AU FIL DES HOMELIES

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RENCONTRER L'AUTRE

2 Jn 7- 11 ; Mt 4, 12-17

Samedi de la deuxième semaine de l'Épiphanie – A

(15 janvier 2011)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Galilée des nations

 

F

rères et sœurs, question pour un champion, plus exactement, une question pour les champions que vous êtes en matière d'exégèse biblique, qui a dit : "Repentez-vous car le Royaume des cieux est tout proche ?" Comme vous avez été très attentifs à la lecture de l'évangile, vous allez me répondre que c'est le Christ. C'est juste, seulement si l'on tourne les pages et qu'on revient un peu plus en arrière de l'évangile selon saint Matthieu, nous découvrons au début du chapitre troisième que Jean-Baptiste prêchait dans le désert de Judée et disait : "Repentez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche !" Il n'est donc pas étonnant que pour beaucoup, Jésus n'ait été que le prolongement de Jean-Baptiste, parce qu'il ne fait que reprendre le message essentiel du Baptiste.

Or si le cri, l'appel à la repentance, au changement de vie, si le cri est le même, les conditions sont extrêmement différentes. Jean-Baptiste est dans le désert, autrement dit, c'est cette figure un peu folle d'un homme qui ne semble pas être un homme et est à la limite de l'excentricité, donc du côté de Dieu, qui aspire et attire à lui des foules qui font l'effort de se déplacer pour changer de vie. Le désert est par conséquent extrêmement bénéfique.

Avec Jésus, on a exactement l'inverse. Jésus est baptisé et le désert semble pour lui non pas la rencontre avec les hommes mais la seule rencontre avec les puissances spirituelles de ce monde, les meilleures et les pires, les anges et les démons. Point de rencontre avec l'humanité dans le désert. Jésus quitte le désert, là où il est tenté, en attendant un jour d'être à nouveau tenté à quelques heures de son arrestation, et Jésus va manifester une autre excentricité, celle de ce Dieu tout autre qui justement a transgressé la frontière entre l'homme et Dieu en venant habiter au milieu des hommes. C'est-à-dire qu'à l'inverse de Jean-Baptiste, qui par son comportement était plutôt dans l'autre sens, comment l'homme est capable de frôler l'excentricité, donc quelque chose de Dieu, en sortant de son univers d'homme, de ses limites d'homme.

Jésus lui, va appeler à la même repentance, mais pas dans le même lieu, ce sera au cœur même des hommes, et plus encore que cela, puisque nous aurions pu nous attendre à ce qu'il aille plutôt à Jérusalem. C'est quand même le lieu de la vie du judaïsme, il y a le temple et il y a là tout ce qu'il faut. Or, Dieu ne prend pas plaisir avant tout dans la compagnie des hommes au cœur de la cité casher, religieuse par excellence, mais il va prendre plaisir dans le nord de la Palestine, dans la région que l'on appelle la Galilée, plus exactement, la Galilée des nations, dont Isaïe dit qu'elle est la route vers le pays de Transjordane.

Qu'est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire que depuis des temps très reculés, c'est un passage extrêmement important pour les caravanes et le commerce entre la Syrie et l'Égypte. Dieu sait bien que s'il veut rencontrer le maximum de personnes venant d'un maximum de cultures et de langues il faut se mettre à l'endroit même de cette route de commerce, de cette route où se croisent les nations. C'est la raison pour laquelle Jésus va avant tout, annoncer la Bonne Nouvelle en Galilée, ce lieu où se mêlent à la fois les juifs les plus juifs, les juifs beaucoup moins juifs, les païens purement païens, des païens qui sont attirés et qui judaïsent, c'est le lieu privilégié de l'annonce de la Bonne Nouvelle pour le Fils de Dieu.

Ce qui est à remarquer, c'est que c'est l'évangéliste le plus juif comme on le dit, c'est saint Matthieu qui semble-t-il s'adresse à des juifs, qui va garder cette trace de l'importance de la Galilée en tant que lieu de l'annonce de la Parole. En fait, Matthieu dit à ses frères : Jésus est Fils de Dieu et il est juif, mais cela ne l'a pas empêché de se tourner vers les nations pour annoncer la Bonne Nouvelle.

Autrement dit, il dit aux juifs ce que nous, nous pourrions dire aux catholiques, nous aurions tendance à réserver notre message et notre évangélisation pour notre propre paroisse, or il est important d'aller à la rencontre des autres. C'est ce qu'en pastorale, plus précisément peut-être pour les aumôneries, c'est la différence que nous faisons entre les aumôneries qui s'adressent avant tout à des jeunes qui font l'effort d'y venir, comme les juifs faisaient l'effort d'aller dans le désert rencontrer Jean-Baptiste pour se convertir, c'est la différence entre ce qu'on appellerait l'aumônerie en tant que telle, et un lieu plus d'évangélisation où cette fois-ci ce serait nous qui irions à la rencontre des autres.

En fait, c'est ce que fait le Christ et pas simplement parce que Dieu s'abaisserait en disant : les pauvres païens, ils n'y connaissent rien, et donc du haut de ma puissance, je vais venir les évangéliser, comme certains d'entre nous pourraient dire que les autres sont moins que rien, ne connaissent rien, et nous allons les évangéliser, mais parce que je crois que Dieu prend plaisir à vraiment rencontrer les païens et ceux qui en quelque sorte ne croient à rien ou croient différemment. N'oubliez pas justement que là, c'est dans un autre évangile, celui de Jean, le plus beau passage que nous ayons, c'est certainement le dialogue entre Jésus et la samaritaine.

Frères et sœurs, c'est ce à quoi Dieu nous appelle en ce temps de l'Épiphanie, de la manifestation, cette manifestation si nous la gardons sous le boisseau, cela n'aboutira à rien. Mais comme Dieu a pris plaisir à rencontrer tous les hommes dans la Galilée des nations, nous sommes aussi invités à prendre plaisir à rencontrer tous les hommes, quelles que soient leurs cultures, leurs langues, et leurs religions.

 

 

AMEN

 

 
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