AU FIL DES HOMELIES

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VOIR ET CROIRE

Os 1, 1-6+8-9 ; Mt 3, 13-17

Lundi de la deuxième semaine de l'Épiphanie – B

(11 janvier 1988)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

E

t moi J'ai vu et je témoigne que Celui-ci est l'Elu de Dieu." Si saint Jean a voulu mettre dans la bouche de Jean-Baptiste ces paroles par lesquelles il affirme qu'il est vraiment le témoin, qu'il a vu "les cieux s'ouvrir" c'est parce que ce témoignage est vrai et qu'il nous invite à l'entendre et à le croire. Et j'ai envie d'entendre cette phrase comme une certaine définition de la foi. Le problème n'est pas de comprendre ce qu'est Dieu ou ce qu'est son Fils, mais de voir réellement ce Fils et d'en rendre témoignage.

Lorsque Jean baptise Jésus dans l'eau, communie à sa présence, entend le Père dire : "Celui-ci est mon Fils bien Aimé" et voit l'Esprit descendre, ce n'est pas sa raison qui l'emporte et qui lui fait dire qu'Il est l'élu de Dieu, mais c'est le fait qu'il le voit. Et ainsi il peut en rendre témoignage. La foi de Jean-Baptiste,qui est comme un prélude à la nôtre, s'articule sur la vision du Christ Lui-même. Il est vrai que, dans tout l'évangile de Jean, Jésus va tout doucement essayer de préparer l'intelligence des hommes autour de Lui, non plus à comprendre le dessein de Dieu ou son mystère propre, mais à croire en lui. Il ne s'agit pas dé démissionner de sa raison ou de ce que nous pouvons essayer de comprendre par l'intelligence, mais d'y rentrer non plus glorieusement ou orgueilleusement avec cette raison, mais avec humilité comme dans une rencontre avec Quelqu'un. Ce ne sont plus simplement des idées ou des récits ou une histoire, mais le face-à-face avec un Visage, avec un regard, avec une incarnation de Dieu.

Et cette Incarnation de Dieu peut donner la foi. Cette vision même, cette rencontre de Dieu qui s'incarne en Jésus-Christ, Dieu parmi les hommes, elle seule peut éveiller et jaillir dans notre cœur ce flot même de la foi. Alors pour nous qui sommes comme longtemps après cet événement du baptême, nous avons à revenir à la source même de notre vie de foi qui n'a pas été le fruit de notre histoire personnelle, mais le fruit d'un don de Dieu. Cette foi est comme le fruit de l'opération que Dieu a faite en nous, est le fruit de notre rencontre avec Jésus, dans sa chair d'homme, dans son être de Dieu, avec notre cœur d'homme. La foi que nous avons aujourd'hui n'est pas un résultat, plus ou moins bien réussi, d'une éducation ou d'une tradition, mais un face-à-face avec la chair même du Christ, avec l'Esprit qui descend et le Père qui déclare sa manifestation.

Quand beaucoup déclarent qu'ils ne peuvent croire car ils ne comprennent pas, il est vrai que, comme dit saint Augustin, "il faut d'abord croire et comprendre", mais souvent il y a entre la foi et la compréhension même du mystère comme un long décalage douloureux. Mais il y a comme un abandon nécessaire qui prélude à la réception de la foi de Dieu, afin que, le voyant, nous puissions nous aussi, non seulement le comprendre mais en rendre témoignage. Pour nous ici qui sommes croyants, demandons par l'intercession de Jean-Baptise de découvrir en nous cette source de la foi qui ne vient pas de nous mais qui vient de Lui. Découvrons ce trésor que souvent nous laissons tarir, dont nous pouvons parfois douter, mais qui est la preuve de l'existence du cœur de Dieu dans notre cœur d'homme, puisque c'est ce cœur de Dieu qui nous donne de croire en Lui. Alors vraiment nous serons des témoins et nous pourrons dire que Jésus est le Christ, est le Fils de Dieu.

 

 

AMEN

 

 
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