AU FIL DES HOMELIES

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LES BIEN-AIMÉS DE DIEU

Is 42, 1-7 ; Ac 10, 34-38 ; Mc 1, 9-15
Baptême du Christ - année B (dimanche 12 janvier 1997)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

En 1960 le pape Paul VI, avec bonheur, réinté­grait dans le calendrier romain la fête du bap­tême du Christ. Il était certainement dommage qu'on ait supprimé cette fête et que, grâce à la restau­ration de la liturgie, on soit revenu aux sources d'une fête qui est vraiment la célébration par excellence de la manifestation du Christ, tant et si bien qu'une an­tienne très ancienne pour le Benedictus reprise encore lorsque l'on chante l'office de prière commençait l'énumération des manifestations du Christ par le baptême. Ce chant disait : "Aujourd'hui l'Église s'unit à son Époux céleste parce que, dans le Jourdain, le Christ a lavé les péchés. Les mages courent avec des présents aux noces royales et les convives se réjouis­sent de voir l'eau changée en vin. Alléluia."

Ces trois fêtes : les mages et son épiphanie, le baptême du Christ et sa manifestation, les noces de Cana et sa révélation nous disent Dieu, nous révèlent Dieu, nous parlent de Lui, nous le manifestent. C'est cela l'Épiphanie.

Aujourd'hui le baptême du Christ nous mani­feste Dieu en plénitude. Je pense qu'Il nous est mani­festé de trois façons d'abord le baptême du Christ est manifestation parce que saint Marc, l'évangéliste qui a écrit l'évangile que nous venons de proclamer ne connaît pas dans ce début de l'évangile, ni la nais­sance du Christ telle que nous le rapporte saint Luc, ni la visite des mages telle que nous le rapporte saint Matthieu, mais commence tout de suite son évangile par le baptême du Christ. Et ce baptême du Christ inaugure pour les hommes le salut. Jésus se révèle, Il se manifeste comme annonçant aux hommes le salut, Il proclame la Bonne Nouvelle, ce sont les premiers mots de sa prédication : "Convertissez-vous, croyez à la Bonne Nouvelle, les temps sont accomplis, le Royaume de Dieu est proche de vous ". C'est le fait que Dieu, en Jésus Christ, se fasse proche des hom­mes, leur parle et leur dise le message même de la Parole de Dieu. C'est la première manifestation de ce baptême du Christ.

Ce baptême est aussi une manifestation de ce que aujourd'hui nous vivons lorsque nous-mêmes nous sommes unis à Dieu par la naissance à sa Résur­rection, à sa Vie, en étant plongé dans l'eau du bap­tême. Nous passons de la mort à la vie. Nous entrons dans la Vie de Dieu, dans sa plénitude et nous som­mes révélés comme fils de Dieu. Et en prenant tous nos péchés, le Christ inaugure dans son baptême le fait qu'Il portera tous les péchés des hommes pour les laver et pour les rendre heureux, pour les rendre purs et remplis de sa lumière. Ainsi Il plonge dans les eaux du Jourdain pour que toutes les eaux consacrées en son Nom soient le signe de la source intarissable qui ne cesse de jaillir et de murmurer, au plus profond du cœur de l'homme, la joie d'appartenir à Dieu.

Mais il y a une troisième manifestation dans ce baptême du Christ. C'est celle du Dieu Trinité. Le ciel se déchire, nous dit saint Marc, et la voix du Père se fait entendre, alors que L'Esprit, L'Esprit d'amour repose sur le Fils. Et le Père dit : "Tu es mon Fils Bien-Aimé, en Toi J'ai mis toute ma faveur ". C'est la troisième manifestation et révélation de ce baptême et c'est celle sur laquelle j'aimerais, avec vous, réfléchir ce matin.

Qu'est-ce que signifie pour nous que le Père se manifeste et que l'Esprit repose sur le Fils ? L'évangile de Marc commence tout simplement par un des plus grands dogmes de l'Église catholique :"Je crois en Dieu le Père, en Dieu le Fils et en Dieu le saint Esprit ". Seulement confesser la foi de l'Église comme tout à l'heure nous le ferons avec les parents de Marie, cela peut nous apparaître très théorique. Nous pouvons avoir l'impression que finalement la Trinité n'est qu'un jeu auquel Dieu se serait amusé, un jeu de mathématique où il faut que trois entre dans un ensemble unique, qu'on dise, il y a trois Personnes en un seul Dieu. C'est un peu un casse-tête chinois. Pourtant Jésus révèle tout simplement qui Il est, et c'est le propre de la manifestation. Mais notre esprit peut-être se noie dans une espèce de conception ou d'idéalisation de Dieu et essaye de rendre compte, comme on peut, de cette manifestation de Dieu.

Il me semble, comme le disait Blaise Pascal, que le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas ou ne comprend pas. Notre raison ne comprendra jamais la Trinité, mais notre cœur peut peut-être le comprendre. Qu'est-ce que ça signifie ? Que la mani­festation de Dieu, de Jésus Christ au Jourdain, c'est une histoire de cœur, c'est une histoire d'amour. Et j'en veux pour preuve le fait même que la Parole de Dieu, la parole du Père, ce n'est pas de démontrer théologiquement la Trinité, ce n'est pas de nous faire un discours sur ce qu'Il est : puissance éternelle de force, immortel et infini. Ce n'est pas de nous prouver par "a + b " qu'Il est vraiment Dieu, mais Il a cette phrase qui est remarquable : "Tu es mon Fils Bien-Aimé, en Toi J'ai mis toute ma faveur ".

Ce que Dieu manifeste, c'est son amour. Et ce que Dieu dit, c'est la profondeur de son cœur ; ce que Dieu révèle, c'est une relation profonde qui existe en Lui. Ce que Dieu affirme, c'est cet incomparable mes­sage d'amour où Dieu ne fait pas des discours, mais témoigne, où Dieu laisse tout simplement éclater la profondeur de ce qu'il est en disant qu'Il aime : "Tu es mon Fils Bien-Aimé, en Toi J'ai mis toute ma faveur". Nous pouvons comprendre peut-être simplement Dieu en disant qu'Il est amour parce qu'Il manifeste son amour, parce qu'Il dit son amour. Et qu'est-ce qu'Il fait de plus précieux que de manifester pleinement son amour à cet homme dont Il dit qu'Il est le Fils, mais pas un Fils dont Il se serait débarrassé parce qu'Il est un peu encombrant et que, comme tous les fils de famille, il faut bien les envoyer un jour ou l'autre au casse-pipe, et puisque le Fils doit inaugurer le Royaume de Dieu, puisqu'Il doit annoncer la Bonne Nouvelle, allons-y. Comme si Dieu avait eu un quelconque avenir ou il avait eu des visions sur ce que devait faire son enfant, s'il devait être diplomate ou encore professeur ou autres choses semblables, en se disant : "oui, Il va annoncer un message, cela réjouira un peu le cœur de l'homme". Non, ce n'est pas cela que Dieu veut, ce que Dieu veut, c'est donner son amour. Et lorsqu'Il veut donner son amour, qu'est-ce qu'Il donne ? Il donne l'objet de son amour. Il donne son Fils. Et Il fait reposer sur ce Fils l'Esprit d'amour.

Il n'y a pas d'autre message, il n'y a pas d'au­tre révélation de Dieu que celle-ci, que Dieu finale­ment, je dirais, donne ce qu'Il a dans les tripes, ce qu'Il a au plus profond de Lui-même, c'est ce qui le fait vivre, c'est l'amour. Et en regardant le Fils, Il ne peut pas dire aux hommes autre chose que de dire : "Je vous ai donné ce qui fait la plénitude même de ma vie : mon amour. Je vous donne mon Fils, Je vous donne Celui qui va vous dire mieux que personne combien Je l'aime. Il va aller jusqu'à donner sa vie pour vous, pour vous dire la profondeur de mon amour". Et c'est pourquoi tout le message de l'évan­gile va être pour le Fils de manifester cet amour. Et c'est pourquoi tout au long de sa vie, Jésus, quoi qu'Il fasse, quoi qu'Il dise et quelles que soient ses actions, reste le Fils Bien-Aimé. Il reste le Fils Bien-Aimé quand Il doit faire face aux hommes qui Le refusent, aux hommes qui vont contre son message, aux hom­mes qui veulent le précipiter du haut du précipice, aux hommes qui veulent sa mort, Il reste le Fils Bien-Aimé. L'Esprit repose sur Lui.

Et le Fils reste le Fils Bien-Aimé, non pas simplement le Fils de Dieu, non pas simplement le Fils de l'Homme, non pas quelqu'un de plus, mais Celui qui manifeste l'amour lorsqu'Il va demander au Père : "Père, que s'éloigne de Moi cette coupe, mais non pas ma Volonté, mais ta Volonté". Il reste là aussi le Fils Bien-Aimé. Et Il reste pleinement le Fils Bien-Aimé lorsqu'Il meurt sur la croix et que l'eau coule de son cœur pour manifester la profondeur de son amour qu'Il laisse couler sur tout homme.

Frères et sœurs, aujourd'hui être chrétien, au­jourd'hui manifester Dieu, cela appartient à nous. Nous sommes aujourd'hui ceux qui manifestons cet amour de Dieu. Et nous n'avons pas à manifester Dieu dans une théorie, dans un discours ou dans une idée, mais nous avons à manifester Dieu dans les entrailles de notre vie quand nous sommes atteints, nous aussi, par cette plénitude de l'amour de Dieu. Pourquoi ? parce que tout simplement au jour de notre baptême, ce qui nous a été dit, ce n'est pas que nous ap­partenons simplement à Dieu et que nous serions les serviteurs de Dieu, que Dieu utiliserait les hommes comme des esclaves pour Lui rendre un culte, mais ce qui nous a été dit, c'est : "aujourd'hui tu es mon fils Bien-Aimé, J'ai mis en toi toute ma faveur". Ce qui nous a été dit au baptême, ce n'est pas simplement que nous naissions à la Vie de Dieu et que s'ouvrait pour nous une espérance. Certes cela est vrai, mais Dieu nous a dit : "dans toute votre vie, J'inscris au plus profond de vous-mêmes une histoire d'amour, une histoire de cœur, celle de votre cœur touché et blessé par mon amour à Moi, par le fait que ma révélation c'est celle de mon identité qui est de dire : Je suis le Dieu d'amour".

Quand nous avons aujourd'hui à manifester Dieu, nous ne pouvons pas dire autre chose que : "nous sommes les fils bien-aimés de Dieu, nous avons toute sa faveur. Sur nous repose son Esprit d'amour". Et cela nous accompagne dans toute notre vie, que nous inaugurions notre vie en naissant dans ce monde, que nous grandissions et que nous devions faire face à toutes les vicissitudes du monde, que nous ayons à grandir, à nous heurter au monde, que nous ayons à souffrir parfois, que nous ayons parfois à connaître la vie difficile ou la souffrance, que nous ayons parfois à connaître la déréliction ou même le doute, que nous soyons parfois dans les ténèbres, Dieu nous dit :" tu es mon fils Bien-Aimé, tu restes mon fils Bien Aimé, tu as toute ma faveur". Mais l'amour de Dieu et la faveur de Dieu ne dispensent pas d'inaugurer notre vie dans le monde, ne nous dispense pas de la souf­france, ne nous dispense pas des heurts. En effet nous avons à être, nous aussi, capables de Dieu, donc capa­bles d'amour, donc capables de réagir librement à cet amour de Dieu, capables de Lui dire oui ou non, ca­pables vraiment d'être fils, c'est-à-dire de rendre à Celui qui nous a donné son amour la preuve aussi que nous L'aimons en ayant la certitude que, quoi qu'il nous arrive, nous avons sa faveur, quoi que nous fas­sions, même si notre péché nous a éloignés de Lui, nous restons ceux qui sommes bien-aimés.

Frères et sœurs, aujourd'hui le baptême du Christ manifeste cette histoire d'amour comme notre propre baptême aujourd'hui dans le monde, c'est celui de l'annonce aux hommes de cette Bonne Nouvelle que Dieu nous aime. Mais plus encore il nous faut penser à ce que Dieu a fait pour nous aujourd'hui. Dieu ne s'est pas moqué de nous, Dieu nous a donné son amour, Dieu ne s'est pas moqué de nous, Il nous a donné ce qu'Il avait de plus précieux, son Fils. Dieu ne s'est pas moqué de nous, Il nous a donné le don qui ne pouvait pas être plus grand que le cœur à cœur qu'Il avait avec le Fils. Et c'est de cela qu'aujourd'hui nous vivons. C'est de cela aujourd'hui que Marie va vivre, nous inaugurons en elle le fait que L'Esprit va reposer sur elle et que Dieu prononce cette parole : "Tu es mon Bien-Aimé, tu as toute ma faveur ". Et c'est de cela que Marie sera appelée à témoigner, comme, nous-mêmes, nous avons à le manifester au­jourd'hui.

Qu'en nous, nous retrouvions les sources de notre baptême, qu'en nous cette Lumière de Dieu se manifeste plus pleinement, que non seulement nous soyons les enfants de lumière, mais qu'aussi tout sim­plement, à travers ce que nous sommes, nous laissions dire aux hommes cet amour de Dieu pour chacun d'entre nous.

 

 

AMEN

 

 
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