AU FIL DES HOMELIES

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LE BAPTÊME NOUS PLONGE TOTALEMENT DANS LA VOLONTÉ DE DIEU

Is 42, 1-7 ; Ac 10, 34-38 ; Lc 3, 15-16+21-22
Baptême du Christ - année C (dimanche 15 janvier 1989)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

L'Église, puisque c'est lui qui en est l'initiateur, le baptême apparaît d'abord comme un bain. Et sa première signification est d'être un bain spirituel par lequel nous sommes purifiés, lavés, par lequel sont enlevées de notre cœur toutes les ombres du péché, toutes les distorsions et les souillures qui déforment notre nature humaine, qui déforment l'image de Dieu en nous. Pourtant cette première si­gnification, celle à laquelle s'attachait Jean-Baptiste, puisqu'il prêchait un baptême pour la purification des péchés, pour la préparation du peuple à la venue du Messie, cette première signification est loin d'épuiser toutes les dimensions du baptême. Le baptême, plus encore que la purification des péchés, c'est le don de la vie, car l'eau c'est l'élément vivant par excellence, ce qui est à la base, à la source de toute vie sur la terre, dans les plantes comme dans tous les animaux et dans l'homme lui-même.

Mais il y a encore une autre dimension du baptême à laquelle je voudrais m'arrêter aujourd'hui. Le mot "baptiser" est un verbe grec "baptizo" qui est ce qu'on appelle une forme intensive, c'est-à-dire que par rapport au verbe originel "bapto" qui veut dire plonger, cela veut dire plonger avec intensité, plonger de façon totale. Ce verbe "baptizo" avait pour les grecs du temps de Jésus un usage courant avant d'avoir l'usage spécifiquement religieux que nous lui donnons. Il se disait par exemple d'un bateau qui coule ou de quelqu'un qui se noie. Baptiser c'est donc immerger totalement, c'est donc d'une certaine ma­nière se perdre. Le baptême apparaît ainsi comme une sorte de donation à fonds perdus, il consiste à s'aban­donner à cette eau, à se plonger totale ment dans la signification du geste. C'est pour cela que Jésus a employé ce même terme de baptême pour parler de sa Passion. A deux reprises, Jésus désigne sa Passion comme un baptême : quand les fils de Zébédée, Jean et Jacques, lui demandent d'être placés l'un à sa droite et l'autre à sa gauche dans le Royaume, Jésus leur répond : "Vous ne savez pas ce que vous demandez, pouvez-vous boire la coupe que Je vais boire ? pou­vez-vous être baptisés du baptême dont Je vais être Moi-même baptisé ? pouvez-vous être plongés dans cette Passion dans laquelle Je vais Moi-même être plongé ?" (Marc 10, 38). Et ailleurs encore, Jésus dit : "Je suis venu apporter un feu sur la terre et quel n'est pas mon désir que ce feu s'enflamme, Je suis venu recevoir un baptême et quelle n'est pas mon angoisse que ce baptême soit accompli".4 (Luc 12, 50). Là encore Jésus parle de façon symbolique de sa Passion. En effet si baptiser, c'est immerger totalement, et d'une certaine manière se perdre dans l'eau dans la­quelle on est immergé, Jésus peut comparer la mort dans laquelle Il va être entièrement plongé à un bap­tême, Il peut comparer cet ensevelissement dans la terre, dans le tombeau à une sorte de baptême dans lequel on est totalement enseveli. C'est pour cela que l'Église nous dit toujours que nous sommes baptisés dans la Mort du Christ. Par le baptême, nous sommes plongés dans le mystère de la mort du Christ, et saint Paul précise : "avec le Christ, dans le baptême, nous sommes ensevelis dans sa Mort afin, avec Lui, de ressusciter dans la vie". (Rom.6, 3-4). Et sans la ma­nière ancienne de donner le baptême, le catéchumène était conduit jusqu'à la piscine, la piscine baptismale qui n'était pas simplement une simple cuve, mais qui était une vaste piscine, comme nous pouvons le voir encore à saint Sauveur ou bien en d'autres baptistères comme celui de Fréjus par exemple et le catéchumène descendait dans la piscine, y était totalement immergé et ressortait de la piscine en ressuscitant avec le Christ. Le geste était donc parfaitement significatif et symbolique. Et tout à l'heure nous allons aussi plon­ger entièrement Priscille dans l'eau du baptême pour la faire émerger vivante de la vie du Christ ressuscité.

Le baptême est donc une sorte d'abandon dans le mystère de la mort du Christ. Etre plongé dans la mort du Christ, cela veut dire : avec Lui s'abandonner, se donner totalement. Ce que le baptême nous de­mande, c'est une donation sans limite, sans réserve, un don total de nous-mêmes. Par sa mort, le Christ s'est donné par amour, sans limite, pour nous. Il n'a rien gardé pour Lui. Il s'est totalement mis à notre dispo­sition, Il s'est livré entre nos mains. Par le baptême, avec le Christ, nous sommes livrés, nous aussi, mais nous sommes livrés à l'amour de Dieu, nous sommes livrés au mystère de la transformation que Dieu veut opérer par son amour en nous afin de nous faire, comme le Christ, surgir vivants du tombeau, ressus­citer vivants du baptême, ressusciter avec une vie nouvelle.

Et ce qui est vrai du baptême est vrai de toute la vie chrétienne, car toute la vie chrétienne n'est que le déploiement du baptême. Tous les jours nous vi­vons la grâce de notre baptême. Celui-ci n'est pas un évènement qui se passe au début de notre vie et qui ensuite nous laisserait vaquer à nos occupations, le baptême est un évènement permanent. Tous les jours de la vie chrétienne, nous vivons en baptisés, nous vivons sur l'élan de notre baptême, nous vivons trans­formés intérieurement par la force vivifiante de l'Es­prit saint donné à notre baptême. Et c'est pourquoi la vie chrétienne est constamment un don de soi, un abandon entre les mains du Père, un abandon à l'amour de Dieu. Etre chrétien, c'est se remettre tota­lement à la grâce de Dieu, c'est se donner si fort à ce mystère d'amour qu'Il peut nous reprendre de fond en comble et en quelque sorte nous recréer. Nous avons toujours tendance à vouloir fabriquer notre vie, à vouloir agencer notre existence nous avons toujours tendance à vouloir construire notre idéal, à vouloir nous façonner à la manière de ce que nous voudrions être. Le mystère que le baptême nous révèle, c'est que pour devenir ce que nous devons être il ne faut pas nous fabriquer à coup de volonté, à coup de calcul et par une sorte de plan prévu d'avance, pour devenir ce que nous devons être, il faut nous remettre entre les mains de l'amour de Dieu, il faut nous laisser totalement immerger dans le mystère de cet amour.

Vous l'avez sans doute entendu tout à l'heure, dans le récit de l'évangile il est tout à fait symptoma­tique, c'est saint Luc qui le remarque, que Jésus au moment où baptisé, immergé, entièrement plongé dans le Jourdain, à ce moment où Jésus était en prière, le ciel s'est ouvert. Jésus était immergé dans l'eau du Jourdain, mais Il était plus encore immergé dans la prière, dans la présence du Père, immergé dans le mystère de l'amour de Dieu, auquel Il s'abandonnait totalement. C'est cela la prière, la prière n'est pas non plus quelque chose que nous construisons, la prière n'est pas un dialogue que nous fabriquons, ce n'est pas des formules que nous avons à apprendre ou à com­poser, la prière, c'est un abandon entre les mains de Dieu qui nous enveloppe de sa présence. Et le ciel ne peut s'ouvrir que si nous nous remettons ainsi entre les mains de la grâce de Dieu. Et l'Esprit ne peut des­cendre que si notre cœur est ouvert, disponible, ac­cueillant, que si notre cœur est dépossédé, détaché de lui-même.

Le grand problème de notre vie chrétienne, c'est d'ouvrir nos mains, d'ouvrir notre cœur. Nous avons toujours tendance à refermer les mains, nous avons toujours tendance à nous protéger, à nous édi­fier, à nous fabriquer, il faut savoir se donner, s'ou­vrir, attendre, il faut savoir recevoir la présence de Dieu. C'est ce qui va se passer maintenant pour Pris­cille, elle va être plongée dans cette présence de Dieu, elle est totalement disponible, son cœur n'est pas en­core barricadé, il n'est pas encore fabriqué à sa petite idée. Pour le moment Priscille est toute ouverture, toute confiance, tout abandon, comme un enfant. Et c'est en ce sens que Jésus nous dit que nous devons devenir, tous, comme des enfants si nous voulons entrer dans le Royaume de Dieu. C'est dire que nous devons ouvrir notre cœur comme un enfant ouvre son cœur à ses parents, dans la simplicité et sans calcul. Cela ne veut pas dire que nous devons retomber en enfance, cela veut dire que nous devons retrouver en nous ce mystère de l'enfance qui est un mystère de transparence et de disponibilité confiante et simple.

Alors, frères et sœurs, au moment où nous célébrons le baptême du Christ, au moment où nous allons célébrer le baptême de Priscille, revivons cha­cun notre grâce, la grâce de notre baptême, revivons la grâce de cette ouverture de notre cœur à la venue de Dieu, replongeons-nous totalement dans la pré­sence de Dieu, abandonnons-nous aux mains de Dieu, remettons-nous entre les mains de son amour, afin qu'Il puisse vraiment nous prendre en charge, qu'Il puisse vraiment nous remplir de son mystère, accom­plir en nous, par sa grâce, ce qu'Il veut faire de nous-mêmes et qui est tellement plus grand, tellement plus merveilleux que ce que nous avons calculé, ce que nous avons décidé, ce que nous avons rêvé. Dieu veut nous conduire vers ce que l'œil de l'homme n'a pas vu, ce que l'oreille n'a pas entendu ; Il veut nous conduire vers ce qui n'est pas monté à notre cœur, tout ce qu'Il a préparé pour ceux qu'Il aime, c'est-à-dire pour cha­cun d'entre nous.

 

 

AMEN

 

 
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