AU FIL DES HOMELIES

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QU'ILS SOIENT UN !

Ep 4, 1-16 ; Jn 17,11 b+18-23

Jeudi de la deuxième semaine de l'Épiphanie – A

(18 janvier 1990)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

C

'est peut-être délicat à évoquer, mais à la lec­ture de ces deux textes, n'y aurait-il pas en Dieu une certaine tristesse ? N'y aurait-il pas en Dieu une réelle souffrance ? une amertume ? le Christ dit à son Père : "Je leur ai donné la gloire que Tu m'as donnée pour qu'ils soient un et que le monde croie !" Que faisons-nous de cette gloire ? celle d'être fils, donc d'être frères ? Et dans cette prière, le Christ a lié le salut du monde l'arrivée à la foi des incroyants à notre unité. Tant et si bien que l'on peut dire, même si c'est partiellement, que si le monde ne croit pas, c'est que nous en portons réellement la responsabilité, dans la mesure où nous ne sommes pas un, dans la mesure où notre unité avec le Christ est souvent en défaut et où notre unité entre frères qui avons reçu le même baptême est toujours, depuis dix siècles, bles­sée. N'y a-t-il pas en Dieu, lorsqu'Il considère son Epouse d'aujourd'hui, une peine, une espérance aussi? Quand est-ce que l'Epouse infidèle va-t-elle revenir, comme la prostituée d'Osée, à son premier amour ?

Dans son passage de l'épître aux Ephésiens saint Paul dit : "Chacun de nous a reçu sa part de la faveur divine, selon que le Christ lui a donné ses dons." Peut-être pensez-vous que l'unité des Églises chrétiennes, c'est l'affaire des Papes, des évêques ou des patriarches ? comme on dit "l'affaire des chefs", des cadres, des responsables ? Si vous pensez cela, c'est une faute contre l'unité c'est un péché contre l'unité dont il faudrait peut-être savoir s'accuser pour servir justement l'unité. Non, même si les chefs reli­gieux, les responsables des Églises travaillent, de façon d'ailleurs très profonde, très vraie, au rappro­chement, à une connaissance unique, quoique peut-être diversifiée dans son approche, de la vérité, ceci ne fera jamais, jamais l'unité réelle des chrétiens. A quoi serviraient que les chefs, que les parents soient unis si les fils ne le sont pas ? Ce serait une façade rassurante mais tragique.

Chacun de vous, comme moi-même, par votre baptême, par votre confirmation, par le don répété du pardon sacramentel, de la communion eucharistique, par votre sacrement de mariage, ou pour nous celui du sacerdoce presbytéral, nous avons reçu une part de la gloire de Dieu, une part de la filiation divine, une part de l'unique patrimoine du Père. Or il n'y aura pas d'unité du corps, il n'y aura pas perfection du corps du Christ s'il n'y a pas d'abord perfection de chaque par­tie du corps du Christ, de chaque membre du corps du Christ. L'unité de l'Église, de l'Église indivise des églises ne viendra pas d'en haut pour se répandre comme par infiltration ou osmose dans toutes les cellules du corps. L'unité viendra de chaque cellule du corps dans la mesure où cette cellule est en union profonde avec la vérité, est en union profonde avec elle-même, est en union profonde dans la foi et la charité avec les autres. La perfection du tout, ce n'est que l'aboutissement de la perfection du chaque partie. L'unité des chrétiens, frères, elle est entre vos mains, elle n'est pas dans les colloques internationaux ou les sessions de théologie. Elle est entre vos mains, car vous avez dans vos mains le don du Christ, car vous avez entre vos mains la prière du Christ : "Qu'ils soient un !" Car vous avez entre vos mains l'énergie de la mort et de la résurrection du Christ, car vous avez entre vos mains la même possibilité de trans­mettre au monde d'aujourd'hui le message que Dieu les aime et les sauve : "Qu'ils soient un pour que le monde croie !"

Alors on peut toujours faire des déclarations sur l'incroyance, sur l'athéisme contemporain, on peut toujours y aller de nos concepts ou de nos analyses, ou de nos craintes, cela ne veut strictement rien dire si nous ne prenons pas en mains le don de Dieu pour en vivre et pour le partager. Que cette eucharistie, où le Christ renouvelle dans son corps, dont nous allons recevoir à la fois une partie et la totalité du corps uni­que, que le Christ, dans la foi, vous rappelle bien, à chacun d'entre vous, que vous soyez élève à Mignet, en retraite, travaillant, marié ou célibataire peu im­porte, que le Christ vous rappelle que chacun vous avez en mains l'avenir de l'unité de l'Église, dans la mesure ou vous allez unifier en vous-même votre vie avec la vérité de Dieu et exprimer cela dans la charité avec les autres. Tout le reste ne serait que parole men­songère, bien que profondément spirituelle peut-être, s'il n'y a pas cette incarnation réelle du don unique du Christ dans votre propre vie, dans votre capacité de pardonner, dans votre regard qui verra d'abord le bien et non pas le mal, dans votre service de l'Église, pour elle pas pour vous, et dans le don spirituel de ce que vous êtes.

Que cette eucharistie nous révèle ce que nous sommes, et parce que nous le sommes, ce que nous avons à devenir.

 

 

AMEN

 

 
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