AU FIL DES HOMELIES

Photos

 ALLIANCE NOUVELLE - UNITÉ NOUVELLE

Is 42, 1-7 ; Ac 10, 34-38 ; Mc 1, 9-15
Baptême du Christ - année B (dimanche 10 janvier 1988)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

"J'ai fait de Toi l'Alliance avec mon Peuple" Pendant ce temps de Noël nous avons célébré Jésus enfant, nous l'avons vu porté dans le sein de Marie, nous l'avons vu naître à Bethléem dans la cité de David, nous l'avons vu adoré par les bergers, puis par les mages qui symbolisent toutes les nations, nous l'avons vu partir en Égypte pour fuir la colère et la haine du roi Hérode, nous l'avons vu revenir à Nazareth là où Il grandissait en taille, en âge et en sagesse, soumis à ses parents, nous l'avons vu au Temple à l'âge de douze ans, sagesse éternelle au milieu des savants et des sages, les docteurs et les scribes du Temple de Jérusalem. En tout cela nous avons vu un enfant. Qu'est-ce que c'est qu'un enfant ? Fondamentalement un héritier. Quand je dis héritier, je ne parle pas de "questions d'héritage" à régler, mais quand je dis héritier, je dis héritier de l'histoire humaine. Il a reçu à travers Marie et à travers Joseph toute la beauté, toute la grandeur de cette humanité qu'Il avait créée, Il a reçu à travers Marie et à travers Joseph cet éveil, cet émerveillement de l'homme qui découvre le sens même de la vie humaine, qui découvre cette orientation fondamentale de notre nature et de notre existence pour Dieu. Il est l'héritier de l'humanité au sens où Il a reçu toute la tradition d'Israël, Il a prié de la prière de ses Pères, Il a appris les mots qui disent Dieu. Jésus enfant a appris à être homme. Il est héritier, Lui le Fils de Dieu, de la création même dont Il est la source et l'auteur.

Aujourd'hui, brutalement nous sommes ame­nés à rencontrer un homme maintenant adulte qui s'en va vers le Jourdain pour y recevoir le baptême de Jean. Ce baptême, on l'appelle précisément le com­mencement de la vie publique de Jésus. Ce n'est pas le moment même où Jésus devient adulte, car dans la société juive où Il vivait, c'est plutôt vers les douze ou treize ans que l'on considérait qu'un homme était adulte. Il a déjà mené une vie adulte, Il a vécu avec ses concitoyens de Nazareth, Il a déjà sans doute une fois ou l'autre présidé la prière à la synagogue, mais lors de son baptême, non seulement Il est adulte, mais Il inaugure sa vie publique. L'enfant qui était héritier, cet homme qui menait sa vie privée dans le cadre de sa famille et de son village à Nazareth, voici qu'Il fait un pas de plus.

Il entre dans une vie publique. Qu'est-ce à dire ? C'est une vie dans laquelle les points de repère essentiels sont à établir en fonction de ceux qui sont autour de vous. A ce titre-là, par exemple, on peut dire qu'un des premiers grands actes publics dans la vie d'un homme ou d'une femme, ce n'est pas son accès à la majorité à dix-huit ans ou les premiers vo­tes qu'il fait, mais on dira plutôt que le premier acte public essentiel c'est le fait de se marier, c'est-à-dire de s'engager publiquement vis-à-vis d'un homme, ou vis-à-vis d'une femme, et de faire qu'à ce moment-là sa propre existence se construit totalement en relation avec l'autre : il y a là un acte public. Pour Jésus, le baptême est le premier acte de sa vie publique, car à ce moment-là Il nous manifeste que sa vie, sa raison d'être, devient fonction de l'humanité dont Il est membre et héritier, mais vis-à-vis de laquelle désor­mais Il va être placé dans une situation tout à fait uni­que et singulière. Jésus devient la tête de cette huma­nité qu'Il vient sauver. Jusqu'ici Jésus vivait sa vie humaine pour "son propre compte", "à ses propres frais", "à ses risques et périls'', maintenant il faut dire que Jésus vit son humanité "pour notre propre compte", à nous, "à nos risques et périls", "pour nous les hommes et pour notre salut". Et c'est là ce que signifie la prophétie d'Isaïe : "Voici je t'ai établi Alliance avec mon Peuple".

Désormais tout ce qu'Il vit a signification de salut pour nous. Or comment inaugure-t-Il cette vie publique ? Je vous propose de réfléchir sur deux points qui me paraissent essentiels à notre compré­hension de notre relation avec Jésus.

En premier lieu, Il entre dans l'eau du Jour­dain pour y recevoir le baptême des pécheurs. Jésus se manifeste à nous et pour nous comme Celui qui prend notre péché. Son lien avec nous n'est pas d'abord un lien extérieur à notre propre aventure humaine, mais c'est un lien totalement intérieur, intime à notre hu­manité. Et si notre humanité connaît le péché, elle demeure pourtant, Jésus le sait mieux que quiconque, destinée fondamentale ment à vivre pour Dieu. Même si notre humanité connaît sans cesse des déviances, des fautes, des péchés, des refus de Dieu, Jésus dans ce premier geste public vient nous chercher là où pré­cisément nous sommes tombés, dans les conséquen­ces mêmes de notre péché : Il vient nous chercher dans cette eau du baptême qui, dans la vieille manière de penser des sémites, signifie le danger, le risque, et la menace des puissances chaotiques qui donnent la mort. C'est dans ces eaux-là qu'Il vient se plonger pour se rendre solidaire de notre humanité. Il n'a au­cune complicité avec le péché, mais Il vient sauver une humanité pécheresse, et Il se fait héritier de toute l'humanité, y compris en ce qu'elle a d'affaibli, de blessé par son péché et par son refus de Dieu.

Le second trait de cette vie publique de Jésus est marqué par l'ouverture des cieux, et c'est là peut-être le plus important. Si Jésus est l'alliance avec le peuple, Il ne s'agit pas d'une simple alliance fédéra­tive, "horizontale" ; ce n'est pas une alliance au coude à coude, une alliance de solidarité au sens où simple­ment Jésus se reconnaîtrait comme un des millions ou milliards d'individus dont est composée l'humanité. Si Jésus se fait l'un de nous, si Jésus se lie totalement et publiquement à notre histoire et à notre humanité, c'est pour que les cieux s'ouvrent, et que l'Esprit des­cende. Sur ce point nous est donné le signe fonda­mental de sa mission et de la destinée de notre huma­nité. Où est l'unité de notre humanité ? elle n'est pas dans le simple fait que les hommes penseraient tous la même chose ou que les hommes poseraient tous les mêmes actes, qu'ils auraient des projets identiques ou la même conception des droits et des devoirs de l'homme et du citoyen.

Où est l'unité ? où est l'Alliance de l'humanité? Elle est en Jésus-Christ en tant qu'Il ouvre à cette humanité un principe nouveau d'unité, le mystère même de la vie de Dieu répandu sur nous. Et c'est ainsi qu'Il reçoit l'Esprit saint : Il le reçoit "pour nous les hommes et pour notre salut". Il signifie ainsi comment l'humanité telle qu'elle avait été créée par son Père, par l'Esprit saint et par Lui, retrouve désor­mais sa véritable consistance, sa vérité, toute sa valeur d'humanité, elle est une, elle est le résultat, le fruit d'une alliance, elle est le fruit de l'Amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ. Et désormais si nous vou­lons parler de l'homme, nous devons en parler, nous chrétiens, comme de cet homme qui, de façon cons­ciente ou non, est appelé, convoqué par Dieu à trou­ver l'unité en Lui son Père, par le Fils, dans l'Esprit Saint.

Maintenant, nous allons baptiser Jean-Bap­tiste et Adrien. Par ce geste de baptême que le Sei­gneur Lui-même a voulu recevoir des mains de Jean, nous signifions réellement et publiquement que Dieu les agrège à cette nouvelle unité de l'humanité, une unité qui ne vient pas simplement de la chair et du sang, laquelle pourtant est déjà si belle et si grande, mais une unité qui vient de la vie même de l'Esprit en eux et en nous. Cela doit nous rappeler la manière dont nous devons être hommes. Désormais nous ne sommes pas simplement des hommes unifiés par une nature humaine commune, mais nous sommes aussi hommes par grâce, désormais ce que nous sommes nous est donné en plénitude par Dieu. Dieu nous ou­vre cet avenir par lequel nous pouvons devenir plei­nement ses fils.

 

AMEN

 

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public