AU FIL DES HOMELIES

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TERRE DE ZABULON, TERRE DE NEPHTALI

Pv 1, 20-26+32-33 ; Mt 4, 12-17

Lundi de la deuxième semaine de l'Épiphanie – B

(14 janvier 1985)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

T

 

erre de Zabulon, terre de Nephtali, chemin de la mer..." Je crois que les premières communautés chrétiennes devaient être extrêmement frappées de la différence entre la prédication de Jean-Baptiste et celle de Jésus. En effet, pour faire entendre sa voix, Jean-Baptiste s'est retiré dans le désert. Il est allé dans la solitude et curieusement, et c'est là peut-être le caractère tout à fait propre de sa parole prophétique, cette voix qui criait dans le désert, dans les fourrés du Jourdain, dans des endroits que personne ne fréquentait, en réalité, par la puissance de l'Esprit Saint, a reçu un tel écho que les foules venaient nombreuses pour se faire baptiser par Jean. La mission de Jean est quelque chose de tout à fait extraordinaire au sens où elle commence dans la solitude, dans le désert, et que là, cette voix suscite, prépare, rénove, guérit le peuple bien disposé pour le Seigneur.

Or la prédication de Jésus de Nazareth, elle, ne commence pas au désert, elle ne commence pas au Jourdain. Jésus, sachant que Jean avait été livré, se retire en Galilée dans les confins de la terre de Zabulon et de Nephtali, sur la voie de la mer. On aurait pu s'attendre à ce que Jésus s'en aille à Jérusalem, directement pour faire entendre sa parole au milieu de son Temple. Cela aurait fait très bien pour un messie d'inaugurer immédiatement sa prédication en plein cœur du Temple, manifestant ainsi qu'Il prenait possession du Temple et que tout Jérusalem devait se retrouver à l'abri sous la parole du messie, et ainsi découvrir la véritable identité de Celui qui lui était envoyé par Dieu.

Or ce n'est pas du tout comme cela que ça s'est passé. Jésus a commencé à prêcher le Royaume de Dieu dans une terre extrêmement agitée. En effet, la terre de Zabulon et la terre de Nephtali sont des tribus tout au Nord. Et la Galilée, c'est la Galilée des Nations, c'est la Galilée du brouhaha, la Galilée du charivari. Sans arrêt, cette terre a été le lieu des invasions. Elle est la voix de la mer, le chemin de la mer, c'est-à-dire elle est sur la voie de communication entre l'Egypte et la Mésopotamie. C'est le lieu du commerce, le lieu où vit toute cette force de l'échange humain, c'est le lieu des guerres où se déchaîne toute la violence humaine. La Galilée, c'est ce qu'il y a de très humain, trop humain dans notre humanité. C'est cette espèce de force que l'homme essaie de manifester à travers son comportement pour se faire sa place au soleil. C'est là que se déchaînent et que s'agitent les forces les plus obscures de notre vie humaine. Et cependant, curieusement, c'est là que le Christ choisit d'annoncer sa Parole et la venue du Royaume.

La terre de Zabulon, la terre de Nephtali, la voie de la mer, ce sont les religions mélangées, ce sont les païens mélangés avec le peuple juif, c'est, au point de vue religieux, tout cet effort bouillonnant de l'humanité pour essayer de discerner quelque chose du visage de Dieu. Et du point de vue de Jérusalem, c'était vraiment cette réaction qu'a eue un des premiers disciples de Jésus : "De Nazareth, de ce pays-là, qu'est-ce qui peut sortir de bon ?"

Précisément, c'est cela le paradoxe de la prédication chrétienne et de l'annonce du Royaume, c'est que le Christ a choisi de commencer à proclamer son Royaume dans cette terre. Il est vraiment, comme nous le disait tout à l'heure le livre des Proverbes : "La Sagesse qui s'est assise à la croisée des chemins". C'est bien cela la Galilée c'est la croisée des chemins. Et là, la Parole de Dieu a retenti.

Frères et sœurs, pour nous aussi, il y a toute une part de nous-même, du milieu dans lequel nous vivons, de nos réactions les plus spontanées qui sont la Galilée. Il y a en nous tout un environnement galiléen, et autour de nous aussi. Nous vivons dans un monde en perpétuel brassage, en perpétuel mélange, en perpétuel échange, en perpétuel mouvement, brouhaha et charivari. Et curieusement, toujours à un moment où l'on ne s'y attend pas, au milieu de ce bruit qui à première vue nous semble tellement fort qu'il devrait nous étourdir ou nous étouffer, surgit la parole de la Sagesse : "Venez à Moi, vous tous qui Me cherchez !" Au milieu de cette Galilée des Nations, au milieu de la voie de la mer, à la croisée des chemins, tout à coup, sans qu'on s'y attende, la Parole de Dieu se fait entendre et résonne de façon tout à fait extraordinaire, profonde et belle.

Que nous chrétiens, nous soyons véritablement les témoins de cette Parole de Sagesse et de lumière qui se lève, à tout moment et sans qu'on s'y attende, au cœur de monde, et qui le bouleverse, et qui change sa vie, comme le Christ a bouleversé la vie des habitants de Galilée.

Et que nous ayons aussi cette grande délicatesse du cœur, cette grande finesse spirituelle pour discerner les moments où la Parole de Dieu, où la Sagesse parle et où elle transfigure le cœur des hommes, le cœur de nos proches. Et qu'alors, dans notre cœur à nous et dans notre vie à nous, ce soit ce grand mouvement, ce grand chant d'action de grâces. Que nos eucharisties soient simplement ce moment où l'on peut rendre grâces et célébrer tout ce que la Sagesse a fait lorsqu'elle a proclamé la Bonne Nouvelle de sa lumière et de sa venue dans la terre de Zabulon et dans la terre de Nephtali, sur le chemin de la mer.

AMEN

 
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