AU FIL DES HOMELIES

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UN APPEL TOUJOURS RENOUVELÉ

Gn 27, 1-16 ; Mc 1, 16-20

Samedi de la deuxième semaine de l'Épiphanie – A

(15 janvier 2005)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

L

'idée préconçue de la vocation et de l'appel nous fait toujours penser qu'il s'agirait d'un événement unique, total, définitif et passé. J'aime entendre dans cet évangile la manière dont Jésus, en passant, voit ses futurs disciples, faire un mouvement, Il les voit travailler avec leurs filets. Et Il les invite à faire le même mouvement, Il prend quelque chose de leur savoir-faire humain, et Il les oriente, Il les appelle à développer ce savoir-faire : vous serez pêcheurs d'hommes, pas simplement pêcheurs de poissons. Ce geste qu'ils apprenaient, ils le déploieront dans un autre registre. Cela veut dire que la vocation développe et s'appuie sur ce que nous sommes comme hommes et ne le contredit pas.

Vu du côté des futurs apôtres, ces gestes pouvaient dans leur tête ou dans leur esprit, être marqués d'une certaine stérilité. Souvent d'ailleurs, on entendra dans l'évangile : "nous avons pêché toute la nuit sans rien prendre". La recherche de fécondité est peut-être la manière dont la vocation prend corps. Ce n'est pas que ce que nous faisons ne nous plaise pas, mais c'est que nous n'y entendons pas le sens profond de la fécondité : à quoi cela sert-il ? L'appel de Dieu, c'est de donner justement de la fécondité et du sens à nos gestes qui sont les mêmes, mais qui, pris sous le regard de Dieu et le regard de Jésus, ouvrent à un autre horizon, une autre perspective pas simplement ce qu'ils faisaient, mais leurs gestes, leurs pensées, leurs prières, le mouvement même de leur être les ouvrent à u ailleurs, à quelqu'un d'autre.

Quand Jésus passe, c'est comme s'Il déchirait la toile du quotidien, du monde habituel dans lequel on se tient, pour faire entendre à travers les brisures de cette toile l'horizon divin. C'est toujours étonnant que chez l'homme, créature si éphémère, qu'il ait de quoi questionner plus grand que lui. Il y a en nous, alors que nous sommes si disproportionnés par rapport à l'univers qui nous entoure, et l'on en a encore une preuve ce matin, avec les premières images de Titan qui nous sont parvenues. Les chimistes étaient tout à fait étonnés de découvrir une surface extrêmement tourmentée de ravins, de collines, de montagnes. Titan est un satellite de Saturne qui est pris dans le réseau des anneaux de couleurs, c'est un lieu intéressant puisqu'on y trouve des gaz, bien qu'il fasse moins 180°, mais qui auraient pu donner naissance à la vie, comme la terre, on aurait peut-être un fossile de terre congelé, une sorte de congélateur de la terre. On n'a pas fini de d'émerveiller des dimensions, des énigmes de cette terre, de la violence de la terre qui a récemment encore secoué ce monde. Mais l'homme peut interroger plus large que lui, et quand le Christ passe à côté, il entend le bruit de cette interrogation, il entend la largeur de sa question. La vocation s'inscrit, parce qu'on a envie de continuer à entendre la largeur de cette question, de ce qui l'interroge, de ce qui l'inquiète aussi.

Et enfin, l'appel n'est pas unique, passé et définitif en un moment, mais il se répète, s'intensifie, et il se singularise. Dieu continue à travers les événements à parler, à appeler, à réorienter, à re-proposer une direction qui ouvre à plus de sens. Ce sens d'ailleurs n'éteint pas toutes les interrogations et les doutes qui peuvent nous assaillir, mais il nous fait cheminer vers un terme qui est la rencontre avec Dieu, la rencontre avec son visage, sa lumière.

Que cet appel des futurs apôtres nous aide à nous sentir nous-même appelés, suscités dans notre chemin, pas il y a quelques années, mais à tout moment, de façon incessante, de la manière qui nous convient le mieux, que Dieu choisit pour chacun de nous, à chaque instant.

 

AMEN

 

 

 
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