AU FIL DES HOMELIES

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 DE GLOIRE EN GLOIRE

2 Co 3, 7-8+17-18 ; Mc 1, 14-20

(16 janvier 1989)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

De gloire en gloire

J

 

e voudrais insister sur le texte de la deuxième épître aux Corinthiens où saint Paul nous affirme que l'Esprit du Seigneur est la liberté et nous conduit "de gloire en gloire" jusqu'à la transformation en l'image de Dieu.

Pour cela saint Paul part du récit de l'Exode. Lorsque Moïse, sur la montagne recevait de Dieu les commandements de la Loi, lorsque Moïse parlait ainsi "face à face avec Dieu", il recevait sur son visage comme une empreinte de la présence de Dieu, un rayonnement. Et ce rayonnement, pourtant extérieur, passager car petit à petit ce rayonnement s'atténuait à mesure que le moment de la rencontre s'éloignait dans le temps, ce rayonnement visible était si fort, si intense que les enfants d'Israël ne pouvaient pas fixer leur regard sur le visage de Moïse quand il redescendait de la montagne et ils lui demandaient de recouvrir son visage d'un voile pour qu'ils puissent s'approcher de lui et parler avec lui.

Par conséquent, le fait d'être choisi par Dieu, comme c'est le cas de Moïse, pour être l'intermédiaire entre Dieu et les hommes remplissait déjà Moïse d'une lumière tangible visible qui rayonnait sur son visage. Et saint Paul ajoute : "à combien plus forte raison pour nous qui ne sommes pas simplement chargés d'une mission par Dieu", qui n'avons pas seulement à rencontrer Dieu pour recevoir de Lui la Loi, mais qui sommes remplis intérieurement, au moment de notre baptême, par l'Esprit de Dieu, par Dieu Lui-même, Dieu qui vient habiter en nous. Par conséquent notre visage doit être bien plus rayonnant de la gloire de Dieu que ne l'était le visage de Moïse, puisque pour nous il s'agit d'une présence vivante de Dieu en nous, d'une transformation réelle de notre être. Ce n'est pas simplement que Dieu nous parle pour nous envoyer à nos frères, mais, à l'intérieur de nous-mêmes, Dieu nous transforme, nous transfigure.

Par conséquent, nous allons nous avancer "de gloire en gloire", c'est-à-dire d'une gloire commençante à une gloire toujours plus grande. Seulement cette gloire n'est pas rayonnante sur notre visage d'une manière sensible et visible, comme pour Moïse, mais c'est une gloire intérieure, une gloire spirituelle. Ce qui ne veut pas dire quelque chose de moins vrai ou de moins accessible, mais au contraire quelque chose de bien plus profond, puisque c'est notre être, dans sa racine qui est glorifié et pas simplement les traits de notre visage. "Nous sommes transformés de gloire en gloire" c'est-à-dire que, petit à petit, nous sommes transfigurés à l'image de Dieu. "Nous réfléchissons comme en un miroir l'image du Seigneur et nous sommes transformés en cette même image par l'Esprit Saint."

Et en quoi consiste cette image de Dieu, en quoi consiste cette transformation à la ressemblance de Dieu ? En ce que nous sommes libres, "car là où est l'Esprit, là est la liberté" ajoute saint Paul. La liberté n'est pas la possibilité de faire ceci ou cela, d'aller à droite ou à gauche, la liberté c'est la libération profonde de notre cœur par rapport à toutes les entraves. Non pas d'abord les entraves que nous subissons des autres, mais celles que nous nous faisons subir à nous-mêmes, ces entraves que nos passions, nos désirs, notre manque d'autonomie spirituelle nous imposent. L'Esprit nous libère en ce sens qu'il nous permet de nous épanouir totalement dans notre être d'enfant de Dieu, image de Dieu. L'Esprit nous renouvelle intérieurement, nous arrache à toutes ces entraves que nous nous imposons par notre indifférence à ce Dieu présent en nous. L'Esprit nous libère c'est-à-dire nous rend capables de marcher dans le sens de Dieu, dans le sens de l'amour de Dieu.

Et cette liberté spirituelle, cette liberté intérieure peut coexister avec des situations de captivité, de persécution. Et c'est cela que nos frères, aujourd'hui, dans les goulags et tant d'autres endroits où ils sont persécutés, connaissent une liberté plus profonde que la servitude, une liberté que rien ne pourra jamais anéantir. Et à travers l'histoire, tous les chrétiens qui ont été persécutés, déchirés, ont connu cette liberté de l'esprit dans leur cœur.

Après la persécution de Dioclétien, la plus terrible que l'Église ait connue au début du quatrième siècle, le pape Marcel premier a voulu restaurer son Église, la mettre en ordre. Or il ne l'a pas fait de manière autoritaire par des sanctions ou des punitions, mais à partir de la miséricorde en voulant rendre largement le pardon à tous ceux qui n'avaient pas su résister suffisamment à la persécution. Et voilà que des chrétiens plus exigeants ou qui se croyaient tels se sont révoltés contre lui et sont allés jusqu'à le livrer à l'empereur, le dénoncer à l'empereur. Saint Marcel a été condamné d'une façon assez ignominieuse car on avait transformé sa cathédrale en écurie et on l'avait obligé à y servir comme palefrenier. Au milieu de ces humiliations Saint Marcel a su rester libre parce qu'il était habité par le Saint Esprit. Quelles que soient les conditions dans lesquelles on nous impose de vivre, le cœur peut rester libre s'il est enraciné dans l'amour de Dieu. Sachons nous laisser guider par cet Esprit pour être véritablement libres dans notre cœur et dans toute notre vie.

 

AMEN

 

 
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