AU FIL DES HOMELIES

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LE BAPTÊME DE JÉSUS, MANIFESTATION DU PÈRE, DU FILS ET DE L'ESPRIT

Is 42, 1-7 ; Ac 10, 34-38 ; Lc 3, 15-16+21-22
Baptême du Christ - année C (dimanche 14 janvier 2007)
Homélie du frère Jean-Philippe REVEL

 

Frères et sœurs, cette scène du Baptême du Christ qui est le premier événement majeur de la vie publique du Christ et qui d'ailleurs dans l'évangile de saint Marc ou celui de saint Jean marque le début de l'évangile (Matthieu et Luc faisant précéder cette vie du Christ par le récit de sa naissance et de son enfance), cette scène donc du Baptême du Christ est d'une grande richesse de signification. Puisque nous la célébrons comme deuxième volet de l'Épiphanie, c'est-à-dire de la manifestation du Christ, je voudrais m'arrêter plus particulièrement maintenant sur un des aspects de cette scène, celui précisément d'une théophanie, c'est-à-dire une manifestation divine.

Au moment du Baptême de Jésus, saint Luc nous dit : "Quand Jésus baptisé lui aussi, était en prière", donc à un de ces moments privilégiés que nous retrouverons tout au long de l'évangile où Jésus s'immerge en quelque sorte dans la communion avec son Père dans la prière, au moment donc où "Jésus baptisé lui aussi était en prière", que se passe-t-il ? "Le ciel s'ouvrit, l'Esprit saint descendit sur lui sous une forme corporelle à la manière d'une colombe, et une voix descendit du ciel : "Tu es mon Fils, mon Bien-Aimé, moi aujourd'hui, je t'ai engendré". Triple manifestation donc : l'ouverture du ciel d'abord, la venue de l'Esprit et puis la voix du Père.

"Le ciel s'ouvrit". saint Marc dans le texte parallèle le dit avec un mot plus fort encore : "Le ciel se déchira" (Mc 1, 10), comme un voile qui se déchire pour laisser apparaître ce qui jusque-là était caché. Le ciel s'ouvrit, cela veut dire que la relation entre la terre et le ciel, la relation de Dieu et de l'homme, qui avait été brisée par le péché de l'homme ce qu'avait symbolisé dans le livre de la Genèse la flamme tournoyante de l'épée flamboyante du chérubin (Gn 3, 24) qui barrait le chemin du paradis, cette communication que l'homme avait brisée par son péché et qu'il ne cesse de briser à nouveau par la répétition de ce péché, cette communication est rétablie. saint Jean dans son évangile mettra dans la bouche du Christ une autre manière d'exprimer la même chose. Jésus dit à Natanaël au moment où Il l'appelle : "Vous verrez les cieux ouverts et les anges de Dieu monter et descendre au-dessus du Fils de l'Homme" (Jn 1, 51). C'est une allusion à l'événement de l'échelle de Jacob, ce songe que Jacob avait eu la nuit, où il avait vu précisément un échelle rétablissant le contact entre Dieu et l'homme, les anges descendant sur cette échelle comme des émissaires de Dieu envoyés aux hommes, et remontant comme portant la prière des hommes jusqu'aux pieds de Dieu (Gn 28, 12), Jésus affirme qu'Il est lui-même l'échelle qui fait communiquer le ciel et la terre, il est lui-même la réconciliation de l'humanité avec le Père, avec Dieu, Il est lui-même celui qui nous délivre du poids du péché, celui dont la miséricorde, le sacrifice nous conduisent à la pleine vision du Père. C'est la première manifestation, le ciel qui s'ouvre, c'est-à-dire la réconciliation, la rémission des péchés, l'entrée de l'humanité dans le bonheur que Dieu a voulu pour elle.

La deuxième manifestation, c'est la descente de l'Esprit sous une apparence visible, corporelle, à la manière d'une colombe, comme un oiseau qui du ciel descend sur terre, et saint Jean insistera : "Qui repose" sur le Christ, qui demeure sur le Christ, qui fait son nid en quelque sorte dans le cœur du Christ. Non pas que Jésus jusque-là ait été privé de la communion avec l'Esprit, car le Père le Fils et l'Esprit de toute éternité vivent dans leur exultation plurielle, non pas que Jésus ait été privé de l'Esprit mais voici qu'Il va visiblement en être le ministre pour le jeter à pleines mains sur cette humanité réconciliée. Il va non pas seulement recevoir l'Esprit mais le donner, et ce sera le baptême qui s'inaugurera après sa mort et sa résurrection, quand à la Pentecôte les foules rassemblées par le miracle de l'Esprit répandu, viendront recevoir le baptême qui ne cessera plus d'être donné jusqu'à nous-même et au-delà de nous. L'Esprit Saint, c'est-à-dire le souffle vital de Dieu, la vie la plus intime et la plus profonde de Dieu, la troisième personne de la Trinité, est désormais répandu. L'Esprit saint qui est donné, que le Christ reçoit pour le donner à l'humanité tout entière, pour que nous soyons tous habités par cette présence de l'Esprit, pour que nous soyons tous habités par la vie même de Dieu, pour que nous soyons transformés en notre propre vie en des enfants de Dieu, pour que par l'Esprit Saint, nous soyons divinisés. C'est la deuxième théophanie qui se produit au moment du Baptême du Christ au Jourdain et qui ouvre le Baptême du Christ sur le baptême de l'Église et de tous les chrétiens, lequel est comme la démultiplication de ce mystère inauguré en Jésus.

Troisième théophanie, troisième manifestation : une voix qui vient du ciel. Cette voix dit : "Tu es mon Fils Bien-Aimé". Elle proclame que Jésus est le Fils de Dieu et pas n'importe quel Fils, mais le Fils Bien-Aimé, cette citation qui est reprise du livre d'Isaïe qu'on lisait tout à l'heure, quand Dieu par la voix du prophète parle à son serviteur et dit de lui : "Voici mon serviteur Bien-Aimé". saint Matthieu dans la scène parallèle du baptême continuera cette citation : "Mon Fils Bien-Aimé en qui j'ai mis toute ma complaisance" (Mt 3, 17). Luc ne nous rapporte pas la Parole de la même façon, il dit : "Tu es mon Fils Bien-Aimé", et au lieu de continuer la citation d'Isaïe, il emprunte le psaume 2, un des psaumes messianiques les plus mystérieux de la Bible, où Dieu dit dans un oracle : "Tu es mon Fils, moi aujourd'hui je t'ai engendré" (Ps2, 7). Et ceci nous ramène à ce que je vous proposais il y a quelques jours à la messe du jour de Noël : la génération éternelle, infinie du Fils par le Père, cette génération qui n'a pas de commencement et n'aura pas de fin, n'est pas un événement que plus ou moins artificiellement nous imaginons dans le passé, c'est un présent perpétuel comme l'est l'éternité de Dieu. Dieu n'a ni passé ni futur, Il est toujours présent. L'acte par lequel Dieu répand en son Fils la vie qui est au fond de lui-même est un acte permanent, un acte perpétuel sans cesse renouvelé, ou plus exactement (là encore je cède à la tentation d'introduire le temps en Dieu), il n'est pas renouvelé, il est un jaillissement continuel, et c'est pourquoi le Père dit : "Aujourd'hui je t'ai engendré", non pas je t'ai engendré au commencement du monde, mais je t'engendre sans cesse, et aujourd'hui, au moment même de ce baptême, je t'engendre, non pas que le Fils n'ait pas été Fils auparavant, mais il est en permanence, sans cesse le Fils du Père. Voilà cette manifestation.

Au moment du baptême, nous voyons tout à la fois le Père qui parle, le Fils qui est proclamé tel par cette voix du Père et l'Esprit qui descend pour être répandu sur le monde et par cette venue de l'Esprit confirmée par la parole du Père, les cieux s'ouvrent, les hommes sont réconciliés avec Dieu. En effet, il n'est pas anodin que cette théophanie ait lieu au moment du Baptême du Christ car ce baptême, Jésus ne le reçoit pas pour lui-même. Le baptême que donnait Jean était un baptême pour la rémission des péchés, et Jésus le Fils de Dieu est sans péché. Il l'a dit lui-même. Si donc Il a voulu recevoir le baptême parmi les pécheurs, le baptême des pécheurs, s'Il a voulu se proclamer pécheur parmi les pécheurs en recevant ce baptême c'est parce qu'Il a pris sur lui tous les péchés du monde. C'est d'ailleurs ce que saint Jean nous dit dans le texte parallèle : "Voici l'Agneau de Dieu qui porte le péché du monde" (Jn 1, 29), qui porte le péché du monde pour le détruire, pour l'enlever, l'anéantir par une miséricorde et un amour plus puissant. C'est pour cela que les cieux s'ouvrent, parce que Jésus prenant par amour sur lui notre manque d'amour, prenant par amour notre péché sur lui, le détruit par la puissance victorieuse de son amour triomphant. Et au moment même où Il se proclame pécheur de notre péché, où Il se met au milieu de nous pour descendre au plus profond de notre abîme, c'est à ce moment-là que le Père peut proclamer "Aujourd'hui je t'engendre", parce que tu es le Fils de mon amour et que tu es la manifestation de cette tendresse infinie, de cette bienveillance du Père qui veut le bonheur de tous ses enfants, en Jésus d'abord et en nous tous ensuite.

Frères et sœurs, que cette fête du Baptême du Christ nous invite à la suite de Jésus à entrer dans la signification du baptême que nous avons reçu au début de notre existence chrétienne, qui ne cesse d'animer notre vie, ce baptême qui nous conduit auprès du Père, comme ses enfants, ce baptême par lequel nous sommes inondés par l'Esprit, ce baptême qui nous fait entrer dans le Royaume des cieux dont la porte est ouverte par la croix de Jésus.

 

 

AMEN

 

 

 
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