AU FIL DES HOMELIES

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LA QUESTION ALIMENTAIRE

Gn 1, 26 – 2, 4a ; Jn 3, 31-36

Jeudi de la deuxième semaine du temps de l'Épiphanie – C (14 janvier 2010)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Grimaud : oranger

 

F

rères et sœurs, puisque nous avons lu ce récit qui conclut la première grande page de la Bible, c'est-à-dire le récit de la création tel qu'il nous est rapporté dans le premier chapitre, je voudrais simplement attirer votre attention sur un détail qui à première vue n'est peut-être pas très spirituel, mais qui, si l'on y réfléchit, est assez révélateur.

Disons qu'en gros, l'homme dans son état paradisiaque n'est pas bégueule ! En effet, vous l'avez remarqué, dès le début, la dualité masculin-féminin, homme-femme, est bien mise en évidence, et contrairement à ce qu'on pense quand le texte dit : "Et Dieu créa l'homme à son image et à sa ressemblance", la plupart du temps on se dit : image et ressemblance, c'est parce que nous sommes des esprits, et que nous ressemblons à Dieu qui est un pur esprit. Certes, ce n'est pas faux, à ceci près que le texte conclut : "A son image et ressemblance il les créa, homme et femme il les fit". Par conséquent, l'image et la ressemblance sont dans la dualité du couple humain. Dans l'acte même créateur, la dualité sexuelle ne fait aucun problème, c'est-à-dire le fait qu'Adam et Ève vont convoler en justes noces.

En revanche, il y a un problème concernant le régime alimentaire : au paradis, on est végétarien. On pourrait croire que les affaires alimentaires n'ont pas d'importance, mais pour le récit de la création ces questions alimentaires sont très importantes. L'homme, comme les animaux, sont au même régime, ils mangent de l'herbe, traduisez de la salade et des légumes, et des fruits, des oranges et des bananes ! Ils ne mangent pas de viande, l'homme est végétarien au paradis. Dans la condition initiale, Dieu est plus strict sur le régime alimentaire que sur le régime sexuel. Cela peut paraître bizarre, parce qu'aujourd'hui on penserait l'inverse. On penserait que pour le régime alimentaire, chacun mangerait ce qu'il veut et comme il veut, si on veut être végétarien on peut l'être mais c'est plutôt exceptionnel, et en réalité, la sexualité, elle, est beaucoup plus réglementée. Reconnaissez qu'il y a beaucoup plus de documents pontificaux sur la sexualité que sur les codes alimentaires.

C'est très significatif parce que je crois que la Bible évalue le statut de la condition humaine à partir du critère de la vie. La sexualité est d'emblée appréhendée dans la perspective que la dualité homme-femme rend l'homme vivant, non seulement vivant au sens de la fécondité du couple ce qui n'est déjà pas mal, c'est même le top du top. Dans la tradition hébraïque, avoir des enfants, il n'y a rien de mieux, et j'espère encore un peu aujourd'hui, mais cela rend l'homme vivant non seulement au sens où l'aventure de la dualité homme-femme est quand même une des réalités les plus intéressantes de l'existence humaine, si on en juge en tout cas par la production littéraire, cinématographique, et des feuilletons de la télévision.

Il n'y pas vraiment d'interdit sur la sexualité mais en fait, il y en aurait plutôt sur l'alimentation. Pourquoi ? parce que pour la Bible, manger des animaux, c'est manger du vivant et par conséquent le régime carnivore et un régime dangereux. C'est un régime qui risque à tout moment d'induire ce geste qui pour nous, aujourd'hui est industrialisé et banalisé par l'abattage des animaux dans ces endroits qu'on appelle précisément abattoirs et où personne ne peut rien voir. Mais on n'imagine pas ce que pouvait avoir de traumatisant dans les sociétés anciennes, l'acte de chasser ou de tuer les animaux. C'est un acte qui va devenir finalement un acte cadré, contrôlé, mais au début, c'est un acte choquant. Si on relit ce texte, cela nous oblige à revoir un certain nombre de choses. La création est un acte pour la vie. La création est un acte dans lequel l'homme à travers l'homme générique, homme et femme, à travers sa sexualité, va manifester la forme la plus haute de son existence de vie et l'alimentation n'est qu'un élément adjuvant pour être des vivants, c'est pour empêcher de dépérir. Mais quand on doit se nourrir, on doit prendre soin de respecter aussi de respecter la vie des animaux.

Evidemment, le contexte actuel n'est plus le même mais c'est quand même important de bien relire ce genre de texte, parce que comme vous le remarquerez, dans le deuxième récit, le principe, le suspens de la création de l'homme et de la femme et la mise dans le jardin avec l'arbre et ensuite la transgression du commandement, c'est aussi une transgression alimentaire. Il y a quelque chose qui devrait être réfléchi davantage, et ce n'est pas nécessairement contrairement à ce qu'une certaine interprétation a laissé valoir, ce n'est pas le problème de la sexualité qui est le problème numéro un de la relation avec Dieu. Dans la perspective biblique des récits de la création, c'est plutôt la question alimentaire.

Que ces quelques incidences de cette réflexion nous aident à voir exactement comment nous envisageons nous-même notre propre vie, comment nous nous positionnons par rapport à ce mystère de la vie que Dieu nous a donné, et comment nous essayons de réaliser pleinement cette indication et cette orientation fondamentale de notre être vers la vie qui est ultimement, évidemment, la vie de la grâce et la vie avec Dieu.

 

AMEN

 

 

 
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