AU FIL DES HOMELIES

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LE TRIPLE SYMBOLISME DE L'EAU DU BAPTÊME 

Is 42, 1-7 ; Ac 10, 34-38 ; Lc 3,15-16 + 21-22
Baptême du Christ - année C (dimanche 10 janvier 2010)
Homélie du frère Jean-Philippe REVEL


Le mystère de l'eau

 

Frères et sœurs, au moment où Jean-Baptiste commençait son ministère, il y avait dans de très nombreux groupes religieux des rites de type baptismal, c'est-à-dire des rites qui utilisaient l'eau pour que s'y plongent les adeptes de ces religions. C'est ainsi que les Esséniens près de la Mer morte à Qumrân, pratiquaient des baptêmes quotidiens. C'est ainsi qu'en Perse, les Mandéens avaient une religion centrée sur des rites de type baptismal et même les juifs orthodoxes avaient pris l'habitude, avant la circoncision, quand il s'agissait d'un converti venant du paganisme, de le purifier par un baptême que l'on appelait le baptême des prosélytes. Jean donc n'est pas une exception. Il a adopté une mode qui, à cette époque-là, était très répandue. Toutefois, il a transformé le rite baptismal qui partout était un auto baptême, on se plongeait soi-même dans l'eau. Pour Jean-Baptiste et pour lui seul, il y a un ministre qui vous plonge dans l'eau de la part de Dieu, c'est pour cela d'ailleurs qu'on l'appelle "le baptiste". En outre, le baptême de Jean est unique, il est reçu une fois pour toutes, et surtout, il prépare explicitement à la venue de quelqu'un d'autre, le Messie.

Mais quant au fond, sur la signification, le baptême de Jean-Baptiste, comme le baptême de ces différents groupes religieux dont je parlais, ce baptême est toujours un rite de purification. C'est une conception symbolique : la purification des péchés est une image que l'on applique à une réalité insaisissable. Le péché et le pardon sont des mystères, et pour essayer de s'approcher de ce mystère, on a comparé le péché à une souillure corporelle, comme lorsqu'après avoir travaillé son jardin on a les mains pleines de boue et qu'il faut se laver, et puisque l'eau sert à se laver les mains quand elles sont souillées, on dira que l'eau est le symbole de la purification des péchés comme si une eau spirituelle lavait notre cœur et qu'elle était exprimée, soulignée par l'eau du baptême. C'est ce baptême que Jean-Baptiste a prêché pour préparer un peuple bien disposé à la venue du Messie.

Mais Jean-Baptiste annonce un autre baptême, un baptême que donnera le Messie lui-même, qui ne sera plus une préparation à sa venue par la purification des péchés, par une onction du cœur, mais qui sera le don même de la vie de Dieu. Ce baptême, Jean-Baptiste dit que c'est le baptême dans l'Esprit Saint, sachant que l'Esprit Saint c'est le souffle vital de Dieu et que l'eau à travers toute la Bible est le symbole de cette vie que Dieu nous donne. Et au commencement, quand Dieu créa le ciel et la terre, il n'y avait qu'une immense étendue d'eau vague sur laquelle planait l'Esprit de Dieu pour donner à cette eau la force de faire naître la vie comme il l'est écrit dans le premier chapitre de la Genèse : cette eau devint "un grouillement d'êtres vivants".

L'eau, c'est donc la vie. L'eau, en effet est essentielle pour la vie, nous ne pourrions pas vivre sans eau. Si nous partions au désert sans emporter de l'eau, nous mourrions de soif, de même tous les êtres vivants et même les plantes. L'eau ressemble à un être vivant ; dans notre langage, nous parlons d'une eau courante, d'une eau vive. Tout ceci manifeste que pour nous l'eau est comme une image, un symbole qui nous parle de la vie. Plus profondément encore nous sommes tous nés dans les eaux maternelles et c'est pourquoi l'Église appelle la cuve baptismale dans laquelle sont plongés (c'est le sens du mot baptême), les futurs chrétiens, l'Église appelle cette cuve baptismale, le sein maternel de l'Église. C'est une mise au monde, une venue à la vie.

Cependant, les choses sont encore plus complexes. Il faut bien comprendre que les symboles sont des images qui suggèrent des réalités invisibles et inaccessibles par une sorte de proximité. Je viens de vous le dire, l'eau est le symbole de la vie parce qu'elle ressemble à un être vivant, parce qu'elle est nécessaire à la vie, parce que l'eau est le lieu où nous avons commencé à vivre dans le sein de notre mère. L'eau donc est un symbole de la vie parce qu'elle a quelque chose de commun avec la vie. Mais l'eau est aussi symbole de purification, comme je vous le disais en commençant, et ceci est une autre voie possible qui n'a pas de rapport immédiat avec l'eau symbole de la vie.

Il y a en effet, un troisième symbolisme de l'eau qui nous est peut-être moins familier mais qui est extrêmement important aussi pour comprendre le mystère. Si l'eau est symbole de vie, parce que c'est une eau vive, une eau courante, l'eau est aussi symbole de mort. L'eau d'un lac est une eau morte, une eau qui ne bouge pas, mais l'eau peut aussi être la tempête qui détruit tout sur son passage comme lors du récent tsunami. L'eau c'est aussi l'endroit où l'on peut se noyer, être englouti dans la mort. Les anciens avaient aussi une vision symbolique de cette eau, comme lieu de la mort, image de la mort. Pour eux les monstres marins, Léviathan, c'est-à-dire le crocodile, et tous les êtres qui sont dans la mer sont le symbole de Satan et des anges du mal. Donc, entrer dans l'eau, c'était aussi risquer sa vie en la mettant à la portée de ces puissances du mal qui étaient tapies au fond des eaux, au fond des abîmes, au fond de la mer.

Cela nous fait comprendre que le passage de la Mer Rouge, par exemple n'est pas simplement un miracle merveilleux, mais c'est très exactement la victoire sur la mort parce que les eaux de la mer sont le lieu du danger et du mal et quand Dieu invite son peuple à descendre dans le lit de la Mer Rouge il l'invite à affronter les puissances du mal. Le peuple est persécuté, poursuivi par une autre force de mal qui est Pharaon et il est pris en étau entre Pharaon et la mer. Le miracle merveilleux, c'est que cette mer lieu du danger et de la mort va s'ouvrir devant les pas du peuple qui va traverser à pied sec et qui remontera de l'autre côté de la mer dans la vie qui est un symbole de la vie éternelle. De la même manière, quand le peuple entrera en Terre Promise, Josué fera traverser au peuple le Jourdain qui lui aussi s'écartera devant eux, et là c'est l'aspect positif de l'eau, l'eau qui est la porte de la Terre Promise, du Paradis.

Cela pourrait rester simplement un symbolisme contradictoire qui s'oppose selon ce que l'on veut dire. Mais en réalité, cela va beaucoup plus loin. Ce double symbolisme de l'eau qui est à la fois le lieu de la vie et la porte de la vie éternelle comme je viens de le dire, et l'eau qui est aussi le lieu de la mort et du danger, ce double symbolisme est au cœur de notre foi car le cœur de notre foi, c'est que Jésus, par sa mort, est entré dans la résurrection, Jésus par sa mort, nous a donné la vie éternelle. C'est ce que saint Paul nous révèle quand il nous dit dans l'épître aux Romains : "Baptisés dans le Christ Jésus (n'oublions pas que "baptisé" veut dire "plongé"), c'est dans sa mort que nous avons été plongés. Nous avons été ensevelis avec lui par le baptême dans la mort, afin que comme le Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous vivions nous aussi ressuscités pour une vie nouvelle". Ainsi, par le geste baptismal qui nous plonge dans l'eau de la mort et qui nous fait surgir de cette eau, vivants de la vie même du Christ, par ce symbolisme, le baptême nous invite à entrer dans une vie qui jaillit de la mort, dans une vie qui est le triomphe de l'amour sur les forces hostiles. Dans une certaine version de l'évangile de saint Luc, on nous dit que lorsque Jésus est descendu dans le Jourdain, un feu s'est déclenché dans les eaux du Jourdain : c'est la lutte du Christ contre les puissances du mal qui en est sorti vainqueur.

Nous sommes là au cœur de notre mystère, le mystère de notre foi. Je ne m'écarte pas de Pauline qui va aujourd'hui faire sa première communion, qui va recevoir pour la première fois le Corps et le Sang du Christ. En effet, ce corps que Pauline va manger, c'est le Corps du Christ livré à la mort pour nous. C'est le Corps du Christ qui est mis à mort par les puissances du mal. Mais ce Corps du Christ livré pour nous ce Sang du Christ versé pour nous deviennent semences de résurrection et de vie éternelle. Quand ce Corps du Christ devient notre propre corps, Quand nous le mangeons, puisque les aliments sont la structure de notre être, le Corps du Christ devient la structuration même de notre propre corps, et à ce moment-là nous sommes comme envahis par une force de résurrection qui, à travers notre vieillissement et toutes les années qui s'accumuleront, à travers la mort, nous conduira, c'est notre foi, à la vie, et à la vie qui ne finit pas.

Nous tous qui allons communier avec Pauline, revivons la grâce de notre baptême qui est aussi la grâce de l'eucharistie, qui est la grâce d'être plongé dans la mort du Christ pour pouvoir en jaillir et ressusciter avec lui.

 

AMEN

 

 

 
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