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TRANSPORT DE L'ARCHE A JÉRUSALEM

2 S 6, 1-11

(14 janvier 1992)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

C

ontrairement à ce que l'on croit parfois, l'Ancien Testament et plus particulièrement ce que l'on appelle les livres historiques, sont souvent d'un grand enseignement. Sous prétexte que nous n'y trouvons pas de prime abord "un profit spirituel", il ne faut pas les éliminer même inconsciemment de notre "paysage chrétien".

Nous avons lu aujourd'hui l'entrée de l'Arche d'Alliance dans la Cité de David, à Jérusalem. Jérusalem vient d'être conquise, mais elle n'a pas encore le statut que nous lui connaissons. Elle est devenue tout récemment la capitale que David s'est choisi et qui va servir à unifier, au moyen d'une administration et d'une armée organisée, les douze tribus d'Israël un petit peu éparses. Cette ville, il lui manque une chose. Il lui manque tout simplement d'être le signe de l'unité religieuse des tribus. Et tout au long de sa vie, David va être tenté d'unifier au niveau administratif, au niveau social et plus encore au niveau religieux toutes les tribus sous le symbole de Jérusalem. Il pense qu'une capitale religieuse lui donnera les moyens d'un pouvoir réel et conséquent pour mener ce peuple qui jusqu'à présent n'avait été conduit que par des juges éphémères suscités par Dieu. Et c'est là où les livres historiques nous apprennent beaucoup de choses.

       Qu'est-ce qui va signifier cette présence religieuse dans Jérusalem ? David se met en quête du signe de cette unité religieuse qu'est l'Arche de l'Alliance. Elle contient les Tables de la Loi et une mesure de la manne c'est-à-dire deux signes de l'activité de Dieu au sein même de son peuple. Avec les Tables de la Loi et le don de la manne, nous sommes devant deux manifestations, deux révélations de l'action de Dieu dans l'histoire des hommes. C'est pourquoi David reprend l'Arche pour l'amener à Jérusalem. Mais peut-être l'avez-vous constaté, cette Arche ne se laisse pas faire et l'on est étonné que Dieu soit aussi intransigeant lorsqu'Il foudroie celui qui a voulu "rattraper" cette Arche en train de tomber en cours de route. On peut en effet se demander pourquoi Dieu punit ainsi cet homme qui, dans un bon mouvement, voulait empêcher que l'Arche ne se fracasse pas en morceaux. Et bien c'est tout simplement un signe pour les hommes de ce temps. A cette époque aussi Dieu était pédagogue et foudroyer quelqu'un est une marque de pédagogie même si cela peut paraître aberrant. C'est un signe pour David. Cela signifie qu'on ne peut pas s'approprier Dieu, qu'on ne peut pas s'approprier un pouvoir quelconque sur Dieu. Dieu s'offre, Dieu se donne, mais nous ne pouvons pas l'accaparer. Et c'est pourquoi ceci est un signe pour David. Lorsque David voudra construire un Temple à Jérusalem, une demeure pour Dieu au sein même de sa cité, enfermer Dieu entre quatre murs, Dieu refuse. Et c'est Dieu qui construira une maison, c'est Dieu qui la bâtira. Certes finalement Salomon bâtira le Temple le fils de David donnera à Dieu une résidence, mais auparavant Dieu avait bien précisé : "C'est Moi qui te bâtirai une maison !"

       Un tel passage de l'Ancien Testament doit nous enseigner deux choses. Dieu ne peut pas être pour nous Quelqu'un qui va nous servir à faire ce que nous aimerions. La religion n'est pas de l'ordre de la magie. Ce n'est pas parce que nous avons une relation avec Dieu que nous pouvons penser à avoir une emprise sur Lui, sinon nous agissons comme des magiciens, c'est-à-dire que nous essayons de mettre à notre profit un pouvoir certes invisible mais dont nous pensons qu'il pourra agir pour nous de telle ou telle façon. Ce peut être le cas de la prière. Comment nous servons-nous de la prière ? Mais si nous ne pouvons pas accaparer Dieu et avoir un pouvoir sur Lui, cela ne signifie pas que nous ne pouvons pas avoir de relation avec Lui. Car c'est une relation qui se fait dans le don et dans le don de ce que signifie l'Arche c'est-à-dire la Parole et le pain. Et dans l'eucharistie c'est la même chose. C'est le don des paroles de Dieu, c'est la Loi que nous venons d'écouter, c'est le don du pain, le pain descendu du ciel et qui est le Christ.

       Jean-Baptiste faisait un peu la même chose que David. Il ne voulait pas baptiser Jésus en disant : "C'est moi qui dois être baptisé !" Faisons attention à ne pas commander Dieu. Faisons attention à ne pas vouloir le traîner derrière nous dans des cités où Il ne voudrait pas aller. Faisons attention à ne pas réduire Dieu à un simple porte-bagages qui nous servirait pour voyager sur terre. Il s'offre à nous dans la Parole, dans le pain qui sont son corps et son sang livrés, versés pour nous, mais comme Il le dit si bien Lui-même : "Ma vie, nul ne la prend mais c'est Moi qui la donne !"

 

       AMEN