AU FIL DES HOMELIES

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L'AUTORITÉ DU CHRIST

1 S 8, 4-9 ; Mc 1, 21-28

Vendredi de la deuxième semaine de l'Épiphanie – C

(19 janvier 2001)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

J

ésus donne un ordre à un esprit impur et de sortir de l'homme qui le possédait et le rendait inapte à la vie. Qu'est-ce que l'autorité de Jésus, et en quoi est-elle différente de celle des scribes ? Est-ce que l'autorité consiste à dire aux autres ce qu'il faut faire ? Cela serait pour nous apparemment, d'un grand secours, plus commode et plus simple. Que la religion soit une série d'injonction claires, précises, auxquelles nous serions invités à obéir ayant ainsi pour garantie que cela ne dépend pas de nous mais de celui qui convoque par autorité les lois qu'il nous faut suivre.

L'autorité de Jésus n'est jamais de dire ce qu'il faut faire. Il n'est pas dans l'ordre de cet agir-là, Il n'est pas une sorte de super-conscience, Il est ailleurs, c'est une autorité qui est au service d'une relation. L'autorité de Jésus n'a pas pour objet principal d'aider les hommes à diriger leur vie, mais de dégager ce qui dans leur vie fait obstacle à la relation avec le Père, avec Dieu. Il nous laisse vertigineusement libres. Il appuie, Il suscite et inspire notre cœur, notre volonté, notre intelligence, mais Il ne les contraint pas. L'auto­rité de Jésus, ce n'est pas qu'Il soit au-dessus, mais c'est qu'il dit la parole qu'il faut que nous entendions pour que nous nous mettions en route et que nous devenions humains, intelligents, volontaires, aimants. L'autorité du Christ, c'est de se positionner de telle manière que la vie reprend ses droits en nous, la vie de notre humanité globale, que nous nous remettions à penser, à aimer, à pardonner. L'autorité de Jésus, c'est comme un moteur qui redéclenche ce que le pé­ché, la paresse, la déception, le désespoir avaient comme ralenti, grippé, enrhumé ... (c'est de circons­tance !) Il y a des rhumes externes, et il y a des rhu­mes internes, des congestions internes qui sont comme des paralysies, des esprits impurs, qui en fait bouchent notre capacité de relation avec les autres et avec Dieu. Lorsque nous sommes enrhumés à ce point-là c'est que nous demandons qu'on nous prenne en considération, qu'on nous dise quelle médication il faut prendre, et quelle opération il faut pratiquer pour nous dégager.

Or, Jésus est là au moment même où nous sentons que nous ne pouvons plus avance, que nous sommes immobilisés : "là même où tu es immobilisé, Je suis là, mets-toi en route". C'est très paradoxal, c'est que le moment où nous sentons que le poison du péché, comme le venin du serpent nous a arrêtés, c'est là que nous entendons cette parole où Jésus ne se met pas à notre place, mais Il nous inspire, Il nous rend intelligents, Il nous donne les moyens, nous fait in­venter la vie qui reprend ses droits sur la mort qui nous paralysait. C'est cela l'autorité, c'est une sorte d'appel d'air, c'est quelqu'un qui se met à une distance telle que nous avons malgré tout envie de le rejoindre. C'est une parole dont la puissance de vérité dans sa lumière interne, dont la puissance de révélation de ce que nous sommes et de ce qu'il est nous remet debout.

Souvent nos déceptions à l'égard de Dieu sont des déceptions à notre égard, et que nous avons préféré rester assis ou couché le long du chemin, nous avons préféré ne pas nous mettre en route. Mais, Dieu reprendra cette invitation, sa position, à côté, face à nous, de telle manière qu'à un moment donné, sous l'action de sa tendresse et de sa miséricorde, alors, nous nous mettrons en route. Et nous ne saurons plus d'ailleurs à ce moment-là si c'est Lui, ou si c'est nous qui avons agi. Et c'est cela qui est merveilleux avec Dieu, c'est que nous pourrions dire à la fin, c'est moi qui me suis remis en route. Car Dieu dans son humi­lité accepte même le risque qu'on l'ait oublié, alors que nous sommes redevenus vivants. C'est un risque énorme. Cela aurait été beaucoup plus simple qu'Il nous mette en route, nous béquille, nous arme, nous dirige, Il dise ce qu'il faut faire, et en suite de quoi, comme reconnaissance nous l'adorions. Ce n'est pas son style, ce n'est pas ce qu'Il est. Mais ce qu'Il est c'est d'être Celui qui à l'intérieur, si intimement, ins­pire nos intelligences, nos volontés, nos cœurs, pour que nous trouvions comme par miracle, à l'intérieur de nous, sous son action ce qu'il faut faire pour nous remettre en route, au point même que nous pouvons même risquer de penser qu'il n'y est plus pour rien. Et c'est là que le don que nous ferons à Dieu de notre foi, en le reconnaissant malgré tout à l'intérieur de ce que nous avons cru faire par nous-mêmes, fera de nous des croyants, des hommes de Dieu qui reconnaissant à travers ce qui a paru finalement si humain, que c'était Lui, Emmanuel, avec nous, a réinventé la vie qu'Il veut pour chacun de nous.

 

 

AMEN

 

 
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