AU FIL DES HOMELIES

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L'UNITÉ EST DONNÉE AU BAPTÊME

Ep 4, 1-16 ; Jn 17, 11b+18-23

Jeudi de la deuxième semaine de l'Épiphanie – C

(18 janvier 2007)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

F

rères et sœurs, une fois n'est pas coutume, aujourd'hui c'est l'oraison que nous avons dite tout à l'heure qui m'a inspiré l'homélie. Peut-être que vous n'avez pas fait attention à l'oraison parce que la plupart du temps, ça nous passe au-dessus de l'esprit comme l'eau sur les plumes d'un canard. Cependant, cette oraison est très intéressante. Je crois qu'elle n'est pas ancienne, elle a été élaborée un peu dans le sillage de la théologie de Vatican II.

Elle commence comme ça : "Dieu éternel et Tout-Puissant, toi qui rassembles ce qui est dispersé et qui fait l'unité de ce que tu rassembles". On commence par une perspective presque philosophique, ce n'est pas simplement de la théologie, c'est presque de la théologie : que Dieu veut-Il pour le monde ? Il veut l'unité, mais il la veut d'une certaine manière, c'est que non seulement Il rassemble ce qui est dispersé, c'est le premier degré de l'unité, c'est comme lorsqu'on rassemble ses courses à Carrefour dans son caddie, c'est la première forme de l'unité, c'est ce que je vais présenter à la caisse, et ensuite : "Tu fais l'unité de ce que Tu rassembles". C'est plus subtil, tu fais l'ajustement les unes aux autres, des réalités que Tu rassembles. On fait ici un pas de plus, ce n'est pas simplement que Dieu rassemble toutes les brebis dans la bergerie en les poussant dans l'enclos, mais Il fait l'unité de ce qu'Il rassemble. C'est-à-dire qu'Il veut être lui-même le principe de l'unité de ce qu'Il rassemble. Un des comparaisons qui me vient à l'esprit, c'est la musique : il ne suffit pas de mettre des notes sur une portée, il faut que les notes aient une unité qui s'appelle la mélodie. Dieu veut être la mélodie de sa création, ce qui donne l'unité à ce qu'Il crée.

Près avoir fait cette considération générale, on demande à Dieu d'accomplir le programme : "Nous te prions d'unir dans la totalité de la foi et par le lien de la charité tous les hommes qu'un seul baptême a consacrés". Ici, on passe au plan théologique. L'unité qu'on veut ce n'est pas simplement l'harmonie et la beauté du monde, c'est la totalité de la foi pour l'Église et le lien de la charité. Deux remarques : totalité de la foi, cela représente plus qu'on ne peut demander. Aucun d'entre nous ne peut dire qu'il a la totalité de la foi. C'est une des convictions les plus anciennes de l'Église, c'est pour cela qu'elle s'appelle catholique. Pourquoi l'Église est-elle catholique ? parce qu'elle est faite pour la totalité. Ce n'est pas parce qu'elle possède la totalité, là, il y a souvent des ambiguïtés. C'est vrai que dans l'Église catholique existe la plénitude de la foi, mais la totalité de la foi, c'est un but à atteindre. Même à l'époque où il n'y avait pas vraiment de divisions, si tant est qu'il ait existé une époque où il n'y avait pas de divisions, je n'en suis pas sûr, parce que je crois que dès le début, quand on lit un certain nombre de passages de l'Apocalypse, on s'aperçoit très vite que les premières communautés dans certains endroits notamment autour d'Éphèse s'étripaient déjà gaiement. Mais à supposer qu'il y ait eu un moment où l'Église était parfaitement "une", la totalité de la foi n'était pas complètement réalisée, elle était offerte, elle était présentée mais il fallait que l'Église y réponde.

Il y avait toujours dans la totalité de la foi une sorte de tension, de mouvement vers. La prière que nous faisons au début de la semaine de l'unité, c'est celle-ci : ce n'est pas d'essayer de dire qui a la totalité de la foi, c'est presque impossible d'avoir la totalité de la foi. Même notre Église catholique garde en elle-même la totalité de la foi, mais elle ne l'a pas elle est "orientée vers", elle est "appelée à" et c'est très difficile. C'est encore beaucoup plus exigeant. Qui peut dire qu'il a la totalité de la foi.

Ensuite, le lien de la charité. Normalement, la charité ne se sépare pas car on aime ou on n'aime pas. Dans l'oraison, on demande le lien de la charité. C'est presque plus dramatique, car pour la foi, il y a toujours de l'espoir, pour la charité, on sait bien qu'on n'a pas le véritable lien de la charité. Cela montre bien où le bât blesse. Le problème de l'unité de l'Église, évidemment il y a la totalité de la foi et à des degrés divers dans les différentes communautés ecclésiales, mais il y a surtout le problème du lien de la charité, du lien de la communion, car la charité c'est la communion qui existe dans une Église quand elle célèbre le mystère de son appartenance à Dieu dans le Christ. Là, le lien de la charité est blessé, abîmé et l'on ne peut pas dire : c'est toi et ce n'est pas moi ! Nous portons tous le péché qui a blessé l'absolu de la charité divine, et c'est autre chose. Et cependant, c'est pour cela que cette oraison est très bien faite, après avoir vu que nous étions tous en tension vers la totalité de la foi, que c'était la plénitude et l'absolu de la charité qui avait été touchée, on dit quand même "unir par le lien de la charité tous les hommes qu'un seul baptême a consacrés".

C'est intéressant que l'on termine par les sacrements, par le baptême. Pourquoi ? C'est tout le problème de l'unité, et je vais terminer par cela. Le sacrement de baptême c'est l'acte par lequel Dieu dit à travers un geste ministériel (Je te baptise au nom du Père, du Fils et de l'Esprit), Dieu dit tu es mien. Dans le geste du baptême, Dieu anticipe l'unité, Il la donne comme un don sur lequel Il ne reviendra pas. Peut-être qu'après, quand on a reçu le don du baptême pour être agrégé dans l'unité que Dieu veut, peut-être qu'on n'est pas à la hauteur du point de vue de la foi, on sera sûrement pécheur au plan de la charité, mais il a donné le baptême. Là-dessus, ce n'est pas négociable.

Ce qui fait le lien qui tient encore malgré le péché, malgré les divisions, c'est la consécration que Dieu a donnée par le baptême en disant : à partir du moment où vous êtes consacrés par le baptême, je vous veux dans l'unité, dans la totalité de la foi et dans le lien de la charité. C'est pour cela que le baptême est le problème de l'unité des chrétiens, le problème de l'unité, c'est le problème de ceux qui ont reçu le signe que Dieu veut nous rassembler dans l'unité. C'est pour cela que la division est scandaleuse, car nous portons le signe de l'unité, nous ne la vivons pas mais nous en portons le signe. C'est cela l'œcuménisme. C'est d'abord reconnaître ce que le baptême a marqué en nous, et même si j'ai été baptisé par des pentecôtistes, ou des évangélistes ou autre chose, en réalité, je suis marqué du signe de l'unité.

A partir de ce moment-là, en me marquant Dieu a anticipé en moi que je suis fait pour l'unité même si je ne suis pas à la hauteur. Imaginons, ce qui est très difficile, que toutes les Églises soient réunies dans la communion de la foi et la tension vers la totalité de la foi, et dans le lien de la charité, je crois qu'il faudrait continuer à dire cette oraison. En réalité, le mystère de l'unité, même si toutes les Églises étaient réconciliées, c'est le mystère de cette anticipation de l'unité que Dieu veut par rapport aux pauvres moyens que nous essayons de mettre en œuvre pour la réaliser concrètement. L'unité n'est pas au choix, c'est la première marque et la première orientation que nous recevons lorsque nous sommes baptisés. Lorsqu'on est baptisé, on est fait pour l'unité. On le vit mal, on ne s'en rend pas compte, on n'essaie pas de le réaliser, c'est notre péché, et cependant, c'est donné. Quand Dieu a donné l'orientation de l'unité, ce qu'on demande au début de l'oraison : "Tu rassembles toutes choses selon l'unité que tu veux", quand il a donné cette unité, Dieu n'y revient plus. C'est acquis.

C'est pour cela que le problème de l'œcuménisme aujourd'hui est si irritant parce que Dieu a fait le geste en direction de l'unité, et on ne peut pas y revenir. Nous sommes marqués par cette intention que Dieu veut ressembler toutes choses dans l'unité. Mais en même temps, chacun d'entre nous vit en deçà de la grâce du geste du baptême qui nous a été donné. C'est une immense espérance. A partir du moment où Dieu a signé le bon à livrer, il est signé, Il ne reviendra pas là-dessus. C'est pur cela qu'on lit l'évangile de Jean, le Christ qui prie au moment de sa mort : "Que tous soient uns". C'est presque comme si le Christ donnait l'ordre à son Père : que tous soient uns ! L'unité n'est pas négociable. Après évidemment, cette unité, cette intention et ce vouloir d'unité de Dieu est livrée aux limites et au péché des hommes, mais cela n'empêche que c'est donné.

Frères et sœurs, c'est à la fois l'occasion de rendre grâces pour la fidélité de Dieu, quand Il a donné, Il ne revient pas sur le don, et en même temps d'essayer de reconnaître comment chacun d'entre nous, dans toutes les communautés, dans toues les Églises, dans toutes les communions dans différentes manières, nous essayons de réaliser ce sceau de l'unité qui nous a té donné à notre baptême, de le mettre en œuvre, chacun à sa place par des moyens extrêmement modestes, mais que ce soit réalisé.

 

AMEN

 

 

 
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