AU FIL DES HOMELIES

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QUE TOUS SOIENT UN

Ep 4, 1-16 ; Jn 17, 11 b+18-23

Jeudi de la deuxième semaine de l'Épiphanie – A

(18 janvier 1996)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

F

rères et sœurs, c'est sans doute une des grandes caractéristiques de l'histoire de l'Église du vingtième siècle ou du christianisme plus exactement du vingtième siècle, que d'avoir pris conscience de ce que l'on appelle : "Le scandale de la division des chrétiens". C'est un scandale non seule­ment, j'allais dire, pour la vitrine, pour l'extérieur. C'est un scandale non pas simplement parce qu'on ne donne pas l'impression de faire front commun face à l'athéisme, au matérialisme ou à tout autre tendance déviante par rapport à une destinée religieuse de l'homme mais, plus profondément et plus en vérité, c'est un scandale parce que le Christ n'a voulu qu'une chose c'est l'unité dans la communion de son Église. Et c'est peut-être cela que nous devons porter dans notre cœur durant tout ce temps pendant cette semaine de l'unité.

Le projet de Dieu sur le monde, sur sa créa­tion c'est précisément l'unité. Quand Jésus dit : "Que tous soit un", Il ne dit pas simplement : "Que les disciples soient un". Il dit : "Tous". C'est-à-dire que le but de Dieu lorsqu'Il crée le monde c'est de rassem­bler dans l'unité toute la création. C'est de faire que toutes les créatures spirituelles que ce soient les hommes, les anges que tous soient rassemblés dans le cœur de Dieu. Et par conséquent, avant même l'Église, avant même les disciples, avant même la fondation des premières communautés chrétiennes la seule préoccupation de Dieu c'est l'unité. L'unité de l'humanité tout entière et l'unité de la création tout entière. Or, l'instrument par excellence de cette unité c'est l'Église. Autrement dit le scandale de l'unité de l'Église est à un double titre. D'une part parce qu'elle ne joue pas son rôle d'être l'instrument de l'unité et deuxièmement parce que ne jouant pas son rôle de l'instrument de l'unité elle empêche d'une certaine manière de mieux percevoir que c'est l'unité qui est le rêve de Dieu. Quand les hommes ne s'entendent pas et que cela se manifeste par la violence, par la guerre cela nous scandalise énormément et pourtant, d'une certaine manière, la guerre est moins scandaleuse que la division des chrétiens car la guerre peut arriver entre gens qui ne croient pas, qui ne croient pas au dessein de Dieu de l'unité sur la création tout entière. La violence, le péché quand ils se déchaînent aveu­glent des gens qui ne sont pas encore nécessairement explicitement appelés à la connaissance du plan de Dieu de l'unité sur sa création mais nous, nous chré­tiens, lorsque nous brisons l'instrument même de l'unité mais, nous sommes exactement dans la posi­tion d'un artisan qui consciemment sachant ce qu'il devrait faire, cependant casse les outils qui Lui sont donnés pour réaliser ce qu'il devrait faire. Nous pé­chons doublement et contre le but et contre les moyens. C'est la raison pour laquelle ce scandale de l'unité est vraiment un scandale. Il est un scandale, pour nous d'abord, parce que cette unité que le Christ nous a donnée en mourant pour nous sur la croix qu'en avons-nous fait ? Mais il est un scandale aussi pour les hommes car d'une certaine manière il empê­che nos frères de mieux réaliser le dessein d'unité profonde et radicale que Dieu veut pour eux aussi. Cela je le dis non pas pour que nous culpabilisions d'une façon un peu insensée sur ce problème de l'unité de l'Église mais pour en marquer la gravité et l'ur­gence.

Vous savez, en effet, qu'après une période d'euphorie, mettons dans l'immédiat après guerre, on croyait que l'unité allait se faire très tôt et finalement assez rapidement. Vous savez qu'à une certaine épo­que on pensait que même avec l'Église anglicane ce n'était, peut-être, qu'une question d'une dizaine d'an­nées. Avec les autres confessions protestantes c'était un petit peu plus difficile et quant à l'orthodoxie, vous savez comment dans la première partie du pontificat de Jean-Paul II celui-ci a mis tout le poids de sa pri­mauté romaine pour essayer d'accélérer le mouvement même de l'unité avec nos frères des Églises d'Orient.

Et cependant, je ne sais pas si cela participe à la morosité générale qui a lieu en cette fin de millé­naire mais de fait, aujourd'hui, tous ces efforts de l'unité que nous croyions si bien avancés semblent comme, sinon mis au ralenti, mis en recul vis-à-vis des anglicans. Vous savez c'est le fameux problème de l'ordination du sacerdoce des femmes. Avec le protestantisme, on dirait qu'actuellement le protestantisme réformé de Luther et Calvin c'est un peu stationnaire et l'on n'en bouge pas trop. Quant aux efforts oecuméniques avec les Églises d'orient malgré la récente encyclique du Pape "Ut unum sint" vous savez très bien que tous les mouvements de chute du communisme ont en réalité aggravé la situation. Et c'est vrai qu'il y a eu des maladresses, je crois, pas uniquement du côté catholique, mais de part et d'autre et que cela dévoile que les chrétientés qui étaient sous régime communiste soviétique avaient besoin de l'aide et du soutien moral et spirituel et très efficace au point de vue diplomatique de 1'Église catholique et, le jour où ils découvrent la liberté et une certaine liberté d'action, ils sont un peu démunis et c'est aussi l'œcuménisme qui en prend pour son grade. Mais malgré cela, le problème reste entier c'est-à-dire : est-ce que oui ou non les communautés, les Églises, pas simplement dans leurs chefs mais dans tous ceux qui les composent veulent vraiment ce mystère de l'unité? Est-ce que nous avons le cœur suffisamment éveillé pour que le mot d'unité anime en nous une espérance qui ne soit pas simplement celle d'un vœu pieux mais qui soit le désir réel d'approfondir notre foi, notre identité, notre spécificité dans notre communion pour aller à la rencontre des autres ?

Car là encore, je remarque une chose, qui me paraît bien plus inquiétante que les apparentes reculades, c'est le fait que dans le complexe actuel nous vivions dans cette espèce de pseudo-œcuménisme, d'une sorte de libéralisme religieux à tous crins. Chacun finalement se bâtit ou se construit sa foi comme il peut. C'est le moyen le plus sûr de faire saboter tout. En effet, si l'œcuménisme a un sens encore aujourd'hui c'est précisément dans la mesure où chacune des confessions et chacun des membres dans chacune des confessions a suffisamment le souci de la vérité de sa foi, de l'héritage qu'il garde dans sa propre tradition pour que nous retrouvions par le biais de ce que chacun cherche à être vraiment lui-même dans sa foi, il rencontre l'autre dans ce qu'il est et, que là, on découvre les véritables chances d'un dialogue et d'une rencontre dans l'unité.

Vous voyez frères et sœurs, la tâche est im­mense et peut-être que dans un premier temps on a cru que les choses étaient trop faciles, on a cru que cela allait se négocier au niveau d'Église à Église, de montagne à montagne, mais en réalité ce n'est pas comme cela que ça se passe. En fait, l'œcuménisme actuel est un appel très fort adressé à chaque commu­nauté chrétienne, à chaque chrétien, à chaque Église pour que chacun fasse le chemin de la vérité et de la reconnaissance de ce qu'il est dans la foi et c'est seu­lement là que l'on peut rencontrer l'autre tel qu'il est dans la foi mais si chacun mise sur une espèce de négociation et de manière d'arrondir les angles pour que tout le monde puisse tenir dans la même maison cela ne sert à rien.

Alors que cette semaine de l'unité des chré­tiens ne soit pas simplement, l'occasion de renouveler d'année en année cette espèce de vœu pieux : "que tous soient un" comme si l'on n'y pouvait rien, mais qu'après tout on espère que les choses vont s'arranger un jour mais, que ce soit vraiment dans notre cœur cette décision dans la foi et dans la liberté de recon­naître vraiment qui nous sommes dans la foi et c'est seulement là, par cet effort réel et vrai, de découvrir le mystère même de Dieu non pas dans le confort d'une tradition acceptée plus ou moins bien, vécue passive­ment, mais dans la reconnaissance explicite du mys­tère de notre foi que nous découvrions qui nous som­mes, qui est notre Église et quelles sont les autres Églises pour qu'au moins dans cette étape de décou­verte de la vérité ce soit le début et la base d'une vé­ritable reconnaissance.

 

 

AMEN

 

 
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