AU FIL DES HOMELIES

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RÉCONCILIÉS EN DIEU PAR JÉSUS

Gn 12, 1-9 ; Mc 1, 9-15

Lundi de la deuxième semaine de l'Épiphanie – A

(15 janvier 1996)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

N

ous commençons aujourd'hui la lecture cou­rante de l'évangile de saint Marc, qui nous retiendra pendant plusieurs semaines. Notre lecture commence par le début de cet évangile et nous place dans l'ambiance du baptême du Christ, que nous célébrions déjà hier. C'est le génie propre de saint Marc que de condenser, en quelques mots vifs et si­gnificatifs, de nombreux développements. Nous avons ainsi, en ces quelques versets, tout à la fois le baptême du Christ, sa tentation au désert et sa première prédi­cation.

En ces quelques lignes, Marc nous rapporte plusieurs détails qu'il est le seul à évoquer. Concer­nant l'événement du baptême du Christ, il nous mon­tre que Jésus n'est pas seulement celui qui est baptisé, mais qu'Il est aussi celui qui reçoit la théophanie. C'est Jésus qui voit l'Esprit descendre sur Lui comme une colombe, c'est Lui qui entend la voix Lui dire :"Tu es mon Fils bien-aimé". Dans les autres évangi­les, ces manifestations s'adressaient à Jean-Baptiste (évangile de Jean) ou à la foule (évangiles de Luc ou Matthieu). Est-ce à dire que, chez saint Marc, la foule n'est pas associée à cette manifestation qui n'est pas publique ?

Je ne crois pas que Marc veuille écarter la foule de cette révélation. Il veut plutôt insister sur l'aspect intérieur et personnel de l'événement. Ce n'est pas seulement pour les foules que Jésus est désigné comme le Fils bien-aimé. C'est une parole d'intimité, de tendresse, que le Père Lui adresse. "Tu es mon Fils bien-aimé". C'est comme un ressourcement de Jésus dans son intimité avec le Père, au moment où Il va commencer sa vie publique et sa prédication. Réguliè­rement d'ailleurs, nous voyons Jésus se retirer dans le désert pour passer la nuit en prière. Avant l'appel des disciples, saint Marc nous dit que Jésus traverse toute la nuit dans la prière. On a alors l'impression que cette prière l'enveloppe, l'enserre, Lui sert presque de véhi­cule pour traverser la nuit du monde. Pour Jésus, la prière est un contact intime avec le Père, elle est la source de tous ses actes, de toutes ses paroles, de tous les événements de sa vie. C'est le moment permanent et essentiel où Jésus se retrouve lui-même dans sa vérité la plus profonde, celle d'être le Fils bien-aimé du Père, l'intime du Père, l'image parfaite du Père, l'objet de son Amour, celui qui n'existe que par Lui et pour lui.

Dès le début de son évangile, saint Marc in­siste donc sur cette relation si profonde du Fils avec le Père, relation qui constitue toute la vie éternelle de Dieu, toute la vie de la Trinité. Cette relation est aussi, d'ailleurs, la source, la base, l'explication, de l'évangile, de l'Église, de l'histoire du monde. Mais en même temps qu'il insiste sur le caractère personnel de cet enracinement dans le Père, de cet enracinement de la vie de Jésus dans le Père, Marc nous dit que les cieux se déchirent pour laisser passer l'Esprit comme une colombe. Les cieux étaient fermés, verrouillés par le péché de l'homme, par son refus de Dieu. Comme le dit la Genèse de manière imagée, la flamme d'une épée tournoyante empêchait l'accès à la vie. L'homme s'était lui-même coupé de la vie par son refus de l'amour de Dieu. Or, voici que par le baptême de Jé­sus, les cieux se déchirent, qui s'étaient fermés. saint Paul dira que Jésus a déchiré la cédule de notre condamnation. Nous nous étions condamnés nous-mêmes, mais Jésus nous a libérés par son sacrifice.

Les mots employés par saint Marc sont les mêmes, qui disent que la relation est rétablie entre Dieu et l'homme. Ce qui était fermé, verrouillé par le péché de l'homme, voici que cela est rouvert par un Amour plus grand que ce refus d'Amour. Et c'est cet Amour infini de Jésus pour son Père et du Père pour Jésus, cet amour qui se prolonge par l'amour infini de Dieu pour les hommes, qui a jeté Jésus sur la terre, qui l'a jeté à notre rencontre. C'est par cet amour infini qu'a été détruit, aboli, anéanti le péché.

Marc nous dit ensuite que Jésus passe au dé­sert quarante jours pendant lesquels Il est tenté par Satan. Comme saint Matthieu, il note que Jésus est servi par les anges. Il ajoute cependant un détail qu'il est le seul à relever. Il nous dit, en effet, que Jésus se retrouve en présence de bêtes sauvages. Jésus se re­trouve aux prises avec le Mal, avec les forces hostiles que représentent les bêtes sauvages. Jésus servi par les anges vient, en quelque sorte, apprivoiser ces bêtes sauvages. Il vient non seulement réconcilier l'homme avec Dieu, mais aussi réconcilier avec Dieu l'univers tout entier. Il y a là une dimension cosmique du salut. Ce n'est pas seulement l'humanité qui est ramenée dans la tendresse de Dieu, c'est l'univers tout entier qui est réconcilié. Pendant quarante jours, les bêtes sauvages vont demeurer auprès de Jésus, signifiant que l'univers, dans sa totalité, est ramené dans la proximité de Dieu. Fortifié par la lutte contre le Mal, par le séjour au désert, par la réconciliation en l'Amour de toute chose et de l'univers tout entier, Jésus commence ensuite sa prédication. Saint Marc en résume le début en une phrase extrêmement dense : "les temps sont accomplis. Le Royaume de Dieu est tout proche". L'histoire touche à sa plénitude. Toute chose trouve sa perfection et sa densité. Le Royaume n'est plus renvoyé à un lointain futur. Le Royaume de Dieu est tout proche, d'où l'appel de Jésus à la conver­sion, au retour à la foi, au retour au bonheur. "Convertissez-vous, repentez-vous, transformez votre cœur, croyez à la Bonne Nouvelle de l'Evangile". En Jésus, nous sommes sauvés, réconciliés avec Dieu. En Jésus qui est le Bien-Aimé, nous sommes aimés. L'univers est restauré, transformé, renouvelé. Le Mal est vaincu. Nous sommes rendus à Dieu. C'est par la foi que nous marchons désormais vers le Royaume qui est si proche, qui est à nos portes.

 

 

AMEN

 

 
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