AU FIL DES HOMELIES

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UN REGARD DE BAPTISÉ

Is 42, 1-7 ; Ac 10, 34-38 ; Lc 3, 15-16+21-22
Baptême du Christ - année C (dimanche 14 janvier 2001)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

Saint Athanase ? Vous connaissez ? Un homme, un vrai, un pasteur, un évêque du quatrième siècle, ce qui ne gâchait rien à l'époque d'être évêque, qui n'avait pas peur de dire la foi, celle qu'il avait contemplée, méditée, même si parfois il a usé de moyens pas toujours très catholiques, et pas plus or­thodoxes d'ailleurs, pour faire rentrer la saine doctrine parmi les têtes dures de ses confrères dans l'épiscopat, comme on dirait aujourd'hui. Il n'empêche que c'est un homme qui a su allier toutes les qualités, lui évê­que d'Alexandrie au quatrième siècle, pour conduire son peuple dans la foi. Voilà ce qu'il dit à propos de l'Incarnation du Verbe, autrement dit, de Jésus-Christ.

"Les hommes s'étant donc détournés de la contemplation de Dieu, et enfoncés comme dans un abîme, gardaient les yeux fixés en bas, cherchant Dieu dans la création, et dans les objets des sens, d'hommes mortels et de démons se faisant des dieux. Pour cette raison, le Verbe de Dieu, ami des hommes et commun Sauveur de tous, prend pour Lui un corps et vit en homme parmi les hommes, et fixe sur soi les sens de tous les hommes. Ainsi ceux qui se représen­taient Dieu dans des être corporels, connaîtraient la vérité, à partir des œuvres que le Seigneur accompli­rait dans le corps et par lui considéreraient le Père. En homme, ne pensant que choses humaines, partout où ils appliqueraient leurs sens, ils se verraient atti­rés et ils apprendraient la vérité en tout lieu".

En réfléchissant sur ce baptême du Christ, je me disais les choses communes qu'on se dit souvent : le Christ n'avait pas besoin d'être baptisé, c'est Lui qui baptise. saint Jean-Baptiste le dit : "Lui vous bapti­sera dans l'Esprit et dans le feu". Dans l'évangile, c'est lorsque le peuple a été entièrement baptisé, et Jésus aussi. Jésus est en prière, le ciel s'ouvre et le Père alors qu'une colombe signifiant l'Esprit saint descend sur Jésus, le Père dit de Jésus : "C'est mon Fils Bien-Aimé. En Lui j'ai mis toute ma faveur". C'est vrai, le Christ n'a pas besoin d'être baptisé, et pourtant le baptême, c'est sa manifestation, c'est le début de sa mission, c'est le début de l'annonce du Royaume où les hommes appelés, préparés par Jean-Baptiste à la conversion, vont suivre Jésus, vraie lu­mière, vrai homme, et découvrir à travers ses œuvres, comme le dit si bien saint Athanase, à travers son corps, vont découvrir le chemin du Père, la plénitude de l'Esprit Saint.

Autrement dit, à travers l'humanité, la corpo­réité, les hommes cherchant en tout sens, utilisant tous leurs sens à regarder, ne pouvaient plus mainte­nant que regarder en-bas. Il est vrai qu'à force de re­garder le ciel, on se fatigue très vite, donc c'est plus commode de regarder vers le bas. Saint Athanase nous dit : "Maintenant, oui, ne regardez plus vers le ciel, mais regardez en-bas et vous verrez le ciel." J'aime cette idée que lorsque Jésus est baptisé, alors qu'il n'avait pas besoin de ce baptême de Jean, c'est tout simplement parce qu'Il accepte par ce baptême de montrer le chemin de Dieu, le chemin de la conver­sion. Oui, Jésus nous entraîne à nous convertir. Il ne nous laisse pas tout seuls, Il ne se manifeste pas en disant : "Coucou, me voilà, c'est moi, vous n'avez plus qu'à me suivre !" Non, Il va tellement loin dans son humanité, qu'Il est solidaire de cette humanité, et il est le premier à l'entraîner à regarder le Père. En fait, ce qu'il y a derrière cette théologie de saint Athanase, c'est que Jésus en sortant du ciel, du Père, si vous voulez, ne quitte jamais son Père du regard. Il ne quitte jamais du regard Celui qu'il aime. Il est tou­jours pris dans ce mouvement d'amour, dans ce re­gard, comme un coup de foudre qui n'en finit plus, entre son Père et Lui. Un peu comme ces amants qui se quittent sur le quai d'une gare, et qui le plus long­temps possible plongent leurs regards l'un dans l'au­tre, mais la distance finit par couper leurs regards. Pour le Christ, il n'y a pas de distance. Il n'y a pas de coupure dans le regard qu'Il pose sur le Père. Lorsque Jésus manifeste par la Parole du Père, par le don de l'Esprit Saint, qu'il est vraiment le Fils de Dieu, c'est pour une conversion de notre propre regard, c'est pour que le regardant Lui, nous plongions dans ce mouve­ment où Lui n'a jamais quitté ce regard du Père.

En somme, l'histoire du Salut, qu'est-ce que c'est ? Adam et Eve étaient sous le regard de Dieu, ils pouvaient plonger leurs yeux dans les yeux du Père, et puis, ils se sont détournés, et quand on se détourne, on coupe son regard de l'autre, et ils sont sortis de cette communion, sortis du Paradis. Ils sont donc loin du regard de Dieu, ils l'ont laissé derrière eux, et en avançant dans ce monde, leurs enfants et les diffé­rentes générations jusqu'à nous, en avançant toujours, et en nous détournant de ce regard du Père, il se trouve qu'un jour, nous pouvons plonger dans le re­gard du Fils, et là voir Jésus qui regarde son Père. Regarder vers le bas, regarder l'humanité et y décou­vrir ce qui était inimaginable alors : que Dieu était là, juste en face.

C'est saint Athanase qui nous invite à nou­veau. Il dit : "Une fois l'esprit des hommes tombé dans le sensible, le Verbe, Jésus, s'abaissa jusqu'à paraître dans un corps afin de centrer les hommes sur Lui-même en tant qu'homme et de détourner vers Lui leurs sens. Désormais, ils le verraient comme un homme, par ses oeuvres, Il les persuaderait qu'il n'est pas un homme seulement, mais Dieu, Verbe et Sa­gesse du Dieu véritable. Car le Verbe se déploie en tous sens, vers le haut et le bas, la profondeur et la largeur, en haut vers la création, en bas vers l'Incar­nation, dans la profondeur, vers les enfers, dans la largeur, vers le monde. Tout est rempli de la connais­sance de Dieu, et même lorsqu'on aura l'impression que le regard du Christ se voile sur la croix, c'est pourtant au matin de la Résurrection, lorsqu'Il ou­vrira ses yeux, Il retrouvera cette plénitude de Vie et d'Amour qui ne l'a jamais quitté".

Oui, frères et sœurs, l'Amour de Dieu, son re­gard ne nous a jamais quitté, mais c'est nous qui trop souvent l'avons quitté en détournant nos yeux, un peu comme quand on est pris en faute et qu'on baisse les yeux, mais avec Dieu, quand on baisse les yeux, c'est encore Lui qu'on retrouve. Dieu n'est jamais loin de notre regard, et c'est cela la conversion. La conver­sion, dit-on, c'est changer, c'est se retourner. Pourquoi ? Parce que ce regard qu'on avait laissé dans notre dos, parce qu'on avait fui, c'est le retrouver. Se convertir, c'est accepter de changer son regard, c'est finalement voir, c'est regarder, et le moine qui prie en fermant les yeux, c'est pour contempler, c'est pour regarder, et l'apôtre qui part loin en mission, c'est pour regarder et voir à travers les hommes le visage et la Bonne Nouvelle de Dieu qui convertit les cœurs, c'est voir dans ce monde les signes du temps, c'est accepter de croire et de contempler un monde baptisé. Oui, un monde baptisé, c'est un monde changé, c'est un monde converti, c'est-à-dire un monde qui accepte que son regard là où il se pose puisse voir le visage d'amour d'un Dieu, Alors, un monde baptisé, c'est notre propre regard de chrétien, ce sont les hommes et les femmes qui acceptent de pouvoir voir au-delà, de pouvoir contempler, de poser un regard, non pas de jugement ou de mépris, non pas un regard qui assas­sine, mais un regard qui est capable de voir ce visage d'éternité qui se dessine. Un monde ou une Eglise baptisés, c'est un peuple en marche qui rencontre dans toute sa vie et son quotidien un homme Jésus, qui à travers son corps et son humanité, attire à Lui tous nos sens et nous fait avec Lui, partager ce dialogue d'amour. Un monde baptisé, ce sont des hommes et des femmes qui acceptent de poser un regard sur notre humanité, sur nos frères les hommes et là de décou­vrir le chemin de Dieu.

 

 

AMEN

 

 
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