AU FIL DES HOMELIES

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ROYAUTÉ, ÉGLISE EN DÉCALAGE

1 R 1, 28-34 ; Mc 1, 9-15

Jeudi de la deuxième semaine de l'Épiphanie

(15 janvier 2004)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

Cluny : Chapelle de Bourbon
Socle de statue : David

D

ans le texte que nous avons entendu du premier livre des Rois, le passage du roi David au roi Salomon, qui paraît extérieurement assez paisible, cache une réalité très douloureuse et très difficile, qui est que ce sera la première fois que la royauté va se transmettre paisiblement. La précédente fois, c'était l'affaire de Saül et de David, et elle a été parasitée par toute la folie du roi Saül, qui non seulement l'avait choisi comme son prétendant, comme son successeur, mais il avait voulu aussi le tuer. Il existait entre Saül et David un haine ambivalente, il suffit de se rappeler les épisodes célèbres comme celui de la lance dirigée contre David au moment où il joue de la harpe pour le roi Saül, celui-ci pris d'un accès de jalousie, de folie, lance vers David une lance qui vient se ficher dans le mur, celui-ci n'ayant que le temps d'esquiver le coup ! Cette opposition entre la figure de Saül et de David, est une opposition très intéressante : on a d'un côté le roi Saül qui a essayé une première fois d'instaurer la royauté en Israël et qui n'arrive pas à la transmettre. Les oppositions sont telles, le livre de Samuel le montre très bien, qu'il y a entre Saül et David deux figures en opposition. La première est une figure dans le régime encore un peu rigide de l'obéissance dans la transmission ancienne. David au contraire, va s'improviser comme un personnage plus libre, plus liturgique, on pourrait dire plus lyrique, c'est pour cela que les psaumes sont attribués à David, parce qu'on lui attribue cette prière personnelle, cette insistance avec laquelle David va créer une relation unique avec Dieu.

Le problème maintenant va être la façon dont Salomon, l'homme de la paix, qui va la recevoir, lui qui est encore moins guerrier que son père, même si effectivement il a quand même du sang sur les mains, mais, on va voir de Salomon le bâtisseur, celui qui va construire et édifier Israël.

En quoi toute cette problématique peut-elle nous concerner ? Israël est la figure de l'Église, et le question qui est posée, c'est la manière dont elle est ou non de l'ordre de l'institution humaine avec laquelle elle vit, et comment notre système de gouvernement intérieur à l'Église doit ou non ressembler à celui du monde. La question posée dans la transmission, et la question non seulement de la transmission pour nous, mais la façon dont est pensée l'autorité, la régulation de cette autorité par rapport à Dieu. La question est, tant pour Saül, David, que Salomon, ils sont tous les trois consacrés, et c'est pour cette raison que David ne touchera pas à Saül, bien qu'il ait mille raisons de s'en défendre. Il a eu une occasion rêvée de pouvoir le tuer, mais il ne l'a pas fait parce que Saül était consacré, oint du Seigneur. Le problème consiste en ceci : comment des hommes sur terre, pour Israël à cette époque, et puis pour nous dans l'Église, peuvent à la fois exercer un gouvernement, et être consacrés ou envoyés par Dieu pour exercer cette autorité ? Ce débat que je ne vais pas développer maintenant, qui est amorcé dans ce livre des Rois, est la manière dont un homme est à la fois cet homme-là, dans sa fonction, et pourtant un instrument et un médiateur à l'égard de Dieu qui est le seul roi.

Vous voyez bien que non seulement la royauté d'Israël va développer cette problématique complexe, mais l'histoire même de l'Église, une histoire politique de l'Église, va essayer de tracer le fil rouge qu'il y a entre un exercice plénier d'un pouvoir, le pape est certainement celui qui a le plus de pouvoir dans ce monde, sur cette planète, et en même temps, le regard, la dépendance par rapport à la royauté même de Dieu. C'est dans cet équilibre subtil que s'exerce la manière du gouvernement de l'Église, la manière dont l'Église est à la fois parmi les institutions humaines originale et unique, et je dirais inabsorbable. La tentation a été grande tant pour le monde que pour l'Église, de vouloir se ressembler, il y aura toujours dans l'Église un décalage, elle ne sera vraiment jamais "comme", il y a une sorte d'irréductible décalage dont l'Église doit continuer à témoigner, même au prix de sa vie. C'est cet irréductible décalage qui fait qu'elle est l'Église de Dieu et qu'elle en témoigne sur cette terre.

 

AMEN

 

 

 
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