AU FIL DES HOMELIES

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UNITÉ, INDÉFECTIBLE ESPÉRANCE

Ep 4, 1-16 ; Jn 17, 11 b+18-23

Vendredi de la deuxième semaine de l'Épiphanie – B

(18 janvier 1991)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

L

orsque nous célébrons la prière pour l'Unité des chrétiens, nous le faisons toujours avec des couleurs de pénitence et nous avons rai­son parce que le fait de prier pour l'Unité signifie pré­cisément que l'Unité des Églises, l'Unité de l'Église a été abîmée a été défigurée par le péché, par les divi­sions et les ruptures au cours des siècles. Pourtant il me semble aussi qu'il y a dans toute célébration de l'eucharistie pour l'Unité des Églises une immense espérance. Nous ne pourrions pas prier pour l'Unité si cette unité n'était pas d'abord, pour ainsi dire, "pré-donnée", s'il n'existait pas, envers et contre tout, une unité réelle déjà donnée, je dirais presque jamais en­tamée, inattaquable et fondamentale. Il peut paraître étonnant de dire cela dans une époque ou, précisé­ment, les divisions entre les Églises nous font parti­culièrement souffrir alors que parfois elles étaient l'occasion de combats, de fierté, d'identité. Mainte­nant, nous sommes plutôt blessés par ces divisions et nous nous rendons compte que certaines étroitesses ou certains aveuglements dans certaines périodes historiques ont été tellement redoutables et terribles que les conséquences sont dures à payer.

Pourtant il me semble qu'il ne faut pas perdre de vue que toutes les Églises ont reçu ce don de Dieu qui est d'entrer dans le mystère trinitaire, qui est d'en­trer dans l'unité de Dieu et que ce qui me rend proche d'un frère protestant, réformé, orthodoxe, anglican c'est que, au fond, le constitutif profond de son exis­tence de chrétien, (même s'il ne croit pas à l'infaillibi­lité pontificale ou autre dogme que nous professons en tant que catholiques) le fond c'est que lui aussi a été attiré, par la grâce de son baptême, vers cette unité radicale qui est l'unité du Père et du Fils dans l'Esprit. Et là il y a quelque chose que jamais le péché des hommes ne pourra carrément enlever, car c'est le don de Dieu. C'est cela que les Églises ont reçu, alors que, après, dans un deuxième moment très important lui aussi mais par exactement du même niveau, apparais­sent des divisions et des failles, parce que nous ne sommes pas, à cause de notre péché, à la hauteur de cette véritable unité que nous devrions vivre. C'est cela qui est dramatique.

C'est dramatique pour deux raisons. La plus évidente c'est que cela nous divise entre nous et c'est bien dommage. La raison la plus grave c'est que cela "fait mentir Dieu" qui nous appelle à l'unité alors que nous freinons des quatre fers. Mais ce n'est quand même pas du même ordre que la réalité profonde qui existe, par laquelle nous sommes tous attirés par ces dons de Dieu, "ces dons que Dieu nous a faits dans le Christ", cette consécration du Christ pour que nous soyons un. Au fond, la prière sacerdotale du Christ reste toujours vraie, pas simplement valable, mais vraie. "Que tous soient un !" Nous restons malgré tout dans la promesse de l'Unité. Nous restons malgré tout dans le dessein unificateur de Dieu. Et je crois que cela devrait nous apporter une joie profonde et réelle de savoir que, même si dans les Églises, les sensibili­tés ont évolué différemment, que même s'il n'y a pas l'inter communion, même s'il n'y a pas la même re­connaissance des sacrements, même si, à la limite, il n'y a pas la même conception de l'Église ce qui est bien dramatique, cependant il reste fondamental, inentamé, ce projet d'unité de Dieu sur toute l'huma­nité, sur chacun d'entre nous et sur chacune des Égli­ses.

Alors que cette semaine de l'Unité dans la­quelle nous entrons soit, bien entendu, pour nous l'oc­casion d'approfondir et de méditer ce mystère de la division et de la rupture entre les Églises, donc du péché, pas nécessairement d'un seul côté, nous le sa­vons bien, mais aussi que ce soit, envers et contre tout, une semaine d'espérance pour essayer de mesu­rer à quel point le don de Dieu est lié au don d'unité. Dieu ne peut pas appeler un être à le connaître en dehors de ce projet de nous rassembler tous dans l'unité du mystère de l'amour trinitaire. Et donc, n'im­porte quel frère chrétien, même s'il est d'une autre confession, je dois d'abord le regarder comme celui qui a reçu, lui aussi, de Dieu, par le Christ, dans la grâce de son baptême, la promesse de l'Unité.

 

 

AMEN

 

 
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