AU FIL DES HOMELIES

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JESUS ENTRE PAR LA PETITE PORTE

Is 42, 1-7 ; Ac 10, 34-38 ; Mt 3, 13-17
Dimanche du baptême du Christ – année A (12 janvier 2020)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

« Laisse faire, c’est ainsi, de cette façon, que nous devons, nous tous les deux, accomplir parfaitement ce qui est juste ».

Frères et Sœurs,

C’est encore difficile pour nous de comprendre pourquoi Jésus a voulu être baptisé. En effet, nous sommes maintenant, dans l’Eglise, convaincus que Jésus est le Fils de Dieu, qu’Il est sans péché, qu’Il est parfait, et que par conséquent ce geste du baptême enlève les péchés. Ce n’est pas faux. Mais s’il y a une preuve que le baptême n’est pas uniquement et exclusivement ce qui enlève les péchés, c’est bien le fait que Jésus ait voulu le recevoir. Le baptême n’est donc pas uniquement, comme nous le pensons habituellement, la purification. Que le baptême enlève les péchés, c’était sans doute une des intentions majeures de Jean-Baptiste. Il voulait que ses coreligionnaires se préparent à recevoir le Messie, et par conséquent il fallait se purifier, d’où un rite avec de l’eau.

Mais au moment où Jésus demande le baptême, Il ne le demande pas pour être purifié, Il le demande pour que eux deux ensemble, Jean et Lui le Christ, accomplissent toute justice. Que veut dire toute justice ? Cela signifie que le lien avec Dieu soit accompli ; que le lien d’amitié, de confiance, soit vraiment établi. Cela inclut pour les pécheurs le fait d’être lavés de leurs péchés. Mais le baptême lui-même n’est pas que cela. Qu’est-il donc ?

Je voudrais méditer avec vous un seul aspect du baptême, mais qui est si souvent oublié que ça vaut bien la peine qu’aujourd’hui nous y apportions toute notre attention. Jésus a voulu surgir publiquement par le baptême de Jean. Nous savons que Jésus a voulu se manifester au monde, et c’est pour cela que dimanche dernier nous fêtions les Rois mages. Et c’est pour ça que dimanche prochain, nous fêterons Cana. Et aujourd’hui, nous voulons montrer comment Jésus se manifeste au monde d’une autre façon encore : en surgissant de l’eau et du geste de Jean. C’est vraiment une manifestation. Jusque-là Jésus, pour les foules, est un de ces innombrables Juifs de Judée, Samarie, Galilée qui allaient voir Jean pour être purifiés. Il était donc dans l’anonymat le plus total, n’était pas connu, n’avait pas prêché, n’avait pas sillonné les routes de Galilée, c’était donc véritablement un homme comme tout le monde…

Jean, qui Le reçoit et qui a mission de Le manifester au monde, Lui dit : « Mais Tu n’es pas "tout le monde", Tu n’es pas n’importe qui ! Si je calcule, moi, je suis un pauvre bougre de prophète choisi par Dieu pour T’annoncer, mais si je T’annonce, je ne vais pas T’annoncer par le geste du baptême par lequel je demandais aux autres de se convertir ! Ça n’a pas de sens ». C’est d’ailleurs probablement la question que se sont posée beaucoup des premiers chrétiens, parce qu’on leur disait : « Vous croyez en Jésus, mais Jean-Baptiste avait prêché avant, il avait pressenti la venue du Royaume. Alors, ne nous racontez pas d’histoires, Il a voulu Lui-même être baptisé, donc, Il était inférieur ! »

Comment se sortir d’affaire ? Comment comprendre cette espèce d’objection protocolaire et hiérarchique : c’est le plus digne qui doit agir sur le moins digne, c’est le plus spirituel qui doit agir sur le moins spirituel. Le réflexe de Jean-Baptiste qui consiste à dire : « J’existe pour toi, pourquoi veux-Tu être baptisé par moi ? Je suis là simplement pour dire que désormais, c’est Toi qui va reprendre le manche ». Et Jésus refuse cette proposition. Il n’est pas d’accord. En effet, Jésus veut entrer dans l’humanité par la petite porte. Voilà ce qui fait la grandeur du baptême du Christ. Entrer dans l’humanité en se montrant comme dépendant, accompagné, porté par Jean, qui est le symbole de la prophétie. Jésus ne veut pas se montrer prophète contre les autres prophètes, mais prophète avec les prophètes. Jean-Baptiste résume toute l’histoire d’Israël qui l’a précédé ; Jésus ne veut pas se montrer contre l’histoire antérieure, Il veut montrer qu’Il s’inscrit et qu’Il surgit de l’histoire antérieure de son peuple Israël.

La grandeur du baptême, c’est que Dieu vient humblement dans l’histoire de l’humanité. Et non seulement Il vient humblement mais encore Il dit : « Il convient que Nous accomplissions ainsi la justice ». C’est-à-dire qu’il veut que Jean-Baptiste soit le coopérateur de cette manifestation. Non pas simplement un serviteur, même s’il a dit lui-même : « Je ne suis pas digne de délier la courroie de ses sandales… », toutes belles formules de politesse qui montrent la grandeur du Christ par rapport à Jean-Baptiste, peu importe. Jésus dit qu’on n’est pas dans les convenances protocolaires. « Moi, si je veux entrer dans l’humanité, si je veux épouser l’humanité, je veux y entrer avec toi ! » Et ça, c’est la grandeur du Christ. Il n’a jamais considéré qu’Il fût au-dessus de ceux qu’Il avait envoyés comme prophètes, comme annonciateurs, comme serviteurs. « Je suis parmi vous comme celui qui sert ». Ici, il n’y a pas mieux. Il est parmi nous comme celui qui sert. Et tout à l’heure, quand on baptisera Jean, c’est le Christ qui viendra se mettre Lui-même devant Jean en lui disant : « Aujourd’hui, je veux naître avec toi, dans ton propre cœur et dans le cœur de tes frères ». Le baptême n’est pas un acte isolé où Dieu seul agit. Le grand "chic" de Dieu, c’est de dire : « Si je te baptise, c’est pour que tous les deux ensemble, nous surgissions à la plénitude de ton humanité ».

Je voudrais simplement conclure cette petite méditation par une très belle histoire. Tout le monde connaît – mais on ne sait pas tous les détails –, Pierre et Marie Curie. Or ces deux-là étaient deux grands amoureux – c’est rare que deux grands physiciens soient amoureux l’un de l’autre, c’est très fort ; en général, ils sont tellement amoureux de leur travail qu’ils ne pensent plus à être amoureux de leur conjoint. Mais en tous cas, chez les Curie, c’était comme ça, ils étaient très amoureux l’un de l’autre. Et c’est ainsi qu’ils ont commencé à mettre au point cette réalité qu’on ne soupçonnait pas, ce fameux radium. Et ils ont donc bossé comme des fous pendant quatre ans à se brûler les doigts, car à cette époque-là, ils inventaient la radioactivité, donc vous imaginez, ils ne savaient pas exactement ce que ça pouvait faire. Et donc au bout de quatre ans, ils ont réussi à isoler le radium, à calculer sa masse etc. Evidemment, la découverte était tellement extraordinaire que les Scandinaves attribuant le prix Nobel ont dit : « On va l’attribuer à Monsieur Curie. » Normal, c’est un homme, il pense, il réfléchit ; et Pierre Curie n’a pas voulu ! Il a protesté : « Je n’accepterai le Prix Nobel que si nous le recevons tous les deux, Marie et moi ». Le Jury du Nobel a cédé.

C’est la plus belle illustration de ce que représente le baptême du Christ. C’est comme si Jésus avait dit : « Je veux bien me manifester au monde, mais toi Jean, il faut que tu sois de la partie. Parce que tous les deux, nous avons travaillé ensemble à la manifestation de ce que je suis. Et je ne pourrai pas me manifester sans toi ».

Frères et sœurs, je crois qu’il y a beaucoup de circonstances dans la vie où l’on s’aperçoit que l’on ne peut pas se manifester tout seul comme une vedette, mais qu’on a toujours, pour pouvoir se manifester, besoin d’un soutien, d’un appui, d’un vis-à-vis. En vérité, pour dire qui l’on est, on est obligé de le dire par la présence, l’amour, la coopération de celui ou de celle qui nous est si proche. C’est ça aujourd’hui le baptême de Jean. Jésus se manifeste, certes, mais Il ne veut pas se manifester comme une sorte de vedette, Il veut se manifester avec celui-là même qui Le manifeste et Le désigne comme l’Agneau de Dieu, le Sauveur et le Messie.

Frères et sœurs, c’est la même chose pour nous. Nous ne sommes pas chrétiens, simplement parce que nous avons des convictions. Cette espèce de réduction subjective de nos élans religieux à faire comme si c’était nous et nous seuls qui nous engagions au service de Dieu, c’est un peu à côté du problème. En réalité, quand nous sommes témoins et porteurs de la foi, de la parole de Dieu, de la promesse de Dieu, nous ne le sommes pas de façon isolée. Nous avons besoin que l’Eglise nous y invite, nous porte, nous propulse. Et nous avons besoin que le Christ ait envie de passer parmi nous.

Frères et sœurs, faisons simplement qu’ensemble nous accomplissions toute justice et, pour Jean aujourd’hui, c’est l’amour de tous ceux qui sont là qui, à des degrés divers évidemment, lui disent : « Nous voulons être ce Jean-Baptiste pour toi, qui t’invite à manifester la beauté et la grandeur de la foi qui t’est donnée ». Amen.

 
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