AU FIL DES HOMELIES

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LE BAPTÊME, INTÉGRATION DANS LA VIE TRINITAIRE

Is 42, 1-7 ; Ac 10, 34-38 ; Mt 3, 13-17
Baptême du Christ - année A (dimanche 9 janvier 2011)
Homélie du frère Christophe LEBLANC


Baptême du Christ
Frères et sœurs, ce temps liturgique que nous vivons et cette fête du baptême du Christ, baptême que nous allons célébrer pour Anna, tous ces événements peuvent sembler assez étranges en ce début d'année 2011 d'autant plus que le baptême est par définition l'identité propre du chrétien.

Qu'est-ce que c'est que d'être chrétien ? c'est être baptisé, et de croire que le Christ est Fils de Dieu, mort pour nous et ressuscité. Il faut en convenir, notre société occidentale dans laquelle nous avions imaginé un moment donné que la religion n'était que de l'ordre du privé et ne pouvait en aucune manière interférer dans les questions internationales, stratégiques, politiques, etc … il faut convenir que dans les derniers mois, surtout les derniers jours, tout semble être chamboulé. Nous sommes comme renvoyés à une identité qu'on nous oblige d'endosser pour certains, et que nous pouvons redécouvrir pour d'autres.

Bien sûr, le risque est de répondre avec la violence face à la violence, ou d'imaginer que pour tenir notre identité, il faut nous tenir sur nos positions. Or, les différentes fêtes de l'Épiphanie que nous célébrons, déjà depuis dimanche dernier, nous permettent peut-être de mieux comprendre ce que c'est que d'être véritablement chrétien. J'ai même envie de dire que la fête de l'Épiphanie, les rois mages dimanche dernier, et la fête d'aujourd'hui pourraient presque bouleverser l'idée que nous nous faisons de la religion de l'identité religieuse pour le meilleur pour nous-même.

En fait, pour revenir à dimanche dernier, la fête de l'Épiphanie est généralement expliquée par cette adjonction des païens au peuple élu. Ce qui est vrai. Or, l'expérience que font les mages consiste à découvrir avant tout que ce monde n'est pas gouverné par un destin écrasant auquel nous avons à nous soumettre. Les mages par leur cheminement font l'expérience que le Christ est Seigneur et que nous vivons libres dans ce monde, car telle est la volonté de Dieu, et que l'homme est invité à écrire sa propre histoire avec un petit "h" et un grand "H", avec le Christ. C'est la première chose. Autrement dit, ce qui est important là-dedans, ce n'est pas tant de parler de différences de cultures ou de civilisations, mais c'est plutôt de comprendre quel est notre rapport à la liberté et au destin. C'est cela qui fait que les mages sont en quelque sorte, adjoints à ce nouveau peuple qui est en train de s'ouvrir avec la naissance de Jésus.

Je sais bien que le baptême du Christ n'est pas le baptême des chrétiens, mais vous me permettrez quand même de parler un peu plus du baptême des chrétiens en ce jour, le baptême est généralement vu comme l'entrée d'un nouveau membre dans une famille. D'ailleurs, c'est ce que j'ai annoncé au début de cette eucharistie quand j'ai dit que nous allions accueillir Anna comme nouveau membre chrétien dans l'Église. C'est tout à fait juste. Mais la manifestation qui se laisse voir aujourd'hui dans le récit du baptême du Christ nous montre autre chose. Ce que nous contemplons, ce n'est pas l'idée que quelqu'un est adjoint à une nouvelle communauté, ce fameux mot de l'identité qui a fait tellement couler d'encre ces derniers mois et qui a fait tellement parler à la radio et à la télévision. Mais la manifestation à laquelle vous avez été conviés lors de l'écoute de cet évangile, c'est la contemplation de la Trinité. Avant même de voir un membre adjoint à un peuple, une sorte d'adhésion identitaire, la chose la plus importante qui nous était montrée c'est de voir le Christ nouvel Adam, l'Adam recréé, et l'Adam non seulement recréé et donc comme adjoint à nouveau dans la communion trinitaire. Cela devrait être la seule chose importante à nos yeux. Non pas des choses externes ou secondaires, mais la seule chose qui devrait nous habiter, c'est de découvrir que par le baptême nous sommes conviés non pas à nous associer à une culture, parce que les cultures changent, non pas à une politique, même pas à une sorte de comportement moral, mais toute la visée devrait être notre réintégration totale dans la vie trinitaire. Et c'est tout le reste qui en découle et non pas l'inverse. C'est cela qui est premier. Voyez frères et sœurs, quel est en fait le lieu principal de notre vie chrétienne, c'est la vie trinitaire, même si bien sûr étant associés à cette vie trinitaire nous entrons dans un peuple, ce peuple qui est l'Église, c'est évident, parce que nous ne sommes pas chrétiens tout seuls.

La dernière chose, c'est que nous ne sommes pas conviés simplement à une adhésion. Nous sommes conviés à participer pleinement en ce monde à cette vie trinitaire. Et comment ? C'est ce qui nous est dit dans la première lecture. Qui est le Christ ? Il est ce serviteur souffrant. Qui est le chrétien ? il est comme le serviteur souffrant. Je voudrais finir, parce que cela se passe même de commentaires, revenir sur la manière dont le serviteur souffrant est Alliance pour Israël, et comment nous aussi nous avons à être Alliance dans ce monde qui est le nôtre et avec les autres peuples.

Comment fait le Serviteur ? "Il ne crie pas, il n'élève pas le ton. Il ne fait pas entendre sa voix dans la rue". Cela ne veut pas dire qu'il ne dit rien et qu'il se renie. "Il n'écrase pas le roseau froissé, il n'éteint pas la mèche qui faiblit". Autrement dit, il donne toujours la possibilité de l'Écriture à l'avenir. C'est très important pour nous, même si c'est difficile. "Fidèlement, il présente le droit (envers et contre tout, c'est mi qui le rajoute!). Il ne faiblira pas, il ne cèdera pas jusqu'à ce qu'il établisse le droit sur la terre". Frères et sœurs, c'est cela notre baptême, et c'est le cadeau que vous offrez et que vous demandez à Dieu pour Anna. Que veut dire de demander le baptême pur un bébé ? Qu'est-ce que c'est que d'élever un enfant dans la vie chrétienne ? Ce n'est pas d'abord de vouloir ériger des frontières culturo-religieuses. C'est d'abord lui rappeler qu'avec le Christ, il sera appelé à écrire sa propre histoire. Et Dieu sait que c'est difficile. Et nous sommes toujours tentés de nous laisser mener par un quelconque destin, ou un quelconque déterminisme idéologique, économico-social, etc … Qu'est-ce donc qu'être chrétien ? et qu'est-ce recevoir le baptême ? C'est d'être configuré au Christ et à ce serviteur qui à la fois ne cède jamais sur le droit. Je ne sais pas si vous avez compté le nombre de fois dans les trois lectures, où il est question de droit. Dans la première lecture d'Isaïe, même dans les Actes des apôtres, même encore dans la lecture de Matthieu, c'est le droit. Et qu'est-ce que ce droit ? C'est à la fois d'annoncer et de dire la vérité, et en même temps de ne jamais désespérer et de ne jamais non plus enfermer l'autre dans ce que nous croyons qu'il est, c'est-à-dire, de ne pas briser le roseau froissé et de ne pas éteindre la mèche qui faiblit.

Frères et sœurs, que cette fête que nous célébrons en ce jour, le baptême du Christ, soit pour nous l'occasion simplement de nous rappeler l'essentiel : qu'est-ce que c'est que d'être chrétien ? C'est cette grâce éblouissante que Dieu nous a fait de nous intégrer dans la vie trinitaire elle-même, non pas parce que nous serions mieux que les autres. C'est pour cela que Jésus manifeste sa condition de pécheur, lui qui n'est pas pécheur, pour montrer que le plus grand pécheur, pourvu qu'il accepte de changer, est intégré dans cette vie trinitaire. C'est la seule chose qui compte, de vivre cette vie de serviteur et de servante qu'Anna va recevoir dans quelques minutes.

 

 

AMEN

 

 
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