjouir la cité de Dieu, cette ville de Jérusalem qui elle-même s'enfermait dans son péché et dans son refus de son Seigneur. Les prophètes annonçaient : "Je vous purifierai, je répandrai sur vous une eau pure. De toutes vos idoles, de toutes vos souillures, de tous vos péchés, je vous purifierai et je répandrai sur vous mon Esprit." Et les prophètes annonçaient aussi : "Dans le désert je ferai jaillir une source abondante, des eaux bouillonnantes, et je répandrai mon Esprit." Et les prophètes annonçaient encore : "Du Temple du Seigneur jaillira une source, une source douce et murmurante, mais une source qui apporte la vie partout où elle passe, et le fleuve jailli de cette source ira grossissant, apportant la vie, même dans la mer Morte et sur ses rives des arbres pousseront qui donneront des fruits, non seulement une fois l'an, mais chaque mois, avec une floraison surabondante."

       C'est l'ensemble de ces mystères de l'eau que Jésus vient accomplir quand Il reçoit le baptême au Jourdain. En entrant dans le Jourdain, Jésus est l'arche nouvelle qui ouvre à nouveau la terre promise, non pas la terre promise de Canaan, mais la véritable terre promise le paradis, la Jérusalem nouvelle. En venant dans le Jourdain, Jésus fait descendre l'Esprit qui plane à nouveau sur les eaux pour les transformer en un sein maternel d'où vont jaillir des enfants de Dieu, par le moyen du baptême. Et c'est l'Église qui est la mère dont le sein maternel ainsi met au monde des enfants de Dieu. En venant dans le Jourdain, Jésus est comme Moïse Celui qui ouvre un chemin à travers les eaux de la mort. Il est Celui qui vient affronter les monstres marins, Celui qui vient affronter le démon au fond des eaux, le combattre, car le baptême de Jésus au Jourdain où Il vient se déclarer pécheur, Lui "qui porte le péché du monde, Lui qui ôte le péché du monde", c'est le commencement de la bataille de la croix, de la victoire de la croix où Jésus écrasera la tête du dragon dans les eaux de la mort.

       Quand Jésus vient au Jourdain, Il fait jaillir le fleuve d'eau vive, car ce baptême de Jésus dans le Jourdain c'est le commencement de la croix, et du côté du Christ blessé sur la croix jaillira ce fleuve d'eau vive, le fleuve qui sort non pas du Temple de Jérusalem, mais du temple du corps du Christ, ce fleuve qui est l'Esprit Saint qui vient désaltérer le peuple dans sa soif, qui vient abreuver l'humanité tout entière, le Saint Esprit qui vient nous donner le goût et la joie de Dieu. En venant au Jourdain, Jésus descend dans le fleuve, comme Il descendra dans le tombeau pour en rejaillir vivant au matin de sa Pâque, dans une Résurrection nouvelle.

       Il nous invite tous à descendre avec Lui dans le fleuve du baptême pour en rejaillir vivants, ressuscités. En venant dans le Jourdain pour y être baptisé par Jean, Jésus inaugure le sacrement du baptême, le sacrement de la vie qui est le sacrement de notre naissance nouvelle, le sacrement de notre génération, le sacrement d'une création nouvelle, le sacrement de la vie même de Dieu qui nous est donnée, le sacrement dans lequel l'Esprit vient habiter en nos cœurs, pour nous rendre enfants de Dieu, fils de Dieu comme Jésus est le Fils unique du Père, pour mettre en nous la vie même de Dieu, pour que nous soyons pleinement divinisés.

       Célébrons cette fête du baptême du Christ dans la joie et dans l'allégresse car tous, nous avons reçu, par le baptême du Christ la grâce de l'Esprit Saint, tous nous avons été plongés avec Lui dans les eaux de la vie, tous nous sommes plongés avec Lui dans sa mort et sa Résurrection, tous nous sommes plongés dans l'Esprit Saint, dans la présence de Dieu et dans la joie éternelle.

       AMEN


 

 
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