AU FIL DES HOMELIES

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GALILÉE DES NATIONS

Ex 3, 11-14 ; Mt 7, 21-29

Jeudi de la deuxième semaine de l'Épiphanie – B

(14 janvier 1982=

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Olivier franc

C

 

ette page d'évangile de saint Matthieu est comme l'inauguration de la prédication de Jésus, de sa vie publique, après les évènements de l'enfance, le baptême et la retraite au désert qui sont comme le prélude à cette vie publique. Sitôt après cette retraite au désert où Jésus a affronté Satan, il commence sa prédication et Il la commence en Galilée. Il est, je crois, intéressant de remarquer que cet évangile de saint Matthieu qui fait commencer la vie publique de Jésus en Galilée, fera également achever la vie du Christ en Galilée, puisque la dernière apparition de Jésus ressuscité aura lieu en Galilée où Jésus a donné rendez-vous à ses disciples et où Il leur dira : "Allez, enseignez toutes les nations, baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit. Voici que Je suis avec vous jusqu'à la fin du monde."

Il y a là ce que, en littérature juive, on appelle une inclusion, c'est-à-dire que, au début et à la fin d'un développement, le même thème, les mêmes paroles sont reprises. Et ceci est intentionnel, ceci veut souligner quelque chose. Ce n'est pas au hasard que saint Matthieu a ainsi commencé et fini la prédication de Jésus sur les bords du lac de Tibériade, dans la Galilée. Entre temps, Jésus aura longuement prêché sur les bords du lac, puis Il sera monté à Jérusalem pour y souffrir et y mourir, comme c'était aux environs de Jérusalem, à Bethléem en Judée, que Jésus était venu au monde et qu'Il avait été refusé dans les hôtelleries pour naître dans une crèche.

Il y a ainsi une sorte de dialectique, d'alternance dans la vie du Christ, dans sa mission, entre Jérusalem et la Galilée. Jérusalem, c'est le cœur de l'histoire d'Israël, c'est aussi le cœur de la vie du Christ. C'est le lieu où Jésus vient au monde, le lieu où Jésus quitte ce monde et meurt. C'est le lieu où Jésus ressuscite pour un monde nouveau. Jérusalem, c'est le lieu où Dieu entre en contact avec la terre. C'est le lieu de toute gloire et aussi de toute souffrance. Jérusalem, c'est le lieu eschatologique par excellence c'est-à-dire l'endroit où la terre est aimantée, attirée vers le ciel.

La Galilée, c'est une tout autre province. Elle n'a pas cette austérité grandiose de la Judée et de Jérusalem. Ce n'est pas un endroit où les montagnes se découpent de façon nette sur le ciel, comme en une sorte de communion entre la terre et le ciel. La Galilée, c'est un pays plus riant, c'est un carrefour. Vous venez d'entendre saint Matthieu citer l'oracle d'Isaïe : "Galilée des nations, carrefour des peuples, terre de Nephtali, terre de Zabulon." (C'est le nom de deux des principales tribus qui occupent la Galilée). Cette province du Nord, beaucoup plus fertile, beaucoup plus humaine, beaucoup plus proche de la vie quotidienne des hommes, est aussi le lieu où le peuple juif rencontre les autres peuples, qu'il s'agisse de la Syrie et du Liban au Nord, qu'il s'agisse de cette civilisation grecque beaucoup plus mêlée à la vie juive dans cette province de Galilée qu'elle ne l'était dans les hautes montagnes de Jérusalem où le peuple juif, en quelque sorte, se retire sur lui-même, se replie sur sa mission propre et ce que lui seul a à apporter d'unique et d'irremplaçable au monde.

La Galilée c'est donc le point de jonction entre le peuple élu et les nations païennes, et il est très important que Jésus commence sa prédication et l'achève ainsi sur cette terre d'ouverture. Car si Jésus est venu pour accomplir à Jérusalem le destin d'Israël, pour résumer en Lui toute la vocation du peuple élu et pour achever cette vocation dans la Pâque, dans sa mort et sa résurrection, Il n'est pas venu uniquement pour parfaire cette vocation, mais aussi pour répandre cette vocation aux quatre coins de la terre, pour appeler toutes les nations, quelles qu'elles soient, toutes ces nations païennes, innombrables sous le ciel, à venir participer à cet appel de Dieu, à cette révélation du mystère de Dieu. Ce que Dieu avait confié à Israël, Il ne le lui avait pas confié pour lui seul, mais pour qu'Israël soit la lumière des nations, le flambeau et le signal du rassemblement de tous les peuples. Israël n'avait pas rempli pleinement cette fonction. Israël persécuté par l'Égypte, puis par les babyloniens, les assyriens, a toujours eu tendance à se refermer sur lui-même. Pourtant, sans cesse, les prophètes appelaient le peuple à cette ouverture à l'univers tout entier.

Incessamment la prédication de Dieu, comme il est clair par exemple dans le livre de Jonas, voulait relancer Israël sur les routes du monde, pour qu'il comprenne bien qu'il n'était pas un peuple pour lui-même, mais qu'il était un peuple-signal, un peuple-phare pour les autres peuples afin de les conduire jusqu'à Dieu qui l'avait choisi pour cette mission. Si Israël n'a pas accompli pleinement cette mission, Jésus, Lui, a voulu, au moins dans sa personne, à défaut de le réaliser dans son peuple, Jésus a voulu accomplir cette mission. Jésus est venu pour tous les peuples de la terre. Il a invité Israël, une dernière fois, à participer à cette mission et Israël ne l'a pas voulu, c'est pourquoi Jésus a été crucifié à Jérusalem où Il est mort et ressuscité. Mais sa Résurrection, comme le début de sa mission, s'ouvre largement sur toutes ces nations voisines ou lointaines qui viennent ainsi se mêler dans la Galilée des nations.

Rendons grâces au Seigneur, nous qui sommes les descendants de ces nations païennes, nous qui avons encore dans notre cœur tellement de réflexes païens, nous qui sommes finalement très loin de cette longue accoutumance à l'amitié de Dieu qui est le privilège du peuple juif, nous qui sommes, comme dit saint Paul, "un olivier sauvage qui a été greffé sur l'olivier franc" pour que la sève venue des patriarches et des prophètes puisse irriguer aussi nos veines, nos vies spirituelles, pour que nous puissions vivre de cette révélation de Dieu commencée avec Israël et qui maintenant nous a été communiquée, nous donc qui sommes des païens d'origine, rendons grâces à Dieu pour cette ouverture de sa révélation à tous les peuples, rendons grâces d'avoir été appelés aussi à partager cet héritage et à être largement membres, à part entière, du peuple de Dieu.

 

AMEN

 
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