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LA FOI, NAISSANCE TOUJOURS NEUVE

1 Jn 5, 1-4 ; Jn 3, 31-36

Mardi de la deuxième semaine de l'Épiphanie – A

(11 janvier 2011)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Mauriac : fontaine baptismale

 

Q

uiconque croit que Jésus est le Christ est né de Dieu". S'il y a une chose originale dans l'évangile et dans les épîtres de Jean, c'est cette méditation qui associe aussi étroitement et aussi constamment la foi et la naissance. Evidemment, aujourd'hui, nous sommes habitués à cela, le baptême, c'est renaître, c'est être plongé dans l'eau, c'est sortir de l'eau pour revivre, etc … Mais le problème de fond, c'est que la naissance, c'est sortir du néant. Or, avant le baptême, on existe. Autrement dit, ici, Jean utilise une référence très audacieuse pour dire que l'existence croyante doit être accueillie et acceptée comme un nouveau départ radical dans la vie, un départ de rien. Et pour Jean, c'est cela qui le préoccupe, c'est d'essayer de comprendre comment on peut entrer, venir au jour nouveau, dans une dimension de l'existence qu'on ne connaissait pas avant.

La plupart des religions se présentent habituellement comme une amélioration spirituelle des conditions de vie ordinaire. C'est d'ailleurs à mon avis la grande méprise de tout l'intérêt un peu exotique sur le religieux. En réalité, je crains fort que pour beaucoup de gens, même chrétiens, de surface, les questions religieuses soient simplement un chapitre supplémentaire au massage pour aller mieux, aux médicaments de confort pour ne pas déprimer et au slim fast pour ne pas devenir obèse ! Donc, on améliore aussi le standing spirituel et comme habituellement la ration commune c'est la science, c'est le calcul, c'est la rationalité économique, est-ce que je ne pourrais pas un peu améliorer mon standing intellectuel par de la religion ? C'est pour cela que d'ailleurs en général, on consulte tout le panel imaginable depuis le bouddhisme zen en passant par l'hindouisme et beaucoup d'autres choses, et que chacun finalement prétend faire son beurre de tout ce qu'il aura récolté dans les différentes sources documentaires qui sont souvent assez bas de gamme.

En fait, rien n'est plus opposé à cette manière de voir que celle de saint Jean. Précisément pour lui, croire, ce n'est pas améliorer l'ordinaire intellectuel de la vie de l'esprit. Croire, c'est naître. Et du coup, cela démolit une certaine manière de voir la foi, et pour saint Jean c'est très important. Pour saint Jean, la foi n'est pas un apport intellectuel supplémentaire de connaissance sur la vie, sur ce qu'il faut faire, sur ce qu'il faut penser, sur ce qu'il faut croire, et de la manière dont est réglé l'univers. La foi n'est pas d'abord de l'ordre de la connaissance intellectuelle, elle est de l'ordre de la naissance. Donc, croire, c'est naître. Et on comprend que dans la perspective de Jean, c'est la vie nouvelle, non seulement la vie nouvelle qui commence à un instant, mais la vie nouvelle qui est acte constant de naître à une nouvelle relation avec Dieu. C'est là où sans doute, Jean nous entraîne sur un terrain qui ne nous est pas du tout familier. Alors qu'habituellement le comportement religieux mise sur la continuité, sur la durée, sur le fait de persister, ici, Jean introduit à travers l'idée de la foi comme naissance, une sorte de rupture permanente : on ne cesse de naître.

Vous le voyez, cela change assez considérablement la perspective qu'on peut avoir sur le baptême. Si le baptême était simplement l'acte par lequel, ça y est, on est encarté dans le parti de Jésus, à ce moment-là évidemment, le baptême serait sans doute un événement, une rupture, mais c'est tout. Mais ce que Jean explique à sa communauté dans sa première épître, c'est que ce n'est pas simplement une rupture, mais c'est une succession de ruptures. Car chaque réalité, chaque moment de mon existence dans lequel je crois, chacun de ces moments est un acte de nouveauté, est un acte par lequel je nais en Dieu.

C'est sans doute la manière dont Jean réagissait à ce qu'on a appelé le gnosticisme. Le gnosticisme disait : qu'est-ce qu'être religieux, voire même chrétien (car la tentation touchait aussi les chrétiens), c'était acquérir des connaissances nouvelles, acquérir une nouvelle vue du monde. Si le christianisme était uniquement un registre de connaissances supplémentaires, on pourrait le mettre alors au même niveau que le bouddhisme, toutes les autres religions, ce ne serait qu'un progrès de connaissances. Précisément, Jean dit : non, ce n'est pas un progrès de connaissances, c'est une vie autre. C'est recommencer sans cesse à entrer dans une nouvelle dimension de la vie que la vie présente ne peut jamais me fournir.

C'est pour cela que tout l'équilibre de la vie du croyant est dans le déséquilibre, dans le fait de passer d'un état à l'autre. Il n'y a jamais rien d'acquit dans la naissance. Pour nous, la naissance, en général, c'est avoir acquit la vie et la position dans la vie. Mais, pour Jean, être né de Dieu, c'est, comme il le dit un peu plus loin dans son épître, c'est aimer. C'est donc être dans ce mouvement sans arrêt de redécouverte que nous ne connaissions pas auparavant.

Vous le voyez, frères et sœurs, ce n'est pas aussi simple que cela. Ce que nous propose Jean, c'est ce surgissement permanent de la vie de Dieu en nous. C'est cela la naissance, c'est cela la foi. Et ce n'est pas une sinécure. Ce n'est pas se mettre sur des rails et continuer dessus, mais c'est accepter la rupture permanente, un certain saut dans l'inconnu.

Que la relecture de cette épître saint Jean nous ramène sans cesse à cette réalité fondamentale : si la foi est une vie, ce n'est pas une vie au sens de simplement acquérir des connaissances ou faire mieux qu'avant, mais acquérir, recevoir, accueillir une vie nouvelle qui est sans arrêt renouvelée par la grâce de Dieu.

 

 

AMEN