AU FIL DES HOMELIES

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LE BAPTÊME DU CHRIST : RÉVÉLATION DE L'AMOUR TRINITAIRE

Is 42, 1-7 ; Ac 10, 34-38 ; Mc 1, 9-15
Baptême du Christ - année B (dimanche 13 janvier 1991)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

Frères et sœurs, au commencement de la vie publique du Christ, au moment où il va pren­dre la parole pour proclamer la proximité du Royaume de Dieu, se situe cet événement du baptême de Jésus pour Jean Baptiste dans les eaux du Jourdain. Et le rapprochement que la liturgie de l'Église nous propose avec la fête de l'Epiphanie nous invite à voir dans cet événement la manifestation inaugurale du Christ, cette manifestation donnée aux nations païen­nes en la personne des mages et donnée à Israël en la personne de Jean-Baptiste, en ce jour du baptême de Jésus au Jourdain. Mais cette manifestation du Christ au moment de son baptême atteint une plénitude à laquelle nous ne sommes peut-être pas toujours assez attentifs. Ce n'est pas seulement comme Messie, ce n'est pas seulement comme prophète, ce n'est pas seulement comme prédicateur du Royaume que Jésus est manifesté. La manifestation du Christ au Jourdain, c'est la manifestation de la Trinité tout entière, c'est-à-dire du secret le plus profond, le plus intime de Dieu.

Dès le commencement, dès le premier instant de la prédication du Christ, dès le premier moment de sa vie publique, ce mystère insondable qui est celui de la vie la plus intérieure de Dieu, ce mystère de la Tri­nité est offert à l'Église naissante, est offert au monde. Quand Jésus descend dans les eaux du Jourdain, voici que se déchire le ciel, comme nous l'a dit saint Marc, c'est-à-dire que le secret de Dieu est révélé, ce qui empêchait que les hommes puissent pénétrer dans l'intimité de Dieu c'est-à-dire à la fois notre éloigne­ment de créatures et surtout la déchéance de notre péché, voici que tout ce qui empêchait ce contact avec Dieu se trouve supprimé. Les cieux se déchirent et apparaît le mystère de Dieu. La voix du Père retentit, et le Père proclame que Jésus est le Fils, non pas un fils quelconque, non pas un fils au sens où Il aurait droit à la protection paternelle de Dieu, mais le Fils unique, le Fils Bien-Aimé : "Tu es mon Fils, mon Unique, le Fils de mon amour". Et la voix du Père qui proclame Jésus son Fils répand sur Lui l'Esprit à la manière d'une colombe c'est-à-dire à la manière d'un oiseau qui vient planer et demeurer sur Celui qu'Il couvre de ses ailes selon l'expression plus précise que nous en donne saint Jean dans son évangile, "Celui sur qui tu as vu l'Esprit descendre et demeurer", de­meurer, habiter, rester en permanence.

Voici que l'intimité de Jésus avec le Père, l'intimité de Jésus avec l'Esprit est placée devant nos yeux au commencement de cet évangile, dès la pre­mière page de l'évangile de saint Marc, car les versets que nous venons de lire sont dans le premier chapitre de cet évangile, c'est donc ce mystère de la divinité du Christ au sein de la Trinité qui nous est proposé. Et cette intimité de Jésus avec le Père, c'est l'intimité de leur amour : "Tu es mon Fils Bien-Aimé, en Toi J'ai mis tout mon amour". C'est parce que la totalité de l'amour du Père repose dans le Fils que le Fils est rempli sans mesure de l'Esprit qui est la communion d'amour du Père et du Fils.

Voilà que nous sommes transportés dans ce qui est l'essentiel, le cœur de toute la vie de Dieu, le cœur de toute la vie du Christ, le cœur de toute la vie du monde, le cœur de toute notre vie. Car nous n'avons rien d'autre à connaître, nous n'avons rien d'autre à approfondir, nous n'avons pas d'autre mys­tère dans lequel nous enraciner que celui de cet amour infini du Père et du Fils qui se répand de l'un à l'autre par l'Esprit, ce même Esprit qui déborde en quelque sorte de la plénitude de Dieu, se répandra sur nous tous en nous apportant la source de ce même amour.

Jésus est le Fils Bien-Aimé du Père, Jésus de toute éternité jaillit du cœur du Père comme l'expres­sion, comme le rayonnement, comme la plénitude de cet amour jaillissant dans le Père est comblé. Jésus, c'est l'objet même de toutes les prédilections de Dieu, Jésus, c'est le Fils qui reçoit tout ce qu'Il est de cet acte infini d'amour du Père, Jésus est Celui à qui le Père, dans ce même acte infini d'amour, donne tout ce qu'Il possède. Le Père ne garde rien en Lui qu'Il n'ait remis dans le Fils, le Fils n'a rien en Lui qu'Il n'ait reçu du Père. Et cette communion dans un amour infini, dans ce face-à-face éternel, cette communion est le secret de la joie, le secret du bonheur du Père, du Fils et de l'Esprit, est le secret de tout bonheur possible et de toute joie possible, le secret de tout ce qui nous est offert, de tout ce qui nous est donné.

Oui, frères et sœurs, c'est à cela que nous sommes appelés, nous sommes appelés à entrer dans ce mystère de l'amour sans rivage, de l'amour sans limite du Père pour le Fils et du Fils pour le Père, cet amour sans limite qui est la personne même de l'Es­prit, car cet amour est tellement puissant, tellement infini, tellement dense qu'Il n'est pas comme chez nous autres, créatures humaines, un sentiment, Il n'est pas simplement un prolongement de notre être, l'amour en Dieu est d'une telle densité qu'Il est une personne. Et là le mystère nous dépasse de toutes parts : l'Esprit Saint, c'est l'amour personnifié du Père pour le Fils et du Fils pour le Père, c'est la personnifi­cation de la communion d'amour du Père et du Fils. Et cet Esprit qui nous est présenté en ce jour comme reposant en plénitude dans le Fils, comme demeurant sur Lui, comme étant donné sans mesure par le Père au Fils, cet Esprit Jésus le répandra sur nous.

Au moment de mourir sur la croix, Jésus li­vrera son Esprit et une fois ressuscité Il soufflera sur ses apôtres en leur disant : "Recevez l'Esprit", et au jour de la Pentecôte, l'Esprit en tornade S'emparera de l'humanité tout entière. L'Esprit c'est-à-dire ce mys­tère même de l'amour infini de Dieu sera répandu dans nos cœurs. Et comme le dit saint Paul : "La cha­rité habite en nous par l'Esprit saint qui nous a été donné". Ce mystère de l'Esprit Saint, c'est-à-dire de l'amour de Dieu ouvert aux hommes, donné aux hommes, répandu dans le cœur des hommes, ce mys­tère de l'amour de Dieu, c'est celui de l'Église, car l'Église ce n'est pas autre chose que l'humanité ras­semblée dans cet amour, que l'humanité vivifiée par cet amour, remplie de cet amour de Dieu.

Et c'est par le baptême que nous sommes im­mergés dans l'amour de Dieu. De même qu'au bap­tême du Christ au Jourdain, ce mystère infini de l'amour nous a été révélé par cette voix du Père, par ce ciel qui se déchire, par l'Esprit qui, à la manière d'une colombe, vient reposer sur le Fils, de même qu'au moment du baptême du Christ au Jourdain, le mystère de la Trinité c'est-à-dire le mystère de la communion d'amour de Dieu nous a été manifesté, de la même manière pour chacun de nous, au commen­cement de notre vie, le baptême est aussi le don de cet amour, l'entrée dans cette communion, la descente sur nous de l'Esprit.

Dans quelques instants Baptiste va être plongé dans l'eau, mais à travers cette image, c'est dans ce mystère même de la présence vivifiante et amoureuse de Dieu qu'il va être plongé. Il va être plongé pour que toute sa vie soit imprégnée de cet amour, soit marquée sous le signe de cet amour, pour que toute sa vie se déroule non pas simplement au niveau de forces humaines, au niveau de dons hu­mains, au niveau d'une recherche si élevée soit-elle du cœur et de l'esprit humain, mais que toute sa vie soit marquée par cette imprégnation de l'intimité même de Dieu. C'est à cela que nous sommes appelés.

Frères et sœurs, nous ne sommes pas appelés à une grande carrière, nous ne sommes pas appelés à de grandes réussites, nous ne sommes pas appelés à être des êtres humainement exceptionnels, nous som­mes appelés à entrer humblement, petitement, profon­dément, intensément, à la racine même de notre être et dans toute la plénitude de ce que nous sommes, à entrer dans ce mystère de Dieu qui nous aime, du Père qui aime le Fils, du Fils et du Père qui s'aiment d'un même Esprit, du Père et du Fils qui nous aiment, du Père et du Fils qui nous donnent leur amour, du Père et du Fils qui répandent cet amour dans notre cœur, du Père et du Fils qui nous rendent capables de nous aimer les uns les autres comme nous sommes aimés par eux, du Père et du Fils qui nous invitent à cette joie, à cette fête infinie d'un amour partagé, d'un amour qui puisse nous combler, nous combler en nous donnant les uns aux autres, car la seule manière d'être remplis de joie et de vie, c'est de donner cette joie, de donner cette vie, de donner cet amour à ceux qui sont près de nous.

C'est à ce mystère du don qui est le secret le plus profond de Dieu auquel Baptiste est invité, comme chacun de nous, nous y sommes invités en ce jour.

 

 

AMEN

 

 
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