AU FIL DES HOMELIES

Photos

FONDEMENT DE L'UNITÉ DES CHRÉTIENS

Ep 4, 1-16 ; Jn 17, 11 b+18-23

Vendredi de la deuxième semaine de l'Épiphanie – B

(18 janvier 1985)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

I

 

l est arrivé de présenter le souci de l'unité des chrétiens comme une sorte de préoccupation de l'Église moderne qui, après les graves crises qu'elle a traversées, en gros autour du dix-neuvième siècle, elle qui auparavant était divisée et supportait très bien ses divisions, s'est rendu compte qu'il fallait serrer les coudes et serrer les rangs pour faire face à ce phénomène massif de l'incroyance moderne. On pense alors que l'unité est une préoccupation qui relève d'un souci contemporain, que ce n'est pas très enraciné dans la tradition et que c'est une manière de retrouver une certaine vitalité et que cela est commandé par un certain souci de s'adapter à une situation nouvelle.

Je crois qu'il n'en est rien et pour le mesurer, il suffit de comparer cette page de l'évangile de Saint Jean avec le milieu de l'Ancien Testament et du judaïsme à l'époque de Jésus. Au moment de mourir Jésus a prié pour l'unité de son Église, on peut même dire qu'à ce moment-là, c'était la principale prière qu'Il adressait au Père. Au moment même où Il va mourir pour les hommes, son seul souci, sa seule préoccupation, c'est l'unité de ce peuple qu'Il va établir, auquel Il va donner sa véritable dimension par sa mort et par son sang.

Cela est assez nouveau, il ne faut pas se le cacher, car, en Israël, depuis très longtemps, la division à l'intérieur du peuple était une sorte de fait accompli. David avait réussi très difficilement, vers l'an l000 avant Jésus-Christ, à faire l'unité du peuple, l'unité des douze tribus, mais cela n'avait pas tenu. Immédiatement après le règne de Salomon, le Royaume avait éclaté et s'était divisé en deux. Or il est significatif que jamais, dans la tradition d'Israël, on ne prie pour l'unité du peuple d'Israël. On continue à parler des douze tribus, on reconnaît qu'on est tous de la même chair et du même sang, mais on ne prie pas pour la réunification d'Israël et de Juda autour de Jérusalem, autour de la royauté. Par conséquent le peuple juif lui-même connaissait des divisions, mais il arrivait fort bien à vivre comme peuple de Dieu en supportant le poids de ces divisions. Il savait que cela faisait allusion à des pages fort peu reluisantes de son histoire, mais il s'en accommodait fort bien. Et de la même façon, à l'époque de Jésus, le judaïsme était extrêmement diversifié. Le judaïsme n'a jamais été aussi "sectaire"c'est-à-dire divisé en sectes qu'à l'époque de Jésus, au point que les chrétiens, au début de leur apparition à l'intérieur du peuple juif, ont été considérés comme une secte parmi tant d'autres.

Par conséquent l'idée même que le peuple devait être un, n'était pas une idée courante. C'est quelque chose que Jésus portait Lui-même dans son cœur. Il voulait que le peuple de Dieu qu'Il venait restaurer dans sa vraie dimension soit un, et Il a prié pour cela, à contre-courant de la mentalité judaïque de l'époque. Son souci de l'unité a été quelque chose de parfaitement original et que les disciples eux-mêmes ont perçu comme venant de Jésus. Pourquoi cela ? Et bien pour plusieurs raisons mais dont les plus essentielles sont celles-ci.

La première c'est que le Fils de l'Homme est venu pour la multitude. Le mystère du salut, c'est d'abord le mystère de quelqu'un qui, personnellement, donne sa vie pour tous. Par conséquent, pour avoir la vie, il faut être tous rattachés à cet unique qui est le Christ, le Serviteur Souffrant. C'est parce que, tout au cours de sa mission terrestre, Jésus a réalisé tout le poids et toute l'exigence du salut qu'Il venait apporter, parce qu'Il venait se faire de façon unique, le serviteur de toute l'humanité, qu'à ce moment-là, il fallait absolument que tous ceux qui croiraient en Lui, tous ceux qui recevraient le salut, soient attachés à Lui, de façon absolument personnelle. Avant Jésus, Israël n'avait pas fait des expériences de salut aussi singulières. Tous, d'un seul bloc avaient été sauvés par la Pâque lorsqu'ils avaient franchi la mer Rouge. Mais ils avaient fait, à ce moment-là, l'expérience d'être ensemble et Dieu les sauvait. Tandis qu'ici, quand c'est la Pâque du Christ, le Christ veut que ce salut s'applique non pas globalement au peuple, mais à chacun de ses membres. Et c'est dans la mesure où chacun reçoit personnellement l'amour de Jésus-Christ sauveur, du Serviteur souffrant pour la multitude, qu'à ce moment-là, Il peut constituer son Église. Jésus ne constitue pas une sorte de parti et ensuite "Ralliez-vous à mon panache blanc !" Il établit un rapport personnel avec chacun : "J'ai versé telle goutte de sang pour toi !" dira plus tard Pascal. Et dans cette relation personnelle se fonde l'unité même de l'Église. C'est parce que le Christ réalise un lien avec chacun d'entre nous.

Et la deuxième raison, c'est que cette unité vient de son corps de chair. Ici aussi, c'est un thème tout à fait original dans le Nouveau Testament, que la méditation sur le corps du Christ.

"Former un seul corps". A plusieurs reprises, surtout dans saint Paul, ce thème revient de façon tout à fait originale. Jamais, dans l'Ancien Testament, Dieu avait proposé à Israël de former un seul corps. Cette idée ne se trouve pas développée. Par contre, sous l'impulsion même de ce que Jésus a voulu, saint Paul a parlé de ce corps unique qu'il fallait former. Et pourquoi ? Parce que notre lien avec Jésus-Christ n'est plus simplement un lien d'idée. Ce n'est pas simplement le fait de penser les mêmes choses que Jésus, C'est un lien de chair et de sang : "Il a donné sa vie pour nous !" Par conséquent, c'est un lien de corps à corps qu'il établit avec les vivants, avec les morts en les visitant au shéol et en les ressuscitant, avec tous ceux de l'Église de tous les temps, en leur offrant son salut par le signe du corps et du sang de l'eucharistie. Jésus crée un type nouveau de relation entre Lui et chacun de ses membres, Or, si un corps est brisé, si un corps a des membres dispersés, si un corps est divisé, il perd du même coup sa consistance de corps, il perd totalement la vie. Et c'est pourquoi le Christ, au moment où Il donne son corps ne peut pas prier pour autre chose que pour que ce corps reste un, Quand Il livre sa chair, qu'Il a reçue de Marie, en même temps c'est le corps du Christ tout entier qui commence à se constituer.

 

AMEN

 
Copyright © 2020 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public