AU FIL DES HOMELIES

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GALILÉE DES NATIONS

Gn 25, 20-34 ; Mt 4, 12-17

Lundi de la deuxième semaine du temps de l'Épiphanie – A

(16 janvier 1984)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

C

 

e genre de petit passage de l'évangile, je le comparerai volontiers à l'ornementation de petits morceaux d'architecture dans une église romane ou une église gothique : quelques feuilles ou un tout petit motif sur un chapiteau ou à la hauteur d'un pilier, quelque chose de très simple comme une sorte de frise qui va revenir tout le temps tout au long de l'évangile et qui, au premier abord, ne frappe pas le regard, ne paraît pas comme quelque chose d'essentiel et qui, pourtant,est indispensable pour que le monument prenne toute sa beauté et toute sa consistance. Tout l'art de la décoration c'est précisément de pouvoir mettre à certains endroits tel ou tel petit motif qui attire l'œil sans surcharger l'ensemble, sans alourdir le mouvement même de l'architecture globale et simplement pour l'illuminer, pour l'éclairer, pour le souligner, pour réjouir le regard.

Je crois que Matthieu a utilisé cette petite citation du prophète Isaïe dans le même but. Apparemment il s'agit d'une citation banale. Puisque Jésus commence son ministère en Galilée, on cite un passage d'Isaïe qui concerne la Galilée : "Sur la Galilée des nations, une lumière s'est levée. Le peuple qui était assis dans les ténèbres a vu resplendir-une grande lumière." Cela devait sans doute répondre à des préoccupations. Pourquoi le Christ, qui est Fils de David, avait-il commencé son ministère en Galilée ? En effet, il sera surnommé le Galiléen (saint Matthieu en a parlé ailleurs), et d'une certaine manière, c'était un discrédit porté sur la figure du Messie parce qu'il n'était pas de la Judée, de Jérusalem où, là, on était sûr que le sang juif était pur. Tandis qu'en Galilée, c'était une région qui n'avait pas très bonne réputation. La Galilée se trouve sur un grand chemin commercial et la population y avait assez mélangée depuis tous temps mais spécialement depuis l'Exil, depuis le moment où tout le royaume du Nord avait été dévasté, vers les années 721. Les habitants de Judée tenaient dans un certain mépris, non seulement les samaritains, là c'était clair, c'étaient des populations déportées qui avaient fabriqué elles-mêmes leur religion, mais les Galiléens, même s'ils n'étaient pas hérétiques n'étaient pas de la race tout à fait pure, tout à fait noble, se rattachant à la tribu de Juda. Par conséquent, que le Messie ait des attaches avec la Galilée, voilà qui était troublant.

Or, précisément ce que Matthieu veut nous faire pressentir c'est que les attaches galiléennes du Christ sont là pour nous manifester la véritable dimension du salut qu'Il nous propose. Le salut est promis à Israël parce que Dieu s'est engagé vis-à-vis d'Israël Mais le salut sera manifesté dans un lieu où, précisément, déjà se côtoient Israël et les nations. C'est cela le grand mystère. Le Christ, au moment même où Il se manifeste, fait luire son soleil sur Israël et sur les païens. La grande lumière a resplendi sur la Galilée qui est le "melting-pot" de toute cette population de la région. Tout s'y mélange à tel point qu'en Galilée, certaines cités étaient juives à l'état pur, comme par exemple Nazareth, mais à quelques kilomètres de là il y avait une cité purement païenne Sephoris. De la même manière Capharnaüm était plutôt de population juive et à quinze kilomètres de là, Tibériade était une ville toute neuve, païenne, entièrement construite en l'honneur de l'empereur Tibère. Ce que Matthieu veut nous faire pressentir, c'est que Jésus vient pour sauver tous les hommes.

C'est pour cela que ce simple petit motif enchâssé à cet endroit du récit de l'évangile, nous ouvre déjà toutes les perspectives. Vous comprenez alors pourquoi, à la fin de l'évangile, Jésus donne rendez-vous à ses disciples en Galilée car de même que la lumière du Royaume a jailli sur les habitants de Galilée, "Convertissez-vous, car le Royaume est proche !" de même la lumière de la Résurrection, même si le Christ "s'est levé" à Jérusalem, cette lumière doit commencer à rayonner, en Galilée parce que c'est là qu'est manifestée l'invitation, l'adresse à toutes les nations.

Ainsi, pour Matthieu, ces deux petits motifs de la Galilée, au début et à la fin de son évangile, sont très importants. Galilée, cela veut dire rassemblement de tous les peuples. C'est la promesse de l'achèvement du dessein de Dieu qui veut véritablement réunir en un seul peuple les deux qui se détestaient d'une grande haine, les juifs et les païens.

On dit souvent que Matthieu a écrit son évangile pour des communautés juives. C'est bien possible, et c'est peut-être pour cela qu'il faut faire très attention. Matthieu souligne tout ce que Jésus a fait pour les membres de son peuple. Mais je pense que deux petits textes comme ceux-ci, l'annonce du salut qui resplendit sur la terre de Zabulon et de Nephtali et le Christ qui rassemble ses disciples pour la dernière fois en Galilée, avant son Ascension, ces deux textes-là, pour ainsi dire, encadrent l'évangile. Donc, il ne faut jamais les perdre de vue. Jésus part de la Galilée et Il reviendra en Galilée pour remonter auprès de son Père. Dans tout le circuit, c'est toujours l'universalité du salut qui est visée.

Nous qui sommes des païens, qui sommes des chrétiens issus de la gentilité, demandons au Seigneur que se lève vraiment sur notre cœur, dans notre vie, cette lumière qu'il a fait resplendir "sur les habitants du sombre pays".

 

AMEN

 
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