AU FIL DES HOMELIES

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L'AUTORITÉ DE LA VÉRITÉ

Gn 13, 14-18 ; Mc 1, 21-28

Vendredi de la deuxième semaine de l'Épiphanie – A

(19 janvier 1996)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

V

oilà encore un évangile où Jésus va s'arran­ger pour guérir un jour de sabbat, histoire d'embarrasser les gens qui l'entourent. De fait, Jésus adore ce genre de situation où Il met les autres dans l'embarras puisque cela ne se fait pas de guérir un jour de sabbat. Non seulement cela ne se fait pas, mais les gens autour de Lui sont stupéfaits, nous verrons comment, mais le plus stupéfait des stupé­faits, j'allais dire, c'est le diable, c'est le démon, c'est l'esprit impur qui profite de l'occasion pour d'ailleurs non seulement se fâcher mais confesser.

Drôle de diable qui effectivement profite de l'occasion pour parler, prendre la parole dans la syna­gogue et pour se fâcher contre cet intrus, car Jésus reste un intrus, pour lui en tout cas. Et en même temps qu'il confesse sa colère, il confesse également qui est Jésus, le fils de Dieu. Le diable s'est pris dans ses propres mots et je crois, d'ailleurs, que c'est le principe même du diable que de se tromper de dire à la fois la vérité et le mensonge. Et le Christ Lui dit : "Tais-toi". Il ne se tait pas vraiment puisqu'il va sortir de l'autre en criant d'une voix forte de façon à ne pas obéir à l'injonction du Christ mais il Lui obéit quand même puisqu'il ne peut plus vraiment parler, ce qu'il a fait auparavant, il ne peut plus que crier. On Lui a piqué sa parole, on Lui a volé la parole dans laquelle il mélangeait mensonge et vérité. Je dis cela d'un air badin, mais la chose est grave.

Effectivement en nous, sont traités de la même manière le mensonge et la vérité. Et la façon dont s'insinue en nous la tentation c'est la façon dont nous avons de teinter le bon vin avec de l'eau, de l'éclairer un peu, nous éclairons la vérité avec un peu de mensonge. Cela à l'air d'être de la vérité mais cela n'en est plus. Si vous mettez de l'eau dans votre vin, et bien vous faites un peu comme le diable qui mélange et vérité et mensonge. Je ne dis pas cela pour que vous buviez trop de vin mais la vérité, par contre, on n'en abuse jamais. Elle demande à être bue de façon pure. La vérité mélangée c'est toujours une vérité qui va aller à l'encontre d'elle-même, qui va faire taire la parole qui l'a portée car le diable tente à la fois en se détendant. Il craint car il est devant le Tout-puissant qui est le Christ, devant cet homme en qui il reconnaît toute puissance devant qui tout genoux vont s'abaisser et bien, il reconnaît cette puissance, et en même temps demande à être gracié. Jésus Lui accorde, mais Lui dit : "quitte cet endroit". Désormais ce n'est plus Jésus l'intrus mais le diable. Il est chassé du cœur de l'homme. Il est chassé du cœur du monde. C'est l'objet même de l'arrivée de Dieu dans le monde que de ren­dre le diable étranger dans ce monde. Désormais tu ne seras plus chez toi dans ce monde, mais c'est moi qui ferai de ce monde un monde à venir.

En nous-même le diable distille toujours la puissance de la vérité, la vérité est une puissance, j'allais dire, explosive. Elle menace tous nos contre­forts, toutes nos résistances c'est pour cela que le Christ dira que la vérité rend libre. Elle défait tous les liens auxquels nous tenons tant parce que nous avons peur d'être libre et que cette vérité de fait nous rend comme des hommes libres capable de confesser une vraie parole pure. C'est pourquoi les disciples et ceux qui les entourent sont stupéfaits, défaits d'eux-mêmes, ils sont déstabilisés dans la façon dont ils avaient de s'acoquiner de mensonge et de vérité. La vérité, elle donne véritablement la vie, totalement la vie non pas cette vie uniquement terrestre mais cette vie qui vient du cœur de Dieu qui s'insinue dans nos vies et qui la rend éternelle. Et pour cela, Il faut bien que nous ac­ceptions d'être menacé en nous-mêmes que les fissu­res apparaissent dans la façon dont nous avons de nous comporter, de parler pour que nous entendions cette parole.

L'autorité que j'aime tant dans l'évangile de Marc c'est non pas quelqu'un qui dominerait de sa stature, Dieu aurait pu le faire en tant que puissance divine de toute sa hauteur en professant une parole qui descendait sur nous, l'autorité dont fait preuve Jésus, c'est l'étonnement qui pourrait jaillir en nos yeux quand nous entendons quelqu'un dire quelque chose qui est vrai. Ah oui cela c'est vrai ! L'étonnement, à faible mesure, que nous éprouvons quand quelqu'un dit la vérité devant nous, quand nous avons le sentiment que quelque chose devrait se dire. Cet étonnement-là, déstabilise les gens qui l'entourent car ils entendent quelqu'un qui parle avec l'autorité de la vérité. Car il dit la vérité des choses. C'est pourquoi Il fait taire celui qui ne peut pas dire la vérité et celui qui mélange vérité et mensonge. Et c'est pourquoi le diable n'a qu'une solution c'est de quitter. Le cri c'est quand on a cessé de parler, quand on ne peut pas dire des mots et bien on régresse. Demandons au Maître de la vie d'être notre véritable maître car il est notre Bien-Aimé.

 

 

AMEN

 

 
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