AU FIL DES HOMELIES

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CHOIX PAR L'ONCTION

1 R 1, 39-49

(15 janvier 1993)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

L'onction  baptismale

N

ous écoutons les récits du Livre des Rois qui sont vraiment les coulisses de l'histoire qui ressemblent à de petites intrigues de harem puisque ce sont toujours les femmes qui font la politique en Israël. C'est Bethsabée qui mène la danse. Pourquoi lit-on ces choses-là dans la prière de l'Église au moment de l'eucharistie ? A première vue, cela pose un certain nombre de questions. Dans ces récits de la succession de David il y a tellement de petits détails qui sont essentiels qu'on perd de vue le problème.

       David n'est pas monogame, donc il avait un harem assez nombreux avec deux figures plus marquées qui ne devaient pas très bien s'entendre, Haggit mère d'Adonias et Absalom et Bethsabée mère de Salomon. Bethsabée était la favorite. Elle avait été d'abord épouse d'Urie le Hittite et vous connaissez la sombre histoire qui lui avait permis d'entrer dans le harem de David. Elle était celle qui tient la première place et avait un droit d'intervention assez fort dans la vie politique car elle savait absolument tout ce qui se passait. Haggit était plus ancienne dans le harem et dans la mesure où la première femme de David, Mikal fille de Saül, avait été éliminée après l'entrée de l'Arche dans Jérusalem, c'était Haggit qui se considérait comme l'épouse légitime. Elle avait eu deux fils remarquablement intelligents et intrigants. Absalom s'était révolté contre David son père et était mort dans des circonstances dramatiques ce qui avait brisé le cœur du roi. Adonias se trouvait alors prétendant à la royauté.

       Or c'est là que nous arrivons au nœud du problème, comment devient-on roi en Israël ? Contrairement à ce que l'on pense ce n'est pas tout à fait par les intrigues de harem car dans un cas comme dans l'autre, ce sont les mères qui poussent leur rejeton à la fonction royale. Adonias avait prévu le coup. David déclinait de plus en plus au point qu'on avait dû lui donner une jeune femme pour le réchauffer. Adonias voulut alors agir par surprise. Profitant d'une fête au cours de laquelle il offrait des sacrifices, fête à laquelle il avait soigneusement invité quelques représentants un peu marquants du peuple judéen il voulut se faire proclamer roi. Il avait cependant commis l'erreur d'oublier deux personnages importants du royaume, le grand-prêtre Sadoc et Nathan le prophète qui avait fait la pluie et le beau temps à la cour de David. Il y eut donc une tentative d'usurpation de la royauté par acclamation du peuple. Bethsabée fit alors venir immédiatement Sadoc et Nathan pour les informer du complot et de la promesse que David lui avait faite de faire de son fils Salomon l'héritier du trône. Et Nathan avait d'ailleurs fait à David une prophétie dans ce sens. Le sacre de Salomon est donc prévu en grande hâte. Et c'est là toute la différence. Salomon est tout jeune, mais ce sont le prophète et le prêtre qui vont préparer le sacre. Deuxièmement il y a l'accord de David, et enfin l'acclamation du peuple.

       Autrement dit, pour le rituel de l'onction royale, le roi n'est pas simplement le résultat de la volonté populaire. Il faut qu'il y ait le prophète, le prêtre et le roi. Il faut qu'il y ait l'accord de David, il faut l'accord de Nathan le prophète et l'accord de Sadoc qui va faire le rite de l'onction d'huile. C'est précisément ce qu'Adonias n'avait pas compris. De ce point de vue-là, Adonias a vraiment usurpé le pouvoir, c'est-à-dire il a cru que le pouvoir venait du peuple des Judéens qu'il avait rassemblés pour l'occasion et qu'il suffisait de l'acclamation populaire pour devenir roi en Israël. Or le roi doit être nommé selon la décision du cœur de Dieu manifestée précisément par la présence du prophète et du roi.

       Ceci nous apprend quelque chose de très important sur notre propre vie. Nous sommes nous-mêmes "un sacerdoce royal et prophétique". Nous sommes nous-mêmes un peuple consacré. Au moment du baptême et de la confirmation, nous avons reçu l'onction. Cela n'est pas le résultat simplement du vouloir qui serait en nous ou en ceux qui nous présenteraient au baptême. Ceci résulte précisément par le geste de l'onction de la volonté de Dieu. Donc c'est ici que l'on voit comment, à travers cet épisode apparemment un petit grenouillage à la cour de David, nous sont dessinés les grands traits de la vocation sacerdotale et baptismale de chacun d'entre nous. Nous sommes ce que nous sommes, non pas parce que nous le voudrions par nous-mêmes. Du point de vue chrétien, nous ne sommes pas des self-made-men. Mais nous sommes, par l'onction, et c'est précisément ce que signifie l'onction nous sommes chrétiens parce que Dieu, par sa parole, c'est-à-dire le prophète, par son pouvoir sanctifiant c'est-à-dire le prêtre, par son pouvoir de gouverner notre vie c'est-à-dire par la parole du roi David qui choisit pour roi Salomon, nous sommes ainsi conduits, choisis et destinés à être fils. Prenons conscience de notre dignité de chrétiens qui ont reçu l'onction au baptême et à la confirmation. Nous avons été véritablement choisis par Dieu.

       AMEN


 

 
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