AU FIL DES HOMELIES

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POUR LE BIEN DU CORPS TOUT ENTIER

Is 42, 1-7 ; Ac 10, 34-38 ; Lc 3, 15-16+21-22
Baptême du Christ - année C (dimanche 11 janvier 2004)
Homélie du frère Yves HABERT


Saint Jean de Côle
Baptême du Christ
La fête du baptême du Sauveur, c'est la fête du Christ total : Christ tête et corps. La tête d’abord : le Christ est baptisé par Jean dans les eaux du Jourdain figure et annonce de son véritable baptême à la croix, quand Il va être baptisé dans les eaux de la mort pour ressusciter. Mais le Christ, par sa Pâque est l'aîné de la fratrie, le frère aîné, Celui qui ouvre le sein de l'Église. Il est la tête du corps. La tête passe la première et tout le corps est appelé derrière Lui à passer de la mort à la vie. Il nous faut retrouver la respiration des textes de saint Paul qui ont été longuement ruminés par les Pères de l'Église, pour saisir vraiment toute la largeur de cette fête. Comment elle s'inscrit dans quelque chose de plus large que l’événement qui s'est passé au bord du Jourdain.

Notre baptême, c'est un appel, une mission, ce n'est pas une sorte de conservation dans le formol. Le baptême, c'est notre envoi en mission. Il n'y a pas besoin de lettre pour nous envoyer en mission, notre être est baptisé. Nous n'avons pas besoin d'une révélation particulière, le baptême nous suffit. La mission qui nous est donnée dans notre baptême et que je vais essayer de développer aujourd’hui, concerne le corps tout entier. Par notre corps qui est baptisé, nous appartenons au corps total du Christ et la mission que nous avons, nous destine, nous oriente pour le service du corps tout entier. Je ne vais pas vous reprendre la chanson du service, mais saisir au plus profond ce qui est vraiment notre mission de chrétien.

Nous sommes vraiment les membres de ce corps. Saint Paul l’exprime très bien dans ses lettres aux Romains et aux Corinthiens : "Même le plus faible est le plus nécessaire, même celui qui a le moins d'honneur est celui que l'on couvre le plus d’honneurs". Pour dire cette solidarité, il emploie deux expériences majeures dans la vie d'un homme : "Si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui, si un membre est à l'honneur, tous se réjouissent". C'est exprimer la profonde solidarité entre tous les membres du corps. Et ensuite, il nous faut servir le corps du Christ. Et Saint Paul dit : "Si c'est le service, servez, si c'est l'exhortation, exhortez, si c'est l'enseignement, enseignez, si c'est la prophétie, faites-le avec foi, si c'est la miséricorde, en rayonnant de joie".

Nous sommes placés dans quelque chose par notre baptême, dans un corps plus large que celui de nos relations immédiates de famille, d'amitié, mais quelque chose qui dépasse celles-ci, le corps mystique du Christ. Cette mise radicale au service ne nous installe pas à notre propre compte, on ne travaille pas pour nous-mêmes. Nous sommes baptisés pour faire les œuvres du Père. Si vraiment nous acceptons notre mission de chrétien, on comprend bien aussi comment tout le corps est soulevé, et si nous passons à côté de notre mission de chrétien, sans forcément nuire à l'ensemble du corps, au moins, nous empêchons ce corps d'être ce que Dieu veut que ce corps soit, nous empêchons ce corps d'être cette chose que Dieu aime.

Il nous faut d’abord connaître cette mission, ce don particulier qui nous est fait aussi, cette part que nous avons à exercer. Je reprendrai l'étymologie de Claudel : co-naître, naître avec, c'est-à-dire qu'en exerçant le don de Dieu pour le bien du corps tout entier, vous accédez à votre maturité de chrétien. Connaître, naître avec ce don qui vous est fait et qui doit être pour le bien du corps entier. Un jour, j'ai rencontré une personne qui me disait : Je n'ai aucun don, je ne vois comment me mettre au service de l'Église ! Je lui ai répondu : ta présence est cadeau. Cette réponse n'avait pas l'air de la satisfaire. Je l'ai renvoyée à la prière, à la fréquentation de la communauté, à ce qu'elle est. Plusieurs mois après, elle est revenue me voir et m’a dit : vous vous souvenez de notre rencontre, j'estimais n'avoir aucun don ? Je l'ai trouvé. Maintenant, je prie pour les visages que je rencontre. Je rencontre des personnes dans l'assemblée eucharistique le dimanche et en semaine, et maintenant, je prie pour ces visages. Cela a changé quelque chose dans ma vie puisque maintenant, je sais que je suis indispensable. J'ai une tâche, un don, quelque chose à réaliser que les autres ne soupçonnent pas, mais j'estime avoir trouvé ainsi ma place dans la communauté : porter dans un regard d'intercession ces visages que je croise. Je me suis rendu compte qu'en faisant cela, j'étais beaucoup plus attentive et en plus, je pouvais avoir tel geste, telle parole qui faisait son chemin en telle ou telle personne. C'est tout simple, mais cette personne a fait cette découverte qu'elle est indispensable qu'elle a son rôle à jouer.

Il nous faut connaître ce don puis l'exercer et là se mettent en jeu quantité de peurs, de "qu'en dira-t-on", de crainte de ne pas être à la hauteur, de manque de confiance en soi, etc. … Il nous faut pourtant nous y mettre et plonger. Ensuite, être profondément responsable de ce don. On a trop souvent déresponsabilisé les chrétiens, et pourtant la confiance de Dieu va jusqu'au bout. Quand Dieu confie un don pour l'Église, il fait une confiance absolue à la personne.

Ensuite, il y a un droit : celui d'être reconnu dans l'exercice de ce don, dans ce que nous faisons. C'est un droit fondamental de la personne humaine : être reconnu dans ce que l'on fait, dans ce que l'on est, et chacun doit s'encourager à être fidèle à ce don, on doit être attentif à ce que l'autre aussi réalise ce pourquoi il est fait. Et ensuite, il y a un devoir, c'est-à-dire rendre compte de l'exercice de ce don, de ce que l'on fait. Pour ne pas se mettre à son propre compte, nous devons rendre compte de l'exercice de ce don que l'on exerce pour le bien du corps tout entier.

Je comprends, à ce moment-là, que si on est attentif à ce que chacun puisse réaliser ce don, cet appel particulier qui lui est fait, on réalise que les diversités, les jalousies s’estompent. Ces espèces de cancers peuvent ruiner complètement une communauté. La jalousie vient de l'ignorance de son propre don, du don de l'autre, une confiance qui ne se fait pas car, à ce moment-là, on est tenté de jalouser l'autre. On réalise aussi que la communauté envisagée par saint Paul n'est pas quelque chose de monolithe. Le corps, parce qu'il est fait de plusieurs membres, joue sur cette diversité, et une communauté ne doit pas former ou déformer ses membres pour qu'ils soient tous exactement semblables. Là n'est pas la chose que Dieu veut. Plus on réprime les dons et la personnalité de quelqu'un, plus une sorte de cercle vicieux s’établit : Plus on réprime ces dons, plus le pouvoir sera autoritaire, plus on les réprimera, plus on sera semblable, plus cela risquera d'exploser. C'est une sorte de loi dans toutes les communautés. Il nous faut donc être attentif et c'est dans chaque communauté que se forme dans l'unité, une communion de diversité.

Ce que nous apprend le récit du baptême que nous venons d'entendre, c'est que ce don ne s'exerce pas comme un esclave, par crainte du châtiment, comme un salarié pour un avantage en nature ou en surnature, le ciel ! On ne l'exerce pas comme un artisan, à notre propre compte, mais on l'exerce comme un fils. Un fils, c'est quelqu'un qui se reçoit d'un autre, tirant sa substance d'un autre. Il reçoit ce qu'il est d'un autre ... Aujourd’hui, le Père dit à son Fils : "Tu es mon Fils bien-Aimé". Je relie ce parcours que nous avons fait dans le corps du Christ à la tête qui est appelée aujourd'hui "Fils". Un passage de l'évangile de saint Jean, au chapitre dix-septième, me revient, Jésus prie ainsi : "Père, glorifie ton Fils". Et un peu plus loin : "Père, j'ai achevé l'œuvre que tu m'as donné à faire". Le Père glorifiera son Fils dans la Résurrection, quand le Fils aura opéré cette œuvre que le Père lui avait donné à faire, c'est-à-dire le don de sa vie. Nous aussi, comme fils, le Père nous glorifiera dans la mesure du don qu'il nous fait pour que nous exercions pour le bien du corps tout entier.

 

AMEN

 

 

 

 
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