AU FIL DES HOMELIES

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LE DÉSIR DE L'UNITÉ PREND SA SOURCE EN DIEU

Ep 4, 1-16 ; Jn 17, 11 b+18-23

Samedi de la deuxième semaine de l'Épiphanie – B

(18 janvier 2003)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

A

pparemment les deux intentions de prière que je confiais à notre assemblée au début de cette eucharistie, apparaissent comme étran­gères l'une à l'autre. Qu'y a-t-il à rapprocher entre le problème de l'œcuménisme et le problème de notre prières aujourd'hui pour les défunts de ces trois derniers mois de notre communauté paroissiale ? On pourrait essayer de dire qu'il y avait des morts qui avaient des fois différentes, et qu'il y avait un problème d'entente et de communion dans la foi. Mais en réalité, je coudrais montrer que les deux préoccupations ne sont pas si étrangères que cela l'une à l'autre, et je voudrais repartir d'une question fondamentale.

La première, c'est : pourquoi prions-nous pour les morts, pourquoi croyons-nous à la survie, à l'éter­nité, à la résurrection de ceux qui nous ont quittés ? Il souvent pas mal de malentendus dans ce problème. En fait, la seule raison fondamentale que nous ayons de croire que ceux que nous aimons sont auprès de Dieu, c'est notre foi dans le désir du Père, du Fils et de l'Esprit de nous rassembler, de rassembler toute l'humanité en eux, dans leur vie, dans leur intimité. La raison même pour laquelle nous croyons à la résur­rection, la raison pour laquelle nous croyons que nous vivrons au-delà de notre mort, la seule raison, c'est le désir d'unité de Dieu pour l'humanité. Dieu veut non seulement que nous survivions pour que cela dure, mais Il veut que nous survivions parce qu'il veut que nous vivons avec Lui, en Lui, que nous soyons ras­semblés en Lui. Le problème de notre vie après la mort c'est un problème d'unité, c'est Dieu qui veut rassembler dans l'unité les enfants de Dieu dispersés.

Il y a face au problème de la mort comme une sorte de défi : et-ce que nous croyons que Dieu est capable de faire l'unité de tous les hommes en Lui ? Et croire à la résurrection, croire à la vie au-delà de la mort, c'est croire à la puissance de Dieu qui est capa­ble de nous rassembler tous. Du coup, cela demande de notre part, une sorte de conversion du regard. Ceux que nous aimons ne vivent pas dans l'au-delà parce que nous en aurions besoin nous, affectivement de nous imaginer cela. Il n'est pas question d'opium du peuple dans cette affaire-là, pas question de nous en­dormir sur des espérances que nous préfabriquerions nous-mêmes à l'avance. Nous n'avons qu'une raison, qu'une espérance, c'est le désir de Dieu sur chacun de ses enfants.

Cela donne un éclairage particulier sur l'œcuménisme. Car, pourquoi prions-nous pour l'unité des Églises ? Pourquoi voulons-nous essayer de re­trouver une véritable unité ? Là encore, si nous croyons, comme on l'a un peu cru au début, qu'il fal­lait retrouver l'unité entre toutes les Églises parce que cela marque mal d'être divisés, vis-à-vis des missions, vis-à-vis de l'action commune. Qu'est-ce que cela veut dire que les chrétiens soient divisés, c'est scandaleux. C'est vrai. Mais la seule raison de l'œcuménisme, c'est le désir que Dieu a que cette unité qu'Il veut de ras­sembler, manifester et réaliser pleinement un jour auprès de Lui dans la gloire, qu'elle commence déjà ici. Si nous vivions simplement l'œcuménisme comme le désir que nous avons de nous retrouver tous en­semble parce que cela fait du bien à l'âme, nous nous tromperions lourdement. En fait, l'œcuménisme, le désir de l'unité ne peut pas venir de nous. On dit tou­jours que Dieu donne l'unité à son Église par les moyens qu'il voudra. Oui, mais pas seulement par les moyens qu'il voudra, car s'il y a eu désir d'œcumé­nisme, c'est que déjà Dieu donnait ce désir à tout homme, à tout baptisé, de vivre dans l'unité de l'Église. S'il y a eu des prophètes de l'œcuménisme, s'il y a eu de grands témoins durant le vingtième siè­cle, et j'espère qu'il y en aura encore d'autres par la suite, c'est parce qu'il y aura ces hommes qui auront laissé parler en eux, ce désir de l'unité que Dieu a pour son Église. Mais aucun d'entre nous ne peut dé­signer ou caractériser ce désir de l'œcuménisme comme un désir personnel.

Cela nous oblige à une conversion radicale. Là encore, nous ne pouvons pas vouloir être immor­tels, pas plus que nous ne pouvons vouloir être œcu­méniques. Il y a une sorte de docilité fondamentale au désir de Dieu sur nous, qui dans les deux cas, est en cause, et qui dans les deux cas, nous amène à cette attitude de foi. Croire que ceux qui nous ont précédés sont accueillis dans la vie de Dieu, c'est croire en Dieu, dans son désir qu'Il a de nous rassembler tous. Croire que l'Église peut retrouver une unité, ce n'est pas croire que par nos propres forces, par des discus­sions de théologiens, des dialogues et des colloques nous pourrons y arriver. C'est croire que Dieu veut l'unité de son Église.

Alors évidemment, nous sommes pécheurs. Nous sommes pécheurs par rapport à Dieu, et c'est pour cela que nous avons besoin des prières des autres pour mieux nous laisser purifier par l'amour de Dieu pour entrer dans sa gloire. Nous sommes pécheurs par rapport à l'unité de l'Église, parce que nous ne répon­dons pas toujours à cet appel de Dieu à vivre vérita­blement le mystère de l'unité de son Église, et c'est pour cette raison qu'il y a eu des schismes, des ruptu­res, des hérésies. Mais c'est toujours bien le même problème qui est en cause. Est-ce que nous savons dans nos vies, soit dans la vie la plus concrète, les liens affectifs, et toutes les relations qui nous unissent aux autres et qui à certains moments passent par le scandale et butent sur le point obscur de la mort, soit dans la vie de l'Église et le désir de l'unité. Est-ce que nous savons reconnaître le désir de Dieu sur chacun d'entre nous ?

 

 

AMEN

 

 
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