AU FIL DES HOMELIES

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LE MYSTÈRE DE L'EAU, SYMBOLE DE VIE ET DE MORT

Is 42, 1-7 ; Ac 10, 34-38 ; Mc 1, 9-15
Baptême du Christ - année B (dimanche 11 janvier 2009)
Homélie du frère Jean-Philippe REVEL


Saint Denis : Baptême du Christ

 

Frères et sœurs, quand nous voulons parler de Dieu, les mots de notre langage ne suffisent plus : c'est ce que nous appelons le mystère de Dieu. A vrai dire, il n'y a pas seulement les choses de Dieu qui sont mystérieuses, déjà dans notre propre vie, les choses les plus profondes comme la vie justement, ou l'amour, ou la joie, sont des mystères. Nous ne pouvons ni les appréhender, ni les analyser, ni en donner une démonstration. Alors, quand on ne peut pas parler avec les mots humains, avec les raisonnements de notre esprit, on recourt à des images. On appelle cela des symboles. Ce sont des images poétiques mais qui ne sont pas seulement une manière élégante de parler, qui sont une autre manière d'atteindre le réel, non plus par des démonstrations logiques, mais par une sorte d'évocation intérieure que ces images font naître dans notre propre cœur et qui nous permet comme à tâtons, de toucher ce mystère.

Il en va ainsi du baptême. Le baptême, c'est le mystère de l'eau. L'eau une réalité très quotidienne, très habituelle, très essentielle, l'eau une réalité très signifiante, pleine de sens. L'eau c'est d'abord ce qui permet de laver, et c'est pourquoi, dans toutes les religions, les rites d'eau ont été des rites de purification. Selon cette analogie, le péché est à notre cœur ce que la boue est à nos mains quand nous avons travaillé dans les champs, et de même que l'eau permet d'enlever la boue et de rendre propre nos mains, de la même manière, le baptême purifie la boue de notre cœur qu'est le péché. C'est le sens premier des ablutions liturgiques qui existent dans un grand nombre de religions, et c'est le sens premier du baptême tel que Jean-Baptiste l'a inventé. C'est Jean-Baptiste qui a été celui qui a façonné ce rite baptismal: "Moi je vous baptise dans l'eau pour le pardon des péchés" (Mt 3, 11).

Seulement voilà, ces symboles, ces images qui nous permettent d'approcher du réel mystérieux de Dieu ou de notre propre vie, ces images sont d'une grande richesse et elles n'ont pas un seul sens. L'eau sert certes à laver, et c'est pourquoi elle peut être le symbole de cette purification du cœur, mais l'eau, plus profondément encore, c'est le signe le symbole de la vie. L'eau est l'élément le plus indispensable pour vivre. Sans eau, on meurt de soif dans le désert, sans eau, les plantes dépérissent et meurent. L'eau jaillit comme la vie : on appelle cela une source d'eau vive. Vous l'avez entendu dans les chants de la liturgie, on parle sans cesse de cette eau vive, de cette eau vivante. Plus profondément encore tous les êtres humains ont une sorte de mémoire inconsciente de ce que leur vie a commencé dans les eaux maternelles. C'est la raison pour laquelle l'Église appelle toujours cette cuve baptismale dans laquelle va être plongée Chloé, elle l'appelle toujours le sein maternel de l'Église. L'Église va mettre au monde Chloé comme enfant de Dieu, comme son père et sa mère l'ont mise au monde sur la terre.

L'eau nous invite donc à une relation mystérieuse entre la purification et la vie. C'est précisément ce que Jean-Baptiste a annoncé. Il a dit : "Moi je vous baptise dans l'eau en vue de la rémission des péchés, mais vient quelqu'un après moi qui est plus grand que moi, et lui vous baptisera dans l'Esprit Saint" (Mc 1,7-8). L'Esprit Saint est le souffle vital de Dieu, être baptisé dans l'Esprit, c'est être baptisé dans la vie même de Dieu. Vous comprenez alors que plonger quelqu'un, en particulier un enfant comme Chloé, dans ce sein maternel de l'Église, c'est la plonger dans la vie, dans la présence vivante de Dieu qui va l'envahir comme cette eau dans laquelle elle est immergée. Jésus accomplit ainsi mystérieusement le sens du baptême. Jean n'avait qu'effleuré la signification de l'eau comme purification des péchés, mais Jésus va plus loin : l'eau nous donne la vie même de Dieu et c'est cette vie qui nous délivre de nos péchés mais qui, bien davantage, nous fait entrer dans la communion avec le Père, le Fils et l'Esprit.

Le mystère de l'eau ne s'arrête pas là car vous le voyez, les symboles sont d'une richesse infinie qui nous entraîne toujours plus loin. En effet, s'il y a des eaux vives, s'il y a des eaux courantes, s'il y a le sein maternel qui nous met au monde, il y a aussi des eaux mortes : les eaux d'une flaque, d'un lac. Il y a aussi le phénomène des raz-de-marée, des tempêtes, de l'eau qui détruit, des inondations, et plus radicalement aussi il y a la possibilité de se noyer, de mourir parce que l'eau nous a absorbés. Jésus quand il annoncera sa mort sur la croix, nous dira : "Je dois être baptisé dans la mort, être baptisé d'un baptême que vous ne connaissez pas" (Mc 11, 38). Jésus nous parle donc de sa mort comme d'une autre dimension du baptême. Le baptême c'est le don de la vie mais (tout l'évangile est là), la vie nous est donnée à travers la mort. La vie, c'est la résurrection qui et le surgissement de la vie à partir de la mort. Cette ambiguïté de l'eau, symbole de vie, symbole de mort va être résumée par saint Paul dans sa lettre aux Romains quand il dit : "Baptisés dans le Christ Jésus, c'est dans sa mort que tous nous avons été plongés. Nous avons été ensevelis avec lui par le baptême dans sa mort afin que comme le Christ est ressuscité des morts, nous vivions nous aussi dans une vie nouvelle" (Rom. 6, 3-4). Voilà que le geste baptismal de plonger dans l'eau et de faire surgir de cette eau, saint Paul nous dit que c'est une manière de mimer l'ensevelissement dans la mort et la résurrection pour une vie éternelle. C'est donc le mouvement même par lequel Chloé va être plongée dans l'eau et va surgir de cette eau, ruisselante de vie, c'est ce mouvement même qui reprend celui du Christ qui mort sur la croix, a été enseveli, est descendu aux enfers, et qui, le troisième jours est ressuscité des morts.

Nous sommes invités donc, et Chloé aujourd'hui à la tête de notre communauté, nous sommes invités à entrer dans ce mystère de vie qui surgit de la mort et qui non seulement est le contraire de la mort, triomphe de la mort, mais qui naît au cœur de cette mort du Christ. D'ailleurs, quand nous disons que le baptême été annoncé par le passage de la Mer Rouge, quand les Hébreux fuyant les Égyptiens ont traversé l'eau de la Mer Rouge(Ex. 14, 21-22), c'est cela qui nous est signifié. En effet, pour les anciens, la mer était un lieu dangereux, vous l'avez peut-être entendu tout à l'heure, (nous l'avons chanté), que le Christ, dans les eaux du Jourdain, a écrasé la tête du dragon (Ps 73, 13-14). Pour les anciens, les abîmes des eaux, spécialement les profondeurs de la mer, étaient le lieu dans lequel vivaient les monstres et plus particulièrement Satan et les démons. Pour cette raison, quand les Hébreux, poursuivis par les Égyptiens qui veulent leur mort sont confrontés à la mer, ils sont enserrés entre la mort et la mort. La mort que symbolise cette eau pleine d'ennemis invisibles et la mort voulue par cette armée de Pharaon qui les poursuit. Dieu leur ouvre un chemin de vie à travers la mort. Il fait que son peuple traverse l'expérience de la mort pour entrer dans la vie qui sera celle du désert, de l'Exode, de l'entrée dans la Terre Promise.

Vous le voyez, le baptême s'enracine symboliquement dans la mort et la résurrection du Christ, dans la descente des Hébreux dans le lit de la Mer Rouge et leur remontée vers le désert. Tout cela constitue la révélation d'un mystère : la vraie vie assume notre mort. Mourir, ce n'est pas la fin de la vie, mourir c'est comme naître une nouvelle fois. De même que l'enfant dans le sein de sa mère ne peut pas imaginer ce que sera la vie quand il sortira du sein de sa mère, et cette expérience est totalement nouvelle, radicalement nouvelle et elle sera difficile car la vie sur terre n'est pas toujours simple et la première chose que l'enfant découvrira en sortant du sein de sa mère c'est le froid, et puis l'air qui viendra déployer ses poumons et qui lui fera pousser ce cri originel de l'enfant. De même donc que l'enfant ne peut pas imaginer quand il est dans le sein de sa mère ce que sera la vie quand il naîtra, de la même manière, quand la vie de cette terre approche de la mort, nous ne pouvons pas imaginer ce que sera cette nouvelle naissance. Mais le Christ nous invite à y croire, il nous invite à ce que toute notre vie soit une préparation à la mort et au surgissement de la vie à travers la mort. Nous sommes baptisés dans la mort et la résurrection du Christ, nous sommes baptisés dans la Pâque du Christ. C'est pourquoi le baptême se célèbre la nuit pascale, la nuit où le Christ sort du tombeau, ressuscité et où il nous invite à ressusciter avec lui. Le dimanche est une petite fête de Pâques hebdomadaire, c'est pourquoi à la messe du dimanche nous pouvons célébrer le baptême de Chloé qui va entrer dans ce mystère du Christ qui l'entraînera jusqu'à la naissance nouvelle le jour où elle quittera cette vie terrestre pour entrer dans la vie éternelle. Le baptême c'est déjà la semence en elle de la vie éternelle comme cette semence a été répandue en chacun de nous le jour de notre baptême (ce que nous oublions bien souvent), mais il est heureux qu'aujourd'hui la fête du baptême du Christ et le baptême de Chloé nous le rappellent.

 

 

AMEN

 

 

 
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