AU FIL DES HOMELIES

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JEAN ATTENDAIT UN JUSTICIER, IL A TROUVÉ UN SAUVEUR

Is 42, 1-7 ; Ac 10, 34-38 ; Mt 3, 13-17
Baptême du Christ - année A (dimanche 13 janvier 2002)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

Frères et sœurs, représentons-nous la scène : Jean-Baptiste, depuis déjà plusieurs mois ou plusieurs années, prêche dans le désert la venue du Messie qui sera pour lui un justicier, un juge qui séparera le bien du mal, les bons des méchants, qui tirera vengeance des pécheurs et délivrera les justes. Jean-Baptiste est le dernier des prophètes de l'Ancien Testament, et il mène à son terme cette annonce de la justice de Dieu, du jugement de Dieu. Pour cela, Jean-Baptiste veut préparer le peuple, pour qu'il soit disposé à cette venue du Messie, et il invente un rite symbolique : il plonge le peuple, tous les juifs qui viennent à lui, il les plonge dans les eaux du Jourdain en signe de purification du coeur avant cette venue du jugement. Voilà donc que les foules de Jérusalem, de Judée viennent auprès de Jean-Baptiste, "confessant leurs péchés ", nous dit l'évangile de saint Matthieu ( 3,6), et sont plongés par lui dans les eaux purifiantes du Jourdain.

Or, au milieu de cette foule arrive un homme parmi les autres. Quelqu'un que rien ne distingue de tous ceux qui sont venus, nous dirions un pécheur parmi les pécheurs, qui vient comme les autres, avec les autres auprès de Jean-Baptiste, pour accomplir ce rite d'être plongé dans l'eau du Jourdain en vue de la délivrance des péchés. Jean le reconnaît, c'est son cousin. Déjà dans le sein de sa mère, Jean avait été illuminé par l'Esprit Saint à 1'approche de Jésus et il avait dansé de joie. Il sait que ce Jésus est le Messie. Il sait qu'il est venu pour accomplir les prophéties, et Jean est dérouté. Il est dérouté parce qu'il attend un juge, il attend un justicier, et voilà qu'il va rencontrer un Sauveur. Il attendait que Jésus vienne au nom de Dieu pour réduire à néant le péché, le mal, pour écraser les impies, pour proclamer la justice et la délivrance des bons, et voilà que Jésus vient, anonyme, un homme parmi la foule parmi les autres. Et voilà que Celui de qui Jean attendait la manifestation éclatante de la puissance de Dieu, vient comme un pauvre, et lui demande de Lui donner ce rite de purification des péchés. Jean est bouleversé, dérouté, d'ailleurs tout au long de l'évangile, Jean sera dérouté par Jésus: "Es-Tu Celui qui doit venir ou bien devons-nous en attendre un autre ? "(Mt, 11,3). Quand il attendra de Jésus la proclamation de la lumière de Dieu, Jésus lui dira :"Regarde : les pauvres sont évangélisés, les aveugles voient, les boiteux marchent" (Mt 11, 5). Jean attendait une condamnation, et voici que Dieu a envoyé son Fils, "non pas pour condamner le monde, mais pour que le monde soit sauvé par Lui " (Jn 3, 17). Mystère des voies de Dieu que même Jean-Baptiste, le plus grand des prophètes, le dernier des hommes de l'attente de l'Ancien Testament, ne peut pas comprendre. Il est dérouté ! "Comment, Tu viens à moi, alors que c'est Toi qui devrais me baptiser"(Mt 3,14)."C'est Toi qui dois m'apporter la délivrance du péché et du mal, Tu es venu pour cela, et voilà que Tu te mets au nombre des pécheurs, que Tu te mêles à la foule, que Tu viens désarmé, nu, sans aucun pouvoir apparent, et que Tu rentres dans cette eau comme un pécheur parmi les autres, Toi qui es sans péché, toi le purificateur des péchés, que viens-Tu faire, Maître ? Comment est-ce possible ? Tu viens à moi!"-"Laisse, lui dit Jésus, tu ne peux pas comprendre, tu comprendras plus tard (Jn 13, 6). Laisse, que j'accomplisse la justice telle que Dieu la comprend, et qui n'est pas la justice des hommes, qui n'est pas la justice telle que tu l'entends et que tu l'attends".

Car Jésus est bien venu pour affronter le Mal. Il est bien venu pour se mesurer au péché, c'est bien pour cela qu'il est là. Et pour bien comprendre la scène, il n'est pas inutile de nous rappeler que dans la vision du monde des peuples sémitiques, les eaux sont l'équivalent de ce que nous appellerions les enfers, c'est le lieu des monstres et des démons, pour eux, le ciel c'est le lieu de Dieu, la terre, le lieu des hommes, les eaux, c'est le lieu de Léviathan, du dragon, du serpent, qui veut s'attaquer à l'homme. Sans cesse, des psaumes, des textes de l'Ancien Testament nous l'ont répété: Dieu, c'est Celui qui arrête l'orgueil de la mer (Ps.88, 10), Dieu c'est Celui qui brise les têtes de Léviathan dans les eaux (Ps.73, 13-14), Dieu c'est Celui qui écrase et transperce le dragon au sein des eaux (Ps. 88, 11). C'est ainsi d'ailleurs que nous pouvons comprendre cet événement qui préfigure le baptême de Jésus, la traversée de la Mer Rouge: quand les hébreux poursuivis par Pharaon se trouvent devant la mer, ils sont devant les eaux de la mort. Ils sont comme pris en tenaille entre la mort et la mort, la menace de mort de Pharaon, et ces eaux de la mort; et Dieu ouvre à travers les eaux de la mort, un chemin de libération, un chemin de victoire et de délivrance.

C'est donc aux eaux de la mort que Jésus s'affronte, et quand Il descend dans ces eaux, Il va combattre les puissances du Mal symboliquement cachées au fond de ces eaux. Un texte apocryphe de l'évangile de saint Matthieu ajoute ce détail : au moment où Jésus descend dans les eaux, un feu a envahi le Jourdain, comme si c'était une bataille qui se livrait, une lutte entre Jésus et ces puissances du Mal (glose sur Mt 3, 15-cf. notes de B.J.). Saint Paul dit aussi dans l'Epître aux Romains, que "c'est dans la mort du Christ qu'il a été plongé et que nous sommes plongés par le baptême avec Lui dans la mort, ensevelis dans les eaux du Jourdain (Rom 6, 3-4). Voilà que Jésus vient combattre les puissances du Mal non pas en les anéantissant, non pas par un geste de puissance, mais en se laissant comme envelopper, ensevelir. Équivalemment, saint Jean mettra dans la bouche du Baptiste cette Parole : "C'est l'Agneau de Dieu"? Non pas le Tout-Puissant, mais l'Agneau immolé, l'Agneau sans voix, l'Agneau muet, "qui porte le péché du monde" (Jn 1, 29), qui prend sur Lui, sur ses épaules le péché du monde. Et voilà pourquoi Jésus vient comme un pécheur parmi les pécheurs, non pas pécheur de péchés qu'il aurait commis, Lui qui est l'Innocent, mais pécheur du péché du monde qu'Il prend sur Lui pour le vaincre sans autre arme que les armes de son amour. Car c'est en nous aimant jusqu'à épouser notre condition d'hommes, jusqu'à épouser les affres de notre péché, jusqu'à épouser notre mort quand Il sera sur la Croix, c'est avec les armes de l'amour que Jésus vient combattre le Mal, le péché.

En descendant dans ces eaux, voilà que son innocence, son amour, sa seule puissance, car Il n'en a pas d'autre, vont transfigurer ces eaux, les eaux de la mort vont devenir les eaux de la Vie. Les Pères de l'Eglise, à l'envi, nous ont dit : le Corps du Christ n'a pas été purifié par les eaux du Jourdain, mais ce sont les eaux du Jourdain qui ont été purifiées par le contact du Corps du Christ. Il consacre ces eaux, Il les transforme en source de Vie pour que nous puissions à sa suite, descendre dans les eaux du Jourdain, et y recevoir par la baptême, la Vie à travers ce symbole de l'eau. Oui, le Christ en descendant avec les armes de l'amour dans ces eaux de la mort va les transformer en eaux de la Vie, et c'est pourquoi, nous dit saint Grégoire de Naziance : "quand le Christ remonte du Jourdain, Il s'élève en portant avec Lui le monde qui était immergé dans ces eaux de la mort. Il entraîne et élève le monde avec Lui, Il le transfigure, Il le transporte dans la Vie". C'est aussi ce que nous dit l'évangile : "Les cieux s'ouvrirent", ces cieux qui étaient fermés depuis le péché du premier homme (Gen 3, 24), voici maintenant que la porte, le chemin, la route vers le ciel est ouverte. Et c'est encore ce que signifie cette relation du baptême du Christ au Jourdain, avec l'évènement de Josué entrant dans la Terre Promise, à la tête du peuple, avec l'Arche de Dieu, traversant le Jourdain (Josué 3, 15-17). Jésus est le nouveau Josué qui nous conduit non pas dans la terre de Canaan, mais dans la véritable Terre Promise qui est le Royaume des cieux. Oui, Jésus en descendant dans les eaux de la mort et en les transfigurant par son innocence et son amour, Jésus ouvre le chemin de la Terre Promise, Jésus ouvre les cieux pour que nous puissions être réintégrés dans l'amitié et dans la bénédiction de Dieu. Et voici que ces cieux qui s'ouvrent laissent passage à l'Esprit de Dieu, l'amour de Dieu, l'amour sanctifiant de Dieu descend sur Jésus, Il le voit de ses yeux, Il sait que désormais Il va distribuer cet Esprit à tous les hommes. Il va mettre dans le cœur de tous les hommes l'Esprit d'amour de Dieu, l'Esprit de Salut, et le Père confirme de sa voix : "Tu es mon Fils Bien-Aimé, en Toi J'ai mis tout mon amour"(Mc 1, 11), parole que le Père adresse à Jésus pour nous, car à travers Jésus, c'est à chacun d'entre nous que le Père s'adresse: "Tu es mon fils bien-aimé", nous sommes les enfants biens-aimés, comme Jésus désormais nous sommes les fils bien-aimés, comme Jésus nous sommes remplis de l'Esprit, comme Jésus nous sommes victorieux des puissances de la mort, comme Jésus nous entrons dans la Terre Promise, comme Jésus nous avons accès au Royaume des cieux.

Alors, frères et sœurs, célébrons avec joie cette fête du Baptême si importante, si décisive, puisqu'elle est comme le résumé de toute la mission de Jésus, le concentré de ce pourquoi Jésus est venu sur la terre, car Il est venu non pas pour notre condamnation, non pas pour notre jugement, mais Il est venu pour nous sauver, parce que "Dieu a tellement aimé le monde, qu'il lui a donné son Fils unique " (Jn 3,-16) pour être son Sauveur.

 

 

AMEN

 

 
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