AU FIL DES HOMELIES

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L'APPRENTISSAGE DE LA SAGESSE

2 S 13, 23-34

(16 janvier 2003)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

L

e texte que nous avons commencé à lire dans le deuxième livre de Samuel depuis deux jours me semble très intéressant. Il pourrait certainement faire l'objet d'une étude approfondi quant-à ses rapports avec les premiers chapitres de la Genèse, le péché originel, et le meurtre de Caïn sur son frère Abel. Je vous rassure tout de suite, je n'ai absolument pas l'intention de vous parler de cela en trois minutes trente, je pense qu'on devrait plutôt en discuter plus longuement lors de colloques futurs. 

 Plus modestement, je voudrais attirer votre attention sur un petit point qui est la question de la sagesse dans le texte que nous avons lu tout à l'heure. La sagesse dans l'Ancien Testament n'est pas tellement de l'ordre de ce qui est moral, de l'ordre de ce qui est bien, mais bien davantage de l'ordre de la technique. Cela peut nous paraître surprenant d'envisager la sagesse comme étant un moyen technique qu'on réussit à cultiver, à s'approprier, plutôt que de le voir comme on l'envisage actuellement sous l'angle de la moralité. La conséquence principale d'envisager la sagesse comme technique, moyen technique, cette conséquence est gravissime. En effet, une technique est pragmatique, neutre. Et on se rend très bien compte depuis qu'on a commencé la lecture de ce livre, avec l'épisode d'Amnon et de sa demi-sœur Tamar, et aujourd'hui avec Absalom qui fait assassiner son frère, on se rend compte que la sagesse n'et pas nécessairement bonne. Plus exactement, la sagesse peut être utilisée pour autre chose que le bien. Le premier texte de mardi, pouvait nous montrer qu'un conseil, soit dit en passant n'était pas négatif, ce que disait Yonadab à Amnon, un conseil bon peut être mal interprété. C'est vrai que Yonadab n'a jamais dit à Amnon qu'il fallait qu'il couche avec sa sœur. Tout simplement son conseil visait à lui faire prendre un moment avec sa sœur, de lui dire qu'il l'aimait, pour pouvoir l'épouser. On s'est très bien rendu compte dans la suite de l'épisode que le problème n'était pas d'épouser Tamar, mais plutôt qu'elle était prête à l'épouser et non pas de coucher avec lui avant le mariage.

Première constatation vis-à-vis de la sagesse, nous pouvons très bien recevoir un conseil qui est bon en soi, et puis, pour telle ou telle raison, ne pas en faire un bon usage. Deuxième constatation aujourd'hui, dans la décision d'Absalom de faire assassiner son frère, à la base même, la sagesse peut être au service du mal, être complètement transformée, nous ne disons pas tellement sagesse que ruse pour le plan d'Absalom. C'est une constatation un peu dure de se rendre compte que la sagesse qui semble hanter tous ces personnages pour leur apporter ce qu'elle a de mieux, et au lieu de cela, on constate qu'elle échoue à chaque fois et que dans le cœur de l'homme, reste le mal. Cette faiblesse qui existe dans la sagesse est très bien représentée par Yonadab. Il représente très exactement ce qu'est la sagesse auprès de chacun de nous, il est discret, toujours un peu dans l'ombre des grands, du fils du roi, du roi lui-même, il est là, toujours prêt à prodiguer ses conseils si on le lui demande. Il se rend bien compte que parfois ses conseils tombent à l'eau, mais il reste toujours porche de l'autre pour essayer de le conseiller le mieux possible. C'est vrai que cette personnalité de Yonadab nous révèle alors cet esprit de clairvoyance et cet esprit de souffrance qui peut être présent dans l'esprit même de Dieu quand Il nous regarde vivre, et qu'à l'exemple d'Amnon, nous ne savons pas utiliser de la bonne manière les bons conseils. Peut-être Dieu a-t-Il ce regard sur nous, à l'image de Yonadab sur Amnon, regard de tristesse et de clairvoyance. Dieu ne s'arrête pas en chemin, Il continue et Il essaie de nous donner de bons conseils. Cette même personne nous donne aussi une indication très intéressante sur la réception de la grâce dans note cœur, comme la réception de la sagesse dans notre cœur. Que faisons-nous de la grâce que Dieu nous donne à chaque instant ? La laissons-nous mourir dans notre cœur ? Est-ce que nous l'utilisons pour nos propres fins, ou bien pensons-nous qu'elle n'existe pas du tout ? 

Frères et sœurs, à l'image de Yonadab, soyons de véritables chrétiens, soyons d'autres Christ, et soyons auprès de nos frères et sœurs, ceux qui essaient à tout instant d'apporter de bons conseils, de percevoir le plan de Dieu, la réalité et la vérité dans le vie de ceux qui nous entourent. 

 

AMEN


 

 

 
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