AU FIL DES HOMELIES

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LE MYSTÈRE DE L'UNITÉ DE L'ÉGLISE

Ep 4, 1-16 ; Jn 17, 11 b+18-23

Vendredi de la deuxième semaine de l'Épiphanie – A

(18 janvier 2002)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, l'unité de l'Eglise est un mystère. C'est un mystère parce que cela s'enracine dans le mystère même de Dieu. C'est ce que équivalemment ce que nous disent saint Paul et saint Jean dans les textes que nous venons d'entendre. saint Paul nous dit : il n'y a qu'un corps, le corps de l'Eglise, parce qu'il n'y a qu'un Esprit, un seul Seigneur, un seul Dieu et Père de tous. Le mystère de notre unité, c'est le mystère même de l'unité de Dieu, Père, Fils et Esprit. C'est ce que nous dit Jésus dans l'évangile de saint Jean : "Père, qu'ils soient un, comme nous nous sommes un, Toi en Moi et Moi en Toi." Qu'ils soient parfaits dans l'unité.

L'unité de l'Eglise n'est donc pas une réalité à portée de notre main, ce n'est pas quelque chose qui dépend d'abord de nous, ce n'est ni notre projet, ni ce que nous sommes capables d'accomplir, l'unité de l'Eglise, c'est d'abord le mystère même de Dieu, qui en quelque sorte doit se réfracter en nous, auquel nous devons participer. C'est pourquoi, cette unité qui est le dessein même de Dieu, qui est sa volonté éternelle en créant l'univers, en créant l'humanité et chacun d'entre nous, cette humanité de l'Eglise se heurte au péché, elle se heurte au diviseur, au Satan, à celui qui crée le désordre parce qu'il sépare. saint Paul nous le dit dans le texte que nous entendions : "Ne nous laissons plus ballotter, emporter à tous vents de doctrines, au gré de l'imposture des hommes et de leur astuce à fourvoyer dans l'erreur". Nous sommes soumis à cette influence de Satan, dont nous sommes complices par le plus mauvais de nous-mêmes, car nous sommes comme lui remplis d'astuces, d'astuces pour l'erreur, pour nous fourvoyer, pour l'imposture.

Prier pour l'unité, réfléchir sur l'unité, c'est réfléchir sur notre capacité de division, de refus de cette union, sur cette astuce que nous déployons de toutes les manières pour nous opposer les uns aux autres et qui est partie intégrante de ce péché originel qui marque l'humanité tout entière, qui nous sépare les uns des autres, qui nous sépare de Dieu, qui nous sépare au coeur de notre propre être qui se trouve divisé et sans cesse en guerre avec lui-même. Si nous sommes en guerre contre nous-mêmes, comment ne serions-nous pas en guerre les uns contre les autres. Il suffit de regarder autour de nous pour voir les ravages de cette astuce à diviser qui est dans le cœur de l'homme.

L'unité donc, c'est celle de Dieu, c'est celle du dessein de Dieu de ramener toutes choses à sa plénitude, à sa perfection, l'unité, c'est aussi le constat des forces de division. Mais l'unité est aussi une promesse. Nous l'avons chanté il y a un instant : "Quand le Christ sera manifesté, alors nous serons nous aussi manifestés dans la gloire". C'est à partir du rayonnement même du Christ que peut un jour, advenir l'unité des hommes, l'unité des chrétiens. saint Paul le dit encore : "Vivant selon la vérité, et dans la charité", car l'unité n'est pas seulement affaire de sentiment ni de bonne volonté, mais elle est affaire aussi de vérité, il n'y a d'unité que dans le partage de la vérité. Une seule foi, nous dit saint Paul : "Vivant dans la foi et dans la vérité, nous grandirons", c'est une promesse, c'est un futur. Nous grandirons de toute manière comment ? Vers Celui qui est la tête. C'est le Christ qui nous attire à Lui, et qui peut par cette aspiration qu'Il exerce sur nous, nous ramener à l'unité. Car de Celui qui est la tête, le Christ, le corps tout entier reçoit concorde et cohésion. Notre concorde, notre unité, notre cohésion, notre communion ne peuvent venir que de cet influx du Christ qui tout à la fois nous irrigue, et nous attire à Lui, nous nourrissant, et actionnant chacun des membres du corps, pour opérer notre croissance et nous construisant dans la charité.

C'est donc l'œuvre du Christ que cette unité des chrétiens, c'est pourquoi nous devons premièrement, prier pour cette unité, non pas d'une prière vague et désabusée, mais avec toute l'intensité de la confiance qui insère notre prière dans la prière même du Christ, car Lui, notre Tête se tient sans cesse devant le Père pour intercéder afin que nous soyons un et qu'ainsi le monde tout entier retrouve cette unité qu'il a perdue par le péché. Pour que le monde croie, que le monde tout entier, non seulement les différentes confessions chrétiennes, mais l'humanité entière quelles que soient ses croyances, ou son appartenance ou telle ou telle religion, pour qu'elle puisse parvenir à l'unité de la foi qui est l'unité même du rayonnement du mystère de Dieu.

Alors, frères et sœurs, ce n'est pas en désespoir de cause que nous nous réfugions dans la prière, ce n'est pas faute de mieux, parce que nous ne sommes pas capables de réaliser cette unité par nos propres forces, c'est parce que cette unité ne peut venir que de Dieu, et c'est seulement dans la mesure où chacun de nous, chacune de nos communautés chrétiennes, chacune de nos communautés humaines, où chacune de nos réalités spirituelles se tournera vers le centre inaccessible et mystérieux qui est Dieu Lui-même, c'est dans la mesure où nous nous tournerons vers ce principe et cet achèvement de toute unité que nous pourrons y parvenir. C'est donc l'œuvre la plus essentielle que nous accomplissons ce matin, et que nous accomplirons tous les jours de cette semaine, en priant pour l'unité, non pas afin de nous dispenser d'œuvrer pour cette unité, mais afin de reconnaître qu'elle nous dépasse et qu'elle ne peut venir que du cœur de Dieu.

 

 

AMEN

 

 

 
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