AU FIL DES HOMELIES

Photos

GUÉRISON DU PARALYTIQUE

Pv 3, 1-12 ; Mc 2, 1-13

Samedi de la deuxième semaine de l'Épiphanie – B

(19 janvier 1985)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

C

 

e texte de la guérison du paralytique dans la maison de Capharnaüm a quelque chose d'extraordinaire car il est animé par deux mouvements contraires : un mouvement de l'extérieur vers l'intérieur et un mouvement de l'intérieur vers l'extérieur.

Le premier mouvement concerne le Christ. Quand le Christ est venu sur la terre Il s'est enfoui, Il s'est caché à l'intérieur de notre condition humaine : c'est ce que j'appelle le mouvement de l'extérieur vers l'intérieur. Le Christ est un messie caché. Il commence sans bruit ni tapage à annoncer le Royaume de Dieu et même si les foules se mettent autour de Lui pour l'écouter, en réalité le Christ reste caché à l'ombre même de cette foule. C'est pourquoi je pense saint Marc insiste tellement sur le fait que le Christ se trouve à l'intérieur de la maison. Il est pour ainsi dire caché, Il s'est caché sous une double enveloppe, à la fois l'enveloppe de l'humanité de la foule qui est autour de Lui et la maison dans laquelle Il se trouve pour ainsi dire comme à l'étroit, pressé de toutes parts. C'est la condition même que le Christ a voulue.

Le Christ dans sa manifestation, dans le fait qu'Il soit venu parmi les hommes a voulu rentrer jusqu'à l'intérieur même de notre condition humaine, Il a voulu se cacher comme le grain de blé est enfoui dans la terre. C'est une sorte d'enfouissement, c'est une sorte de mouvement vers l'intérieur, vers le plus intime de l'homme. C'est pourquoi ceux qui veulent le rejoindre, par exemple ce paralytique, sont obligés de faire cette espèce de descente au tréfonds de l'intimité, au tréfonds du cœur même de l'humanité. Ils doivent non seulement franchir la foule, mais finalement percer le toit de la maison pour déposer ce paralytique au plus intime de ce groupe réuni autour du Christ. Il faut qu'il rejoigne le Christ depuis l'extérieur vers l'intérieur. C'est pour cela qu'ils utilisent le stratagème d'enlever les tuiles du toit et de descendre l'homme sur son grabat.

Mais ensuite, le mouvement même de la guérison est à l'inverse de l'intérieur vers l'extérieur. Au fond, le Christ aurait pu s'en tenir simplement à une sorte de miracle par lequel Il aurait fait marcher le paralytique, en lui disant : "Lève-toi ! Prends ton grabat et marche !" Mais précisément, au moment où le Christ va accomplir ce signe, Il dit : "Tes péchés te sont remis !" c'est-à-dire qu'Il touche l'intérieur de l'homme en lui disant : "Désormais tu vas être pardonné", et de l'intérieur même du cœur de l'homme atteint par le péché, le Christ fait rejaillir vers l'extérieur l'effet de cette grâce qu'Il a donnée et qui fait que, extérieurement, dans son corps, le paralytique va être guéri et marcher en rendant grâces à Dieu.

Ainsi au mouvement par lequel les hommes, pour rejoindre le Christ enfoui, étaient venus de l'extérieur pour entrer à l'intérieur même de la présence de Dieu, le Christ répond en venant déceler à l'intérieur de ce cœur le péché secret et chasser le mal pour en faire rejaillir à l'extérieur les bienfaits de sa miséricorde et de sa guérison. Et l'on dirait que ce mouvement est communicatif puisque précisément, lorsque les foules voient cela, l'évangéliste prend soin de nous dire : "elles étaient comme sorties d'elles-mêmes", ce qui veut dire que, au moment même où le paralytique sent la visite de Dieu à l'intérieur de lui-même éclater en guérison, les foules qui sont témoins du signe que Jésus vient d'accomplir, elles-mêmes sentent une sorte de puissance de louange qui était contenue en elles, mais qui, brusquement, arrivent à s'exprimer. Les foules sortent d'elles-mêmes en clamant la miséricorde et les merveilles que Dieu a accomplies pour cet homme.

Ce miracle est une très bonne esquisse, très schématique mais très sûre, de la manière dont nous rencontrons Dieu. Ne croyons pas que nous rencontrerons Dieu à l'extérieur. Nous rencontrerons Dieu toujours enfoui, caché dans les signes les plus humains et notamment, par exemple, dans les sacrements, nous rencontrerons Dieu dans ce signe très humain du pain et du vin que le Christ a voulu choisir. Dans le baptême, nous rencontrerons toujours le Christ à travers ce signe très humble et très simple de l'eau. Mais, lorsque nous avons rencontré le Christ, en faisant ce chemin de l'extérieur vers l'intérieur, le Christ nous fait sortir de nous-mêmes et nous donnant sa grâce, étant rencontré dans son intimité et dans notre intimité, touche le cœur de chacun d'entre nous et le fait déborder de la joie de sa présence.

C'est pourquoi, après avoir rencontré le Christ dans le signe très humble du pain et du vin, comme si le Christ était enfoui dans les signes les plus humains, le Christ fait déborder cette rencontre en action de grâces et en louange. La célébration du pain et du vin consacré s'appelle l'eucharistie, c'est-à-dire l'action de grâces. Lorsqu'on reçoit le Christ par le signe de l'eau, ce signe très humble et très pur de l'eau qui lave et qui purifie, qui vivifie, cela doit d'épanouir dans toute notre vie de baptisé par le mystère de la charité, de la joie et du bonheur de Dieu qui est répandu dans notre cœur.

Frères et sœurs, que nous entendions, en vérité dans notre cœur, nous aussi, aujourd'hui, cette parole du Christ au paralytique : "Lève-toi et marche!" Alors, l'ayant rencontré au plus intime de notre humanité, nous saurons nous-mêmes nous lever et sortir de nous-mêmes pour faire éclater cette joie au cœur de notre vie, au cœur du monde.

 

AMEN

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public