AU FIL DES HOMELIES

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C'EST MOI QUI TE BÂTIRAI UNE MAISON

2 S 7, 1-17

(16 janvier 1992)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

Jérusalem : Maquette du Temple 

L

e texte du livre de Samuel que nous avons lu comme épître a été tenu comme majeur par les auteurs de l'Ancien Testament et la première communauté chrétienne. En effet, on y voyait une des prophéties les plus claires et les plus profondes de l'incarnation de Jésus. J'aimerais réfléchir sur la portée et la signification de ce texte pour notre foi.

De qui s'agit-il ? De David, qui vient de parvenir au sommet de sa gloire. Il est le roi d'Israël. Il a réussi à unifier autour de lui, autour de Jérusalem, les douze tribus qui jusque-là vivaient surtout la vie nomade et dans une indépendance généralement assez farouche. David, ayant ainsi fédéré ces tribus, créé "le grand Israël", a installé son palais sur la colline de l'Ophel, sur le mont Sion et il lui vient des scrupules. Moi, se dit-il, j'habite dans une maison de cèdre c'est-à-dire qu'il importait les bois exotiques de l'époque et s'était bâti une demeure "cinq étoiles, catégorie N". Il s'aperçoit tout d'un coup que le Seigneur vit toujours sous la tente, c'est-à-dire à quelques pas de là, dans la vieille tente qui avait servi depuis des générations pour abriter l'Arche d'Alliance. Comme il connaît les mœurs des Cananéens, comme il a beaucoup de relations avec les Libanais et les Phéniciens de l'époque et d'autres roitelets du coin, il pense que ce serait bien pour le Seigneur de lui bâtir "une maison".

       Et Dieu refuse. Et Dieu refuse pour deux raisons. Premièrement, il y a un précèdent qui ne tiendra pas longtemps car Salomon changera d'avis sur le sujet. Le précèdent, c'est Dieu qui dit à David : "Est-ce jusqu'à maintenant, Je me suis plaint de mes conditions de logement en Israël ? J'ai toujours habité sous la tente. Finalement, je préfère ma tente et ma vie nomade au milieu d'Israël." C'est donc le premier argument. Le deuxième qui lui est de taille c'est celui où les chrétiens voyaient une prophétie extraordinaire. C'est que Dieu dit : "Ce n'est pas toi qui Me construiras une maison, sous entendu un temple, mais c'est Moi, Dieu, qui te bâtirai une maison". Comprenez le jeu de mots, maison qui ici signifie descendance. Je te bâtirai dans la chair, Je te bâtirai dans ta descendance, dans ta lignée. Et c'est cela qui a constitué, pour les premiers chrétiens, un des appuis très profonds de la confession de Jésus comme "fils de David" car Dieu avait promis qu'Il n'habiterait pas des temples faits de main d'homme, thème qu'on retrouve à plusieurs reprises dans le Nouveau Testament. Donc ce ne sont pas les hommes qui fabriquent les maisons de Dieu, parce que ce sont des maisons de pierre, mais c'est Dieu qui fabrique une maison aux hommes. Et cette maison, c'est une chair, c'est un lignage, une descendance et en réalité, ultimement, cette chair c'est la chair du Christ né de Marie. C'est "la descendance", le lignage par excellence.

       Autrement dit, c'était tout le mystère de l'Incarnation. Au fond, que signifie le fait que Dieu vienne s'incarner ? Cela signifie que, par une libre disposition de Lui-même, Il ne se laisse prendre par rien de ce qu'on pourrait construire pour le capter, pour le situer, pour l'immobiliser ou le fixer. D'une certaine manière, Dieu n'habitera jamais des temples faits de main d'homme. Et dans l'épître aux Hébreux on dit expressément que le véritable sanctuaire c'est le corps du Christ parce qu'Il n'est pas fait de main d'homme. C'est d'ailleurs le sens de la conception virginale. D'une certaine manière sa chair est donnée, elle est suscitée dans le sein de Marie par Dieu. Mais précisément c'est Dieu qui bâtit la maison et la maison c'est le corps du Christ, à la fois le corps du Christ, de son individu, de sa personne de Fils de Dieu, son corps personnel mais en même temps son corps Royaume, son corps Église, son corps peuple rassemblé autour de Lui.

       C'est ainsi que les premiers chrétiens lisaient cette prophétie du livre de Samuel. Alors qu'en ce temps où nous méditons encore le mystère de l'Incarnation, nous essayons de voir comment, dans nos vies, de la façon la plus concrète possible, ce n'est pas nous qui bâtissons des maisons à Dieu, mais c'est Dieu qui nous bâtit une maison c'est-à-dire qui nous constitue corps, Église ou encore pierres vivantes. Nous ne bâtissons pas dans la pierre, mais c'est Dieu qui bâtit dans notre chair. Et c'est cela la véritable œuvre de salut, passer de la pierre à la chair, de cette chair de la fragilité de l'homme mais qui, par le mystère de l'Incarnation du Fils, par la maison du Fils plantée comme une tente parmi nous, par cette maison, nous devenons véritablement le Temple de Dieu, non plus avec des bois de cèdre ou des pierres taillées, mais ce temple vivant de chair, de sang, d'amour, de joie, de bonheur et de pardon.

       AMEN


 

 

 
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