AU FIL DES HOMELIES

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GUÉRISSEUR ?

2 S 3, 17-21 ; Mc 1, 29-39

Samedi de la deuxième semaine de l'Épiphanie – A

(19 janvier 2002)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

G

uérisseur, pas guérisseur ? Tel est l'enjeu de ce début d'évangile de Marc. La première guérie, c'est cette femme, la belle-mère de Simon, guérison décrite si succinctement qu'on sait seulement qu'elle avait de la fièvre, qu'elle était couchée, que Jésus vient auprès d'elle, qu'on Lui a parlé d'elle, Il la fait se lever, et il la réintroduit au service, là où est sa place. "La fièvre la quitta et elle les servait". La guérison n'a pas changé le statut de la belle-mère, elle n'est pas devenue membre des apôtres, elle ne s'est pas assise auprès des apôtres pour écouter la Parole de Jésus, elle a été réintégrée aux fourneaux, non pas parce que Jésus avait une opinion des belle-mères, mais parce qu'il vient soigner les effets de la maladie, c'est-à-dire l'exclusion, la mise à l'écart par rapport au monde, car la maladie met à l'écart. Jésus vient casser cette spirale, et si Jésus la guérit c'est pour qu'elle reprenne sa place auprès des autres, dans le monde des autres.

Et à la suite de ce premier miracle, guérison, comme ça marche, les apôtres sont pris au piège de ce "merveilleux"-là, et ils vont le chercher. On amène de plus en plus de malades et de démoniaques et Jésus les guérit. Et Marc ajoute simplement :"Et il empêchait les démons de parler, car ils savent qui Il était". Au fond, les malades ne savent pas qui Il est. Mais les démons eux, savent. Ce n'est pas parce qu'il guérit qu'il décline son identité aux malades. Au contraire, Il cache presque son identité. Le lieu de la guérison n'est pas le lieu de la révélation du Christ, cela me paraît très important. On aura toujours envie d'être guéri. Mais peut-être que l'évangile nous guérit de cette envie de guérir, mais comme Il ne veut pas être cruel contre nos propres souffrances, le Christ s'autorise à une guérison, mais ce n'est pas là qu'il se dit, ce n'est pas un guérisseur, c'est le Fils de Dieu. Il décalé par rapport à cette action du guérisseur. D'ailleurs l'évangile continue, on va avoir cette prière du matin, très tôt et les apôtres, pris dans cet élan, c'est certainement magnifique n'est-ce pas que tout homme soit sauvé, guéri, les apôtres vont le chercher, interrompent sa prière, et Il se laisse mener, Il ne prend pas l'initiative Lui-même d'aller guérir. C'est un peu contre sa volonté, contre son gré. Le début de l'évangile de Marc s'articule sur : "comment faut-il que Je Me dise ? sans qu'on me confonde ? J'ai quelque chose d'autre à dire de ce que Je suis, et de ce que Je suis venu guérir, et qui n'est pas uniquement la souffrance physique ou psychologique". Mais comment peut-on atteindre la souffrance spirituelle, la maladie spirituelle sans pour autant soigner et le corps et l'esprit ?

Tout l'enjeu de ce qu'est Jésus et la manière dont Il se dit et se comporte, repose dans ces quelques premiers versets de l'évangile de Marc où Il va, sans forcer, se positionner différemment.

Cette question que je soulève est une question grave, parce que nous sommes, nous, quand nous souffrons dans notre corps, ou mentalement, nous sommes obnubilés de trouver quelqu'un qui soulage nos maux. Et est-ce que cette souffrance physique a touché quelque chose de notre vie spirituelle ? Est-ce qu'au fond, nous sommes malades spirituellement à la suite de nos maladies somatiques et psychologiques ? Si elles nous ont éloigné des autres, oui ! Si elles nous ont empêché d'être à la place que nous nous devions occuper, parmi les autres, oui ! Il y a une liaison entre ma vie de vivant parmi les vivants, et ma vie spirituelle, et Jésus vient guérir cela, pour que je retrouve la place qu'il veut que j'aie parmi les miens.

Frères et sœurs, à travers l'évangile, qui n'est pas simplement une sorte de lendemain qui chante, de jour nouveau où toutes choses seraient nivelées, un horizon permanent où toute souffrance serait annulée. La façon dont Dieu intervient dans nos vies est plus complexe, peut-être plus libérateur mais pas à l'endroit que nous voudrions, bien que Jésus nous guérisse vraiment, pour que nous ne soyons pas empêchés de Le reconnaître agissant dans nos vies.

 

 

AMEN

 

 
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