AU FIL DES HOMELIES

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ÉCOUTER

1 R 1, 28-34 ; Jn 3, 31-36

Jeudi de la deuxième semaine de l'Épiphanie – A

(14 janvier 1993)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

I

l est très difficile d'écouter vraiment en ce sens que, contrairement à l'apparence, l'écoute n'est pas passive, mais active. Et par certains côtés, il est plus facile de parler, comme je le fais maintenant, que d'écouter. Parce que écouter vraiment cela signi­fie qu'on quitte, pour un instant, la forteresse de ses soucis, de sa vie, et qu'on accepte de vivre selon la mentalité, selon la sensibilité de celui qui parle. Ecouter, ce n'est pas attendre qu'une parole pensée par l'orateur vienne épouser, par quelque hasard, le flot de mes pensées, le flot ininterrompu de mes pensées. C'est ce que l'on dit à un prédicateur quand une phrase est venue, au bon moment, frapper une pensée qui couvait chez l'auditeur. La véritable écoute qui est difficile c'est justement de se prêter à être ailleurs, avec celui qui parle. Il ne s'agit donc pas simplement d'essayer que les paroles épousent plus ou moins se­lon la confusion de mon esprit à ce moment-là, mais de vivre selon le centre de gravité de celui qui va parler. Il en est ainsi du rapport entre les disciples et Jésus.

Beaucoup de personnes se plaignent de ne pas être comprises, mais encore faut-il qu'elles puissent parler elles-mêmes, qu'elles puissent être écoutées. Et écouter quelqu'un suppose justement comme un com­pagnonnage. Parler et écouter quelqu'un suppose qu'on fréquente ce qu'il est, selon ce qu'il est et non pas seulement selon ce que je suis. C'est pour cela que c'est si difficile et que c'est si fatigant d'écouter. Et lorsque le Christ nous reproche d'être sourds, c'est justement que nous n'acceptons, pas, pour un instant, de nous dessaisir de nous-même pour être saisi par Quelqu'un d'autre, par une autre façon de voir, par une autre façon de penser, afin que nous puissions, ainsi enrichis, revenir à nous. Nous perdons beaucoup de temps et nous nous usons beaucoup à l'intérieur de nous-même à trouver les solutions en nous-même, alors que comme le dit Jésus, "La vérité n'est pas en vous, mais elle vient du ciel !" Elle est ailleurs et donc à recevoir. Et pour la recevoir, il faut pouvoir l'ac­cueillir. Et pour l'accueillir, il faut partir en prome­nade telle que je me quitte un moment pour aller vi­siter quelque chose que je connaissais pas et que je puisse revenir enrichi de cette vérité qui va me trans­former.

Beaucoup de gens se plaignent que Dieu n'est pas présent dans leur vie et que finalement il n'y a pas beaucoup d'interférences entre la vie divine et leur vie personnelle, mais c'est parce qu'ils sont enfermés, qu'ils soient ou non responsables de cet enfermement, le problème n'est pas là en termes de responsabilité ou de culpabilité le problème est d'accepter de me lâcher un moment pour recevoir une vérité qui n'est pas en moi, qui est pour moi mais qui est à chercher à l'exté­rieur de moi. C'est cela une vérité qui nous fait vivre.

Souvent nous sommes sourds parce que nous nous écoutons les uns les autres avec ces a priori, ces malentendus qui font que nous écoutons en fonction de nos propres préoccupations actuelles, à travers nos filtres. A juste parfois s'il faut nous défendre ou si la parole est agressive. Mais il est un fait que nos oreil­les, et plus profondément notre âme, est faite pour un autre voyage et non pour se contenter du paysage de notre seul intérieur mais pour visiter quelqu'un d'au­tre. C'est l'amour. Il est très difficile dans l'amour de ne pas écouter, sinon on n'aime pas. Vous avez en­tendu lorsque le Christ dit : "Celui qui vient du ciel", celui qui vient d'ailleurs "témoigne de ce qu'Il a vu" et pour le Christ il y a vraiment écoute du Père par le Fils, car le Fils est vraiment Celui qui visite complè­tement le Père et le Père est Celui qui visite complè­tement le Fils, afin que l'Un puisse témoigner de l'Autre. Donc le Fils témoigne du Père et vient à son tour témoigner de ce qu'Il a vu chez le Père. Et nous ne pouvons pas l'entendre si nous ne fréquentons pas ce qu'est le Fils c'est-à-dire ce qu'est le cœur du Père.

Que cet évangile nous dégage de notre surdité naturelle, de cette passivité engourdie dans laquelle nous tombons souvent, préférant ainsi tourner un peu en rond en nous-même, pour trouver l'issue qui sera toujours trop humaine. Alors que l'issue de notre vie n'est pas humaine, elle est en Dieu, elle est dans la vérité de Dieu. Et avant de venir en nous, la vérité de Dieu, doit être cherchée. Nous devons accepter un instant d'être dépossédés de nous-mêmes, sortis de nous-mêmes ce qui est un peu le symbole même de l'existence, pour pouvoir recevoir d'ailleurs la liberté profonde qui assure notre vie et notre salut.

 

 

AMEN

 

 
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