AU FIL DES HOMELIES

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LA PAIX ET LE GLAIVE SELON L’ÉVANGILE

Ap 7, 9-17 ; Mt 10, 34-39

Samedi de la deuxième semaine de l'Épiphanie – B

(21 janvier 2006)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

I

l y a des passages de l’évangile qu’on connaît par cœur, et en fait, on les transforme souvent. Le Christ n’a pas dit : je ne suis pas venu apporter la paix mais la guerre, mais il a dit : "je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive". C’est assez différent. Ceci dit, les phrases d’évangile tiennent des paradoxes qui ne sont pas toujours faciles à tenir ensemble. Cela fait partie de la parole évangélique que de s’insinuer dans les articulations de certains de ces paradoxes. La paix, la guerre, la violence font partie des paradoxes que l’évangile développe.

C’est vrai que l’histoire de l’Église, et l’histoire de l’Ancien Testament ouvrent à des pages de violence peu communes, du moins à hauteur de ce que nous connaissons aujourd’hui. Nous pourrions nous désespérer que la Bible en soit l’écho permanent. Nous avions hier une réflexion sur la violence, et je proposais entre autres, comme réflexion que la violence vient toujours quand les choses ne sont pas séparées, quand chacun de nous n’est pas à sa place, quand il y a confusion. Quand la fille et la mère sont restées ensemble, quand le fils et le père sont restés ensemble, il y a des liaisons plus fortes qui empêchent à chacun d’être ce qu’il est. Cela, c’est la violence. La violence est toujours la négation d’un être vivant, de sa singularité, de sa destinée propre. La violence n’est pas de l’agressivité, ce n’est pas de la colère, ce n’est pas ce que nous développons les uns après les autres, la violence, d’après le mot "viol" il y a une destruction de l’autre. Il y a des relations qui détruisent parce qu’elles sont des confusions, des mélanges, elles ne permettent pas à l’autre d’être ce qu’il est.

C’est pourquoi le Christ est venu apporter le glaive, ce qui permet de séparer. Toutes les instances d’ailleurs, pour prendre celles que nous entendons dans l’Ancien Testament à l’égard de la nourriture kasher chez les juifs, sont toujours, à travers une symbolique qui peut-être ne nous est pas familière, de séparer. On ne mange pas le chevreau dans le lait de sa mère, on ne mange pas le carnassier avec son sang. Toute chose qui induirait une confusion possible, une trop grande proximité, est proscrite par la Loi, parce que la Loi, après, les commandements, et après l’évangile, dessine l’acte de séparation, la manière dont le glaive vient séparer les choses. Nous croyons toujours qu’en étant plus collés les uns aux autres, que ce soient les choses ou les personnes, nous serons plus vivants, en fait, c’est lorsque nous sommes séparés, mais non pas étrangers (la séparation ne veut pas dire que nous développons une relation d’étranger ou d’indifférence), c’est la séparation qui va permettre une relation d’amour.

Nous n’avons jamais fini de nous séparer. Souvent, les gens, et je pense aux préparations de mariage et au risque que prennent ces couples en vivant ensemble, j’entends souvent les plaintes au bout d’un moment qui viennent des beaux-parents. Puisqu’il est question de belle-mère et de père dans cet évangile, eh bien, parlons-en. La majorité des disputes conjugales viennent des beaux-parents, et les beaux-parents, c’est toujours les autres, évidemment pour chaque époux. On entend l’un ou l’autre dire : enfin, tu pourrais quand même faire un effort à l’égard de tes parents, on ne va pas retourner dimanche manger chez les beaux-parents, etc … vous connaissez la ritournelle habituelle qui en fait un usage de plaisanterie. Je crois que du côté des parents, eux-mêmes n’arriveront jamais à cette séparation, c’est presque contre nature. Le plus gros travail à faire c’est du côté des enfants, contrairement à ce qu’on dit souvent chez les "psy". C’est un acte de séparation de l’enfant ou de la part du jeune adulte, que de se séparer de ses parents. Si vous me permettez de citer Freud qui n’a rien à voir avec l’évangile, il dit : "on devient adulte lorsqu’on est à soi-même son propre mère et sa propre mère ". Il y a là un acte de séparation le jour où l’on n’attend plus des parents ce qu’ils ne peuvent pas donner, parce qu’ils ne l’ont pas donné, mais qu’on les reçoit tel quel, séparés d’eux.

Que cet acte de séparation qui est une ligne de réflexion qui court depuis la création, les eaux d’en-haut, les eaux d’en-bas, le féminin, le masculin, cet acte de séparation est un acte de vie. De même qu’on coupe le cordon ombilical qui relie l’enfant à la mère, de même chacun de nous avons à nous séparer pour devenir des vivants les uns avec les autres, et donc des frères et sœurs en Jésus, grâce à sa Parole qui est son glaive.

 

AMEN

 

 

 

 

 
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