AU FIL DES HOMELIES

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 AU JOURDAIN, LE CHRIST EST BAPTISÉ DANS NOTRE PÉCHÉ

Is 42, 1-7 ; Ac 10, 34-38 ; Lc 3, 15-16+21-22
Baptême du Christ - année C (dimanche 13 janvier 1980)
Homélie du Frère Serge JAUNET

 

Jourdain

La fête du Baptême du Seigneur que nous célébrons ce dimanche se situe dans le prolongement des fêtes de la Nativité et de l'Épiphanie, mais elle est en même temps comme le déploiement sous nos yeux du mystère que nous avons commencé d'entrevoir la nuit de Noël. Saint Jérôme dit que "le Fils de Dieu, dans sa Nativité, vient à nous d'une manière cachée mais que dans son Baptême au Jourdain Il vient d'une manière manifeste". Le mystère que cette fête offre à notre contemplation est celui de l'Incarnation, ce mystère de la venue en notre chair mortelle du Dieu trois fois Saint, du Dieu très-haut. Et déjà, la nuit de Noël, avertis par le ciel, cette clarté inattendue, ce chant des anges sur les collines de Bethléem, nous avons commencé de contempler dans les traits de cet enfant nouveau-né, l'icône du Dieu trois fois saint, ce Dieu que "nul œil n'a vu ni ne peut voir". Et à l'Epiphanie, avec les savants des nations avertis aussi par un signe dans le ciel cette étoile cet astre nouveau qui s'est levé, nous avons adoré l'Enfant de la Vierge comme notre Roi et notre Dieu, Celui qui est à la fois du ciel et de la terre.

Aujourd'hui sur les bords du Jourdain, nous voyons Jésus dans sa trentième année, ayant quitté Nazareth qui s'avance pareil à tout homme, semblable aux juifs religieux de son temps qui venaient vers Jean-Baptiste pour recevoir le Baptême pour la purification des péchés. Le Seigneur Jésus s'avance semblable à tout homme, semblable à ces juifs qui venaient vers Jean-Baptiste et à celui-ci qui le reconnaît et qui s'oppose à cet abaissement de la part du Seigneur, Jésus répond qu'il faut laisser faire pour que toute justice soit accomplie. Voilà qu'en ce jour, sous nos yeux, comme sous les yeux de Jean-Baptiste le mystère de l'Incarnation, la grandeur de ce mystère est dévoilé. Et si ce n'était là encore le ciel qui nous en avertit comme à Bethléem, nous ne verrions pas la grandeur de ce mystère, nous ne comprendrions pas ce qui se passe sur les bords du Jourdain. Mais le ciel nous fait signe, et là ce n'est pas une étoile ni même le chant des anges mais voix de Celui dont les anges chantent la gloire qui se fait entendre : le Père atteste que Celui qui est plongé dans le Jourdain, que Celui qui est au rang des pécheurs, que Ce­lui qui est plongé dans ce péché que déposent dans le fleuve les hommes de son temps en recevant le baptême de Jean, Celui-ci est bien "Son Fils, son Bien-Aimé en qui Il a mis tout son Amour". Et l'Esprit Saint repose sur Jésus attestant que c'est bien là le Messie attendu tel que l'avait annoncé le prophète : "Voici mon Élu, sur Lui repose mon Esprit". Voilà le mystère de l'Incarnation présenté à nos yeux comme une icône. En même temps que nous contemplons ce mystère de la venue en notre chair de la venue en notre péché du Fils de Dieu lui-même, nous entrevoyons le mystère de ce qu'est Dieu : voilà que la Trinité nous est rendue comme visible en ce jour. Contemplant ce mystère de l'Incarnation, ce mystère de la Trinité, nous sommes aussi portés à entrevoir le mystère de notre salut le mystère de notre rédemption qui commence de s'accomplir en ce jour sur les bords du Jourdain. Si le Christ est plongé dans cette eau où sont déposés, où sont laissés les péchés de ceux qui viennent se faire baptiser, c'est bien pour nous délivrer de ce péché pour nous sauver. Ce qui paraissait le plus inexorablement séparé : l'extrême sainteté de Dieu et la misère du péché de l'homme, sont à jamais réunis dans la chair humaine du Fils de Dieu. En Lui un pont est jeté, une échelle est dressée entre le ciel et les enfers.

Si le Christ vient aujourd'hui au Jourdain, nous savons bien que ce n'est pas pour être purifié du péché qu'il y aurait en Lui, nous le confessons comme "le seul Saint parmi nous pécheurs, le seul sans péché". Jean-Baptiste, quand Jésus sera remonté de l'eau, Le désignera comme "l'Agneau de Dieu qui porte, qui enlève le péché du monde". Si le Christ vient aujourd'hui au Jourdain c'est pour prendre sur Lui le péché du monde, le péché de l'humanité. La liturgie met dans la bouche de Jésus en cette fête, ces paroles qu'Il adresse à Jean-Baptiste : "Prophète, baptise-moi, j'ai hâte de descendre dans les eaux pour y combattre le dragon, le prince des ténèbres qui tient l'humanité captive en ses filets. Il faut que je rende à cette humanité la liberté et la vie éternelle". Prenant aujourd'hui sur Lui le péché du monde, le Christ s'engage en un combat contre le péché et nous savons que le péché conduit à la mort. Saint Paul nous dit que " le salaire du péché c'est la mort" et que "la mort est l'aiguillon du péché". Prenant aujourd'hui sur Lui le péché du monde, le Christ prend le chemin qui le mènera jusqu'à la mort, jusqu'au calvaire. Ce baptême initial du Jourdain le conduit et annonce déjà ce baptême de la fin de sa vie, le baptême de la mort sur la croix, de la mise au tombeau et de la descente aux enfers. L'évangéliste Matthieu nous rapporte cette parole de Jésus : "Je dois être baptisé d'un baptême et quelle n'est pas mon angoisse jusqu'à ce qu'Il soit consommé". C'est du baptême de la croix dont Jésus parle. Oui, le baptême qu'Il commence de recevoir en ce jour sur les bords du Jourdain, il sera accompli et consommé sur la croix quand le Christ ayant remis son Esprit entre les mains du Père, dira : "Tout est accompli". Jean nous dit : "Celui qui est venu nous sauver, le Christ-Jésus, est venu par l'eau et par le sang, non seulement par l'eau mais par l'eau et par le sang". Oui, si le Christ commence de nous sauver en recevant le baptême dans le Jourdain en ce jour, Il accomplira le salut totalement, le jour où Il connaîtra notre mort, où Il descendra aux enfers de nos morts et de nos péchés. En nous sauvant par l'eau et par le sang, le Christ remet entre nos mains le baptême dans l'Esprit : "Ils sont trois à témoigner : l'eau, le sang et l'Esprit".

Ainsi en cette fête de son baptême nous sommes renouvelés dans la compréhension, la contemplation du mystère du Christ venu parmi nous pécheurs, dans le mystère de son Incarnation et tout en même temps dans la saisie du mystère de ce qu'est Dieu, de ce mystère de la Trinité et encore du mystère de notre salut. En même temps que nous sommes renouvelés dans la contemplation de ces mystères, nous sommes aussi conduits à recevoir pleinement la grâce que ces mystères portent en eux : si le Christ s'est tenu devant Jean-Baptiste au Jourdain, pour être plongé dans le péché que portait ce fleuve, Il se tient aujourd'hui devant chacun d'entre nous pour être plongé dans ce propre Jourdain intérieur qui nous habite, dans ces propres abîmes, ces eaux souterraines qui sont en nous, porteuses de tout le germe du péché et du mal du monde. Lorsque ces eaux remontent à la surface et montent à notre conscience par nos faiblesses, par nos fautes ou par je ne sais quelle technique psychologique nous prenons peur.

En ce jour, le Christ se tient devant chacun d'entre nous pour être plongé, pour descendre en nos péchés, en ce mal qui nous habite, comme Il est descendu dans le Jourdain porteur du péché de l'humanité. Car si nous avons été baptisés en Christ et si c'est là pour nous le début d'une vie nouvelle, d'une vie d'enfant de Dieu, d'une vie de sauvé, c'est parce que le Christ, Lui d'abord, le premier, a été baptisé dans notre propre péché. Oui, si par le baptême nous avons été plongés dans Vie nouvelle du Seigneur Jésus, dans sa Mort et dans sa Résurrection, c'est que Lui, le Premier, a voulu être plongé, être baptisé dans notre mal, dans notre péché. Comme nous le dit saint Jean dans les épîtres que nous avons lues à la suite des fêtes de Noël, "ce n'est pas nous qui avons aimé Dieu le premier mais c'est bien Lui". Le Christ se tient aux pieds de chacun d'entre nous en ce jour comme Il se tenait aux pieds de Jean-Baptiste sur les bords du Jourdain : le "laisserons-nous faire" selon sa propre Parole et accomplir ainsi en nous "toute justice" ? Voilà la question, voilà la Parole qu'Il nous adresse en ce jour ; à nous d'y répondre ; à nous de laisser le Christ de miséricorde descendre dans l'abîme de nos péchés.

 

AMEN

 
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