AU FIL DES HOMELIES

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LE DON DE SOI

Hb 10, 32-36 ; Jn 17, 11 b-19

Samedi de la deuxième semaine de l'Épiphanie – A

(20 janvier 1996)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

N

ous fêtons donc aujourd'hui deux martyrs saint Sébastien et le pape saint Fabien. Je vais plutôt m'arrêter à la personne de saint Fabien qui n'est pas très populaire, ni très connu mais qui pourtant, par plusieurs points, a joué un rôle im­portant dans cette Église du troisième siècle, lui qui est mort martyr, au plein milieu de ce troisième siècle, en l'an 250 sous l'empereur Dèce.

Saint Fabien a été le premier laïc à être choisi pour devenir pape. Il a été directement pris du peuple des baptisés pour être ordonné tout à la fois prêtre, évêque, pape, évêque de Rome. Et saint Fabien a montré un soin extrême dans l'organisation de l'Église d'abord, dans son diocèse puisque c'est Lui qui a or­ganisé les sept diaconies de Rome. Non seulement dans l'Église de son diocèse mais aussi dans l'ensem­ble des Églises puisqu'il a beaucoup développé les relations avec l'Église d'Afrique qui était particuliè­rement prospère à cette époque puisque c'est l'époque où saint Cyprien, le grand évêque de Carthage est à la tête de cette Église. Et aussi les régions plus lointaines puisqu'il a envoyé des missionnaires, sept évêques missionnaires, pour évangéliser ce qui sera un jour la France, c'est-à-dire le nord de la Gaule. Voilà donc un pape qui a été extrêmement soucieux du déploiement de cette Église et qui a scellé cette activité mission­naire, cette activité pastorale, cette activité intense au service de l'Église par son sang.

Vous avez peut-être remarqué que l'évangile d'aujourd'hui commence par une phrase très proche de ce que nous avons lu, avant-hier, au commencement de la semaine de l'unité. L'évangile que nous lisions ce jour-là est la suite immédiate de cette prière sacer­dotale de Jésus et nous lisions alors que Jésus deman­dait à son père que ses disciples soient "Un comme Toi Père et Moi sommes un". Or, aujourd'hui nous lisions en commençant ce passage qui précède encore une fois immédiatement l'autre que je viens de résu­mer : "Père, garde dans la fidélité à Ton nom ceux que Tu m'as donnés pour qu'ils soient un comme nous-mêmes". C'est donc dans la perspective de la semaine de l'unité que nous célébrons le pape saint Fabien, Lui qui a oeuvré à l'unité tout à la fois par cette sollicitude pour l'Église d'Afrique, pour ses rela­tions étroites qu'il a établies avec saint Cyprien et aussi par sa sollicitude missionnaire à l'égard des Églises qui étaient encore en train de naître.

Mais ce qui est caractéristique aujourd'hui c'est que ce souci de l'unité est mis en rapport avec le sacrifice. Martyr, saint Fabien a scellé par son sang ce mystère de l'unité de l'Église car l'unité de l'Église n'est pas simplement affaire d'organisation, ce n'est pas simplement affaire de discussions entre théolo­giens ou bien même entre croyants. Ce n'est pas sim­plement affaire de mise au point des dogmes et de la foi, l'unité c'est d'abord quelque chose qui s'enracine dans le Christ et qui s'enracine dans le don profond que nous faisons de notre vie, de notre être, de tout ce que nous sommes à Dieu. saint Fabien, si j'ose dire, a plus oeuvré pour l'unité de l'Église en donnant sa vie pour le Christ dans la persécution que par toute son activité pontificale qui avait précédé. Et ce qui fait que le don de sa vie construit l'unité de l'Église c'est précisément que le don qu'il a fait de sa vie s'inscrit dans le don que Jésus a fait de sa propre vie. "Consa­cre-les dans la vérité" dit Jésus à son Père, consacre-les c'est-à-dire sanctifie-tes, sacrifie-les, rend-les sa­crés. Sacrifice, consacré, vous le voyez, les mots ont la même racine et Jésus dit : "Consacre-les comme moi-même je me consacre, comme moi-même je me fais sacré, je m'offre en sacrifice", car cette consécra­tion tant du Christ que du Pape saint Fabien, que de l'Église, que de tous les membres de l'Église, cette consécration passe, c'est un fait historique, par l'in­compréhension, voire la haine du monde. "Je les ai gardés dans la fidélité au nom que Tu m'as donné et maintenant Je viens à Toi car le monde les a pris en haine". Le monde a pris en haine le Pape saint Fabien et tant d'autres martyrs. Pourquoi ? Parce qu'ils ne sont pas du monde. Les disciples du Christ n'appar­tiennent pas à ce monde. Ce monde d'intérêt, ce monde de plaisirs, ce monde d'égoïsme, ce monde de haine. Et pourtant s'ils n'appartiennent pas au monde, ils sont dans le monde. Non seulement Jésus dit : "Je ne Te demande pas de les retirer du monde" mais encore Il ajoute : "comme Tu m'as envoyé dans le monde, Je les ai moi aussi envoyé dans le monde" et plus tard, dans le passage que nous lisions l'autre jour Jésus dit : "Qu'ils soient un pour que le monde croie".

Telle est l'œuvre de l'Église : être dans le monde, être envoyé au monde sans participer à ce que l'esprit du monde a de mondain, à ce que l'esprit du monde a de recherche de son intérêt, de son plaisir, de son égoïsme, voire de haine, sans participer à l'esprit du monde, à être envoyé au monde pour que le monde croie. Pour être témoin dans ce monde par l'offrande de notre propre vie par l'offrande sacrificielle qui nous consacre à Dieu de ce que nous sommes plus que l'esprit du monde. Il y a en nous quelque chose qui dépasse l'esprit du monde et qui est envoyé au monde pour que ce monde se convertisse. Et ce monde ne peut se convertir que moyennant un amour qui va jusqu'à l'extrême, jusqu'au don de soi-même et c'est cela le sacrifice. Se consacrer à Dieu qui est l'amour subsistant en prenant dans sa propre vie cet amour de Dieu et en le faisant resplendir pour qu'il transfigure, consacre notre propre vie. C'est ce qu'ont fait tous les martyrs, c'est ce qu'a fait le pape saint Fabien et si l'Église est encore vivante dans le monde et si elle est toujours envoyée au monde, si elle est une semence de foi et d'unité dans ce monde divisé c'est à cause de cet amour qui est dans le cœur de Dieu et qui rayonne à travers le cœur de ses disciples pour que le monde croie.

Alors certes, nous sommes bien loin de ce que le monde croie. Peut-être parce que l'amour de Dieu ne rayonne pas assez à travers nos vies, peut-être parce que nous ne sommes pas assez "un" les uns avec les autres. Peut-être parce que les chrétiens donnent l'exemple de la division, des incompréhen­sions, des séparations. Il y va de bien plus que sim­plement la satisfaction de nous rencontrer et de nous réunir. Il y va du salut du monde. Pour que le monde croie, il faut que les chrétiens soient "un", ils ne peu­vent être "un" qu'en s'enracinant dans un amour qui se donne en sacrifice, qui est celui du Christ et qui nous invite à marcher avec Lui sur ses traces.

Frères et sœurs, que cette fête de saint Fabien nous invite ainsi à réfléchir profondément sur notre fidélité au Christ, sur notre fidélité à sa prière, sur les sources de notre unité et de notre envoi missionnaire au monde.

 

 

AMEN

 

 
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