AU FIL DES HOMELIES

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JOSEPH, L’INTENDANT PARFAIT

Gn 41, 1-8+14-16+25-31

(19 janvier 2006)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Sargé : La moisson

J

oseph, personnage riche en figures, Joseph préfiguration du Christ par la trahison qu’il a subie de la part de ses frères, l’arrestation, la mort, l’envoi en Égypte. Joseph représentant ce rapport complexe entre Israël et les nations, Joseph, l’homme aux songes, Joseph, l’intendant honnête, un homme qui, banni, se retrouve à la tête de tous les biens de Putiphar, même de son bien le plus précieux qui est sa femme, et qui ne trompe pas son maître, qui se fait arrêter, qui réussit en prison à devenir l’intendant du chef geôlier (il faut quand même le faire, c’est pas mal !). Et puis, je vous dévoile la suite que nous découvrirons dans quelques jours, Joseph qui devient l’intendant de pharaon. Joseph, l’homme aux songes.

Je trouve assez amusant de comparer avec vous ce matin, le rapport que nous pouvons faire entre Joseph l’homme aux songes, et Joseph l’intendant. Car enfin, autant Joseph réussit brillamment pendant l’intendance des biens qui lui sont confiés, autant, on ne peut pas dire que Joseph soit capable de se dépêtrer de cette qualité qu’il a reçu de Dieu, d’être capable d’expliquer les songes. Effectivement, si vous vous souvenez, au début du roman de Joseph, Joseph rêve, et ses rêves lui coûtent le bannissement. Comment se fait-il que cet homme qui est capable d’interpréter les rêves pour les autres, c’est ce qu’il va faire avec les deux intendants de pharaon qui sont en prison, c’est ce qu’il fait aujourd’hui avec pharaon, comment se fait-il qu’il ne soit pas capable d’interpréter ses propres rêves ? En écoutant cette histoire avec vous, je me disais, c’est vrai qu’il y a des gens qui ont des dons comme ça, dons de gouvernement, de prévoyance, dons de pouvoir juger les autres avec beaucoup d’intelligence, mais qui ne sont pas capables de se juger eux-mêmes, ne sont pas capables de se gouverner eux-mêmes, etc … Je trouve cela assez intéressant, parce que nous avons tendance à dire : commence à savoir te gouverner toi-même, et ensuite, tu me gouverneras moi. Joseph, en fait, c’est exactement l’inverse. C’est quelqu’un qui a reçu le don d’interprétation des rêves, qui n’est absolument pas capable d’interpréter ses propres rêves et qui est capable de le faire pour les autres. D’ailleurs, pourquoi Joseph n’a-t-il pas reçu un songe de Dieu avant cette intrigue avec la femme de Putiphar ? Pourquoi Dieu n’a-t-il pas envoyé un rêve juste avant que ses frères ne se saisissent de lui pour le perdre ?

Je crois que nous avons à faire ici au fait que nous ne recevons pas un don pour nous-mêmes. Joseph n’a pas reçu le don de lire et d’interpréter les rêves pour sa propre réussite personnelle, pour faire carrière, pour devenir effectivement maître de tous les biens de la terre d’Égypte ou de la terre d’Israël. Il a reçu un don pour les autres. Et je crois que pour nous, c’est pareil. Nous recevons des dons de la part de Dieu, mais nous sommes exactement comme un intendant qui reçoit les biens d’un maître, non pas pour lui, mais pour son maître. Ce qu’il doit faire, c’est faire fructifier des dons qui ne lui appartiennent pas en vue de les rendre totalement à son maître. Et Joseph, dans le fait qu’il soit l’homme aux songes, c’est-à-dire qu’il soit capable de lire les songes des autres, et pas les siens, c’est l’intendant parfait. Nous découvrons ainsi une autre figure de Joseph, non seulement préfiguration du Christ, non seulement le rapport entre les nations, mais aussi l’intendant honnête, l’intendant parfait dont il sera si souvent question dans beaucoup de paraboles évangéliques.

Joseph, c’est celui qui découvre que son salut ne passe pas par lui-même et pour lui-même, mais son salut doit d’abord passer par les autres pour lui revenir. C’est assez drôle qu’il soit capable de faire sortir de prison un homme, mais il n’est pas capable de se faire sortir de prison, et il lui dit : souviens-toi de moi quand tu seras auprès de pharaon. Souviens-toi de moi, c’est-à-dire, qu’il n’est pas capable de lui, de se sauver.

Frères et sœurs, que ce personnage de Joseph nous fasse méditer sur l’économie du salut. Effectivement, nous ne pouvons pas nous sauver par nous-mêmes, nous ne recevons pas des dons pour notre propre salut, mais le Seigneur nous les donne, afin que comme un intendant honnête, comme Joseph, nous sachions les mettre en pratique pour les autres, afin qu’un jour, le salut que nous avons donné aux autres nous revienne pour nous-mêmes.

 

AMEN

 

 

 
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