AU FIL DES HOMELIES

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PRIER POUR L'UNITÉ DES CHRÉTIENS

Ep 4, 1-16 ; Jn 17, 11 b+18-23

Samedi de la deuxième semaine de l'Épiphanie – C

(18 janvier 1992)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

P

ourquoi l'unité des chrétiens est-elle un pro­blème ? Pourquoi même est-elle un scandale ? En effet, la plupart des grandes expériences et des grandes traditions religieuses de l'humanité n'ont jamais été tellement soucieuses de l'unité de la confession de la foi. Si vous regardez le judaïsme au temps de Jésus, il y avait les pharisiens qui croyaient à la résurrection des morts et les sadducéens qui n'y croyaient pas. Si vous regardez dans l'Islam, les diffé­rents courants de l'Islam peuvent être très différents, soit sur des positions religieuses, soit sur des positions vis-à-vis de ceux qui n'appartiennent pas à la religion ou à la tradition à laquelle eux-mêmes appartiennent. Cependant on n'a pas dans la tradition musulmane une semaine de prière pour l'unité des croyants musul­mans. Je crois que dans les grandes traditions reli­gieuses, il n'y a que les chrétiens qui ont eu vérita­blement le souci de prier pour leur unité.

C'est parce qu'ils constituent l'Église, c'est-à-dire l'Ecclésia, non pas simplement l'umma, le ras­semblement des peuples de diverses nations, mais l'ecclésia comme convocation, comme rassemblement dans l'unité et que l'Église, pour être l'Église, a besoin d'être une. Il y va de son identité même. L'Église n'est pas simplement la collection des croyants, l'Église est la convocation des croyants. Le principe même de l'unité de l'Église c'est le mystère de Dieu en tant qu'Il appelle les hommes. C'est donc quelque chose de tout à fait différent de cette conception des religions qui s'imaginent qu'elles sont une religion parce qu'elles ont beaucoup d'adeptes.

Dans la tradition chrétienne, le problème n'est pas le nombre des adeptes, n'est pas le fait que, par exemple, tous obéiraient au doigt et à l'œil au pape parce qu'il serait une sorte de commandeur chrétien des croyants. Mais c'est le problème de la convocation comme constitutif de l'Église c'est-à-dire, du point de vue ultime, c'est que l'unité de l'Église repose sur l'unité qu'il peut y avoir entre Dieu et sa création. C'est cela le mystère profond de l'Église. L'Église est le signe, le gage, le sacrement de l'unité, de la com­munion que Dieu a voulue Lui comme créateur avec ses créatures, avec ses créatures plus spécialement spirituelles. De telle sorte que l'Église est "une" dans la mesure où elle est le signe même de la communion de Dieu et de l'homme. Le mystère de l'unité de l'Église touche la question même du rapport du Créateur à sa créature.

Et le problème se pose au moment où le Fils éternel, ayant voulu entrer dans notre chair, a conjoint l'homme et Dieu, la créature et le Créateur dans une unité personnelle. Parce que le Christ est un, il faut que tout ce qui vient de Lui, et l'Église ne vient que de Jésus-Christ, puisse être un, j'allais dire en tension vers l'unité que le Christ Lui-même a réalisée par son incarnation. Et c'est là le mystère. C'est que cette Église ou ces communions d'Église qui sont norma­lement les témoins de l'unité possible, de la commu­nion possible entre Dieu et l'homme, en réalité, par leur comportement et par leurs divisions témoignent du contraire. C'est pour cela que c'est un scandale. C'est parce que l'Église est faite pour être une, pour manifester visiblement, sacramentellement, dès ici-bas, la communion du Créateur avec sa créature et en réalité, par les ruptures et les divisions internes qu'elle a subies tout au long de l'histoire, elle a ainsi mani­festé que les hommes pécheurs qui la constituaient ne savaient pas vivre la grâce de l'unité qui leur était donnée par le mystère de l'Incarnation de Jésus-Christ.

C'est pour cela que le mystère de l'unité de l'Église est le mystère central qui constitue l'Église et que le péché contre l'unité des Églises est extrême­ment grave. C'est pour cela que tout signe donné de communion ou d'appartenance à une autre Église quand on appartient à une première Église, est géné­ralement considéré comme une faute grave. Ce n'est pas simplement parce qu'on serait allé un jour ou l'autre chez Monseigneur Lefebvre "pour voir", mais c'est parce que, à travers ce geste, on témoigne ou l'on manifeste qu'on n'a pas au cœur le souci de manifes­ter, dans la communion de l'Église, la possibilité même, le vouloir de Dieu d'entrer en communion avec sa créature selon le mode qui s'est réalisé par l'Incar­nation de Jésus-Christ.

Voilà ce qu'est le scandale contre l'unité de l'Église. C'est que l'Église qui est faite pour manifes­ter fondamentalement cette unité, en réalité ne sait pas la manifester ou n'est pas à la hauteur de la manifester dans les membres qui la constituent, parce que pé­cheurs, ils rompent et, ils compromettent cette unité par leur péché. Alors qu'au cours de cette Eucharistie, nous ayons à cœur de prier pour que chaque chrétien, chaque communauté chrétienne, chaque communion, chaque Église, dans l'état même où elle est, arrive à réaliser ce qu'est l'exigence même de l'unité. Non pas simplement de remettre de l'ordre dans une histoire passablement bouleversée et secouée mais véritable­ment répondre, par vocation, par appartenance ecclé­siale, à ce mystère de la communion de Dieu et de l'homme tel qu'il s'est manifesté en Jésus-Christ et qu'il ne cesse d'être proposé à tous ceux qui, par le baptême lui appartiennent.

 

 

AMEN

 

 
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