AU FIL DES HOMELIES

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CONSÉQUENCES DU BAPTÊME DE JÉSUS

1 R 1, 1+5-10 ; Mc 1, 9-15

Lundi de la deuxième semaine de l'Épiphanie – A

(11 janvier 1993)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

N

ous avons lu hier le récit du baptême du Christ dans l'évangile de saint Matthieu qui insistait surtout sur la relation entre Jean et Jésus. Le récit de saint Marc que nous venons d'en­tendre centre tout cet événement sur la personne même de Jésus. C'est Jésus qui "voit l'Esprit descen­dre sur Lui". La parole du Père s'adresse personnel­lement à Jésus : "Tu es mon Fils bien-aimé, Tu as toute ma faveur !"

Dans ce récit il y a une autre caractéristique, c'est le mot que Marc emploie au moment où l'Esprit va descendre sur Jésus, "Jésus voit les cieux se déchi­rer." Ce déchirement des cieux est une référence à la fermeture des cieux au moment du péché du premier homme. Quand Adam s'est détourné de Dieu, quand il a voulu "être comme Dieu" par ses propres forces au lieu d'accepter cette dépendance d'amour dans la­quelle il se trouvait à l'égard de son Créateur, alors il s'est exclu lui-même du paradis. Et nous dit le livre de la Genèse, "le paradis a été fermé par la flamme de l'épée tournoyante que tenait en sa main l'ange de Dieu." Le paradis fermé, les cieux, la demeure de Dieu où l'homme vivait dans l'intimité avec Dieu, se trouve clos. Le paradis échappe totalement aux prises de l'homme qui se trouve ainsi rejeté hors de la fami­liarité de Dieu. Non pas par une punition que Dieu lui infligerait, mais par cette rupture que lui-même, par son péché, a instaurée avec l'amour de Dieu. L'homme s'est exclu de l'amour en voulant être seul, en voulant l'autonomie de son orgueil, en voulant, par lui-même, décider ce qui est le bien et le mal, choisir le sens de sa vie. Par là même l'homme s'est éloigné de Dieu, il s'est rendu étranger à Dieu. Et symboli­quement nous disons que le paradis, le ciel a été fermé.

Au moment du baptême du Christ, "le ciel se déchire" c'est-à-dire que ce voile opaque qui séparait l'homme de Dieu se trouve brisé, rompu. Et l'Esprit de Dieu descend sur Jésus, et à travers Jésus, sur l'humanité tout entière, pour restaurer cette com­munication entre Dieu et l'homme que le péché avait interrompue. Désormais, grâce à l'Incarnation ré­demptrice de Jésus, et le caractère rédempteur de cette incarnation se noue au moment du baptême où Jésus se met au nombre des pécheurs en prenant sur Lui le péché du monde, grâce à cette incarnation rédemp­trice de Jésus qui se met au nombre des â pécheurs pour nous sortir de notre péché, la relation entre Dieu et l'homme est rétablie, les cieux fermés sont ouverts.

Saint Marc ajoute une autre notation qui va dans le même sens. "Aussitôt l'Esprit pousse Jésus au désert où Il était avec les bêtes sauvages, et les anges le servaient !" Cela ne veut pas dire que Jésus était au milieu du danger, des lions, des tigres et des animaux féroces.

Cela, au contraire, est une allusion à cette prophétie d'Isaïe qui dit que : "Lors de la venue du Messie, le loup habitera avec l'agneau, la panthère se couchera avec le chevreau, la vache et l'ours paîtront ensemble, le lion comme le bœuf mangera de la paille et le nourrisson jouera sur le nid de la vipère." C'est dire qu'alors sera rétablie cette harmonie du monde primitif, cette harmonie du paradis originel avant le péché de l'homme et que même la création non hu­maine, serait remplie de cette grâce de Dieu. Cette prophétie symbolique d'Isaïe parle donc d'une sorte d'extension de la présence de Dieu, de la pacification de Dieu, à la nature tout entière qui s'accorde avec le cœur de l'homme pacifié lui-même par le pardon di­vin, par la rédemption de Dieu.

Quand les cieux s'ouvrent, se déchirent, quand le paradis est de nouveau à la portée de l'homme, quand, par le baptême de Jésus, l'homme est réconcilié avec Dieu, cette réconciliation déjà s'ébau­che pour l'univers tout entier. Et c'est pourquoi Jésus se trouve au désert, avec les bêtes sauvages et les an­ges. C'est dire que tout l'univers est réconcilié, depuis ce qui est le symbole de la violence jusqu'aux anges qui sont le symbole de l'adoration de Dieu. Tout cela ne fait plus qu'un seul univers dans la paix de la pré­sence de Dieu.

Bien entendu, il ne s'agit, là encore, que d'un commencement, que d'une ébauche, que d'une promesse. Ce qui s'inaugure par le baptême de Jésus ne s'accomplira pleinement qu'à la fin des temps, mais déjà la victoire est accomplie, déjà, par Jésus, Ie mal, le péché et Satan sont vaincus, déjà, par Jésus, l'amour de Dieu est rétabli entre Dieu et les hommes, entre les hommes, les animaux et l'univers tout entier.

Vivons dans cette espérance, nous qui connaissons encore ce monde violence, ce monde de péché, vivons dans cette certitude que, par Jésus, la victoire est déjà accomplie et que, déjà, les prémices du Royaume à venir sont en train de naître dans notre cœur et au cœur de notre monde.

 

AMEN

 

 

 
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